La petite masseuse chinoise

Elle a 18 ans et s’est trouvée un surnom facile à retenir pour ses collègues de travail: Tudou (« pomme de terre »). Cette jeune femme est une travailleuse migrante, originaire de la province du Sichuan, frappée samedi par un nouveau séisme.

Elle a 18 ans et s’est trouvée un surnom facile à retenir pour ses collègues de travail: Tudou (« pomme de terre »). Cette jeune femme est une travailleuse migrante, originaire de la province du Sichuan, frappée samedi par un nouveau séisme.

22042013-23042013-IMG_8952.JPG

A Pékin, Tudou est devenue spécialiste du massage des pieds. Elle exerce dans l’un des 55 établissements pékinois de la chaîne «Liangzi ». Parti de rien, Zhu Guofan, son patron, a plutôt bonne réputation. A la fin du Nouvel An Chinois, il est venu distribuer lui-même des petites enveloppes rouges aux 7000 employés.

Rythme de travail
Tudou est à son poste de 11h du matin à minuit. « En moyenne je fais 5 massages de 90 minutes par jour, 6 jours par semaine. Je  compte rentrer chez moi au mois d’aout pour prendre des vacances. Et puis on verra bien ».

Conditions de vie
« J’habite dans le quartier russe près de Ritan Park. Le logement est fourni gratuitement par mon employeur. Je partage un appartement composé de deux chambres et d’un salon. Vingt lits d’une personne sont placés dans le salon, sept dans chaque chambre. Ils mettent un maximum de lits. Mais je peux prendre ma douche et mes repas au travail.»

Loisirs
Tudou n’a pas d’ordinateur, juste un smartphone bon marché pour accéder à Internet et Weixin, une application très populaire, qui envoie ou reçoit des sms textes ou vocaux gratuitement. « Pendant mon jour de repos, je fais la grasse matinée, je vais au karaoké avec les amis et j’enchaîne les lessives ! Ce n’est pas comme les jeunes riches de Pékin : ils ont une voiture et peuvent quitter la ville quand bon leur semble. »

Parcours 
« J’ai abandonné l’école à 16 ans car même si j’aimais les mathématiques, mon niveau général était très faible. J’ai d’abord était embauchée dans une fabrique de sacs à mains en banlieue de Chengdu. Là bas, il n’y avait rien, juste des dortoirs et des machines. Je m’ennuyais à mourir et le salaire était bas, 1100 yuans environ. Puis je suis arrivée à Pékin avec une amie connue à l’école. Nous étions serveuses de restaurant pendant un mois. Aujourd’hui, avec mon travail de masseuse, je gagne 3000 yuans par mois, après bientôt deux années d’expérience ».

Situation de famille
Tudou est célibataire. Elle a un frère de 13 ans, des parents agriculteurs de moins de 45 ans, à qui elle envoie régulièrement une partie de son salaire. “Mes parents ne sont plus inquiets pour moi car au salon, je suis assez bien encadrée”.

Impressions de Pékin
« La ville est chère. J’ai vu des gens dépenser en 5 minutes ce que je gagne en un mois »

Certaines pratiques commerciales de son quartier la surprennent : « Une fois, je suis entrée dans un salon de coiffure un peu chic, comme ça, pour voir: les prix pour les étrangers et les Chinois étaient différents !».

Dans 5 ans…
Je crois que j’aurai un enfant et je vivrai dans une petite ville proche du village de mes parents. Eux n’entendent pas déménager car l’air et l’eau sont encore très propres mais il n’y a pas de travail à la campagne. Là bas, je connais beaucoup de filles de mon âge qui sont déjà tombées enceintes: elles s’inquiètent pour leur avenir“.

“Et puis je pense que j’aurai déjà une maison et une petite affaire, sans doute un commerce de vêtements et de petits bijoux. Là bas, les gens n’achètent pas sur Taobao (l’équivalent d’Amazon)”.

“Quoi qu’il en soit, je ne serai plus à Pékin car cette ville est trop chère !”

Est-elle heureuse ?
“Je suis d’humeur joviale, l’ambiance au travail est jeune et conviviale. D’une manière générale, je me considère heureuse simplement quand je n’ai pas de souci“.

22042013-23042013-IMG_8945-1.jpg

www.jordanpouille.com

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.