Lu Tian Fu entre de bonnes mains

Le jeune homme errait depuis bientôt deux semaines devant la gare. Cet ancien soldat est arrivé à Pékin épuisé, les pieds rongés par la gangrène.Vos précieux conseils apportés suite au précédent billet ont beaucoup aidé. Le voici pris en charge par un hôpital public de Pékin.

Le jeune homme errait depuis bientôt deux semaines devant la gare. Cet ancien soldat est arrivé à Pékin épuisé, les pieds rongés par la gangrène.Vos précieux conseils apportés suite au précédent billet ont beaucoup aidé. Le voici pris en charge par un hôpital public de Pékin.

Voici les photos:

Lu Tian Fu nous montre la photo de son petit frère, décédé dans un accident de voiture à Harbin (Nord Est). C'est en payant l'hospitalisation de sa belle-soeur qu'il s'est finalement retrouvé sans le sous et à la rue.

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Lu Tian Fu dormait sous un pont piétonnier, qui mène à la gare centrale. Ce vendredi soir, une patrouille équivalente à notre Samu Social a tenu sa promesse: elle est au rendez-vous. Lu Tian Fu termine d'écrire un poème, sur mon agenda. Nous ne savons pas, à ce moment, s'il va être emmené vers un logement de dépannage pour sans abris ou vers un hôpital capable de le soigner gracieusement.

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Arrivée aux urgences de l'hôpital public de Dongcheng, l'un des 4 arrondissements du centre de Pékin. Des bouquets de fleurs artificielles, des drapeaux et un photographe (au fond) accueillent Lu Tian Fu. L'équipe médicale est déjà aux petits soins.

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Lu Tian Fu est d'abord très méfiant. Il ne veut pas se séparer de ses vêtements sales mais qui renferment son précieux butin. Pendant ses deux semaines au pied de la gare, notre jeune homme  a récolté une montagne de billets de 1 yuans. Avec des gants , deux infirmers font le décompte devant Lu Tian Fu. L'argent lui sera rendu à sa sortie.

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Lu Tian Fu s'effondre de sommeil, au chaud, au propre, rassuré. Une infirmière vient lui faire une prise de sang, préalable à un examen complet. Le médecin s'interroge sur ce qui a causé la perte de ses orteils. Il penche pour une infection, qui atteint aussi ses mains, le haut de ses cuisses.

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La salle d'urgence, si coquette. Notez que le personnel médical, fort aimable au demeurant, fume dans le couloir. Aucun savon ni gel désinfectant dans les toilettes... Que 100 infections nosocomiales s'épanouissent, dirait Mao.

Beaucoup d'interlocuteurs (ong, samu social, hopital, police) jusqu'à présent réfractaires à ses demandes se sont finalement révélés très coopératifs. Avec la sensation curieuse que la présence inhabituelle d'un "laowai"(=étranger) a poussé quelques officiels à sortir d'une situation bureaucratique figée qui veut que faute du bon hukou (passeport interne), d'une mutuelle, Liu Tian Fu se voyait fermer toutes les portes des établissements de santé.

Lui qui n'arrivait même plus à se déplacer seul jusqu'aux toilettes publiques, qui dormait dehors presque sous la pluie, envisageait pourtant de descendre à Canton pour aller retenter sa chance, grâce à ses nombreux billets de 1 yuan, donnés par les passants. Lu Tian Fu devrait rester au moins dix jours à l'hôpital, le temps qu'il soit opéré puis rétabli.

En un mot (ou trois): MERCI à vous !

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