L’Elysée est une drôle d’institution. Si nous la considérons dans son aspect pratique, elle semble pouvoir se muer d’une institution-chose et opaque à une institution-vivante (M. Hauriou) incarnant l’action, le mouvement, le panache. Elle se transfigure, selon les caractères de ces tenanciers, d’un lieu vide de pouvoir à un lieu du pouvoir spectralisé. Structurellement, les premiers mois de la présidence Sarkozy ont surcodé le château d’images maîtrisées du dynamisme incarnant de la sorte le passage d’une maison de repos à un équipement sportif, d’un édifice institutionnel nous le voyons, les discours du président ne sont plus connectés comme avant à la potentialité d’un changement pratique et matériel mais ils s’en éloignent comme une ritournelle étourdissante. Des mots qui croyaient faire ce qu’ils disent, à des mots qui tombent dans l’abîme d’un pouvoir démythifié. Accompagnée d’un recentrage sur des activités « qualifiantes », la pause dans le débit de parole marque une requalification du rôle même du Président. Maintenant, il se tait et se recueil dans les vertus régaliennes du pouvoir ; au final, dans l’incarnation des restes du pouvoir. Les sémiologues auront noté l’utilisation croissante du « je ». Il passera sans doute à l’usage du « nous ».
Ainsi, sans nier à l’évidence toute effectivité et opérationnalité dans la gestion publique, ou sans réduire tout pouvoir à une pure représentation imagée, à une abstraction, on ne doit peut nier la composante primaire du champ politique, la parole. Cette parole qui semble de plus en plus « sale » nous dirait G. Deleuze.