La Convention Citoyenne pour le Climat en appelle à vous !

Session 1 : la Convention citoyenne pour le Climat a publié ses premiers « messages clés » et « points de blocage ». Il est désormais clair qu’elle ne doit pas outrepasser le mandat de nos représentants. Synthèse et analyse de cette première séquence.

La première session de travail a constitué une introduction à la méthode de travail et aux membres du comité de gouvernance, suivie d’une présentation des principaux enjeux liés au climat ainsi que des mesures et lois gouvernementales déjà existantes concernant la lutte contre le réchauffement climatique, et enfin des échanges sur les leviers et points de blocage constatés, la justice sociale et la mission de la Convention. Le programme complet est consultable ici.

A l’issue du weekend des 5 et 6 octobre, les tirés au sort ont reçu et produit des documents de travail que l’on peut retrouver en intégralité ici. Les tirés au sort ont donc publié deux documents exprimant les messages clés qu’ils souhaitent transmettre à l’issue de la première session et les principaux points de blocage identifiés dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Enthousiasme et préoccupations

Les messages clés portent sur différents thèmes. La Convention se dit consciente de la gravité de la situation et de l’urgence d’agir, elle affirme que des changements collectifs et individuels sont nécessaires rapidement et que l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40% est peut être trop peu ambitieux. Au sujet de la médiatisation et de la communication de son propre travail elle souhaite que tous les médias et les citoyens se mobilisent si ils souhaitent que la Convention ait un impact. Elle en appelle citoyens et médias à suivre ses travaux et à y participer, affirmant que la sincérité de son action ne peut faire l’objet de doute. Elle se dit attentive à la corrélation entre justice sociale et climat, relève qu’il n’y a pas de culpabilité à avoir car chaque geste compte et qu’il serait bon de s’unir dans un esprit collectif. Elle célèbre la diversité fabuleuse de la Convention, composée de personnes volontaires ne se laissant pas influencer. Au sujet de son propre travail elle considère tout simplement qu’elle invente une nouvelle forme de démocratie dont l’objectif est ambitieux et qu’elle devra donc proposer des mesures fortes. Enfin elle relève à propos de l’engagement de l’État qu’un investissement financier est nécessaire et pose la question de la source de ce financement à l’abri d’une influence des lobbies.

Quant aux points de blocage ils sont divisés en trois principaux thèmes. Sur le plan économique, la Convention constate que la logique d’intérêt financier prime sur l’intérêt commun, par conséquent l’obsession pour la croissance, la logique de bénéfice et les indicateurs de PIB sont un frein à la transition. Elle constate également un manque d’engagement des grandes entreprises et s’interroge sur la manière de les inciter ou les contraindre à changer leur fonctionnement. Sur le plan politique, la Convention affirme que des mesures injustes socialement créeraient un blocage. Elle s’interroge sur l’absence de généralisation des initiatives qui existent d’ores et déjà et estime qu’il manque d’un suivi transparent de ces actions. Enfin sur le plan individuel, la Convention doute de la capacité des citoyens à accepter de changer leur mode de vie. Elle observe que certains citoyens ne sont pas dans une situation sociale leur permettant de se préoccuper d’écologie. Le principal blocage étant pour elle la culture de la consommation qui domine notre mode de vie individuel.

 Ne pas outrepasser le mandat des élus

Deux communiqués de presse ont également étaient publiés, l’un par les garants de la Convention, l’autre par le comité de gouvernance. Les garants saluent un échantillon de citoyens particulièrement varié, faisant preuve d’une très forte motivation et disposant d’une connaissance certaine du sujet bien qu’elle ne soit pas homogène. Ils se disent frappés par la précision, la lucidité des questions et la participation active de la majorité des participants. Enfin ils considèrent que la Convention est en pleine capacité d’exercer son mandat de manière indépendante, pour preuve ils relèvent qu’ils n’ont pas hésité à bousculer l’agenda, dès la deuxième journée, et à remettre en questions les informations qui leur étaient apportées.

Le comité de gouvernance pour sa part insiste principalement sur le fait que cet exercice démocratique n’a pas vocation à remplacer notre modèle de représentation mais bien à le compléter. Cet exercice de démocratie délibérative a été conçue par le pouvoir exécutif de telle manière qu’il n’oppose pas la légitimité de la Convention à celle du Sénat ou de l’Assemblée nationale. Le comité de gouvernance rappelle également que les propositions de la Convention seront soumises au vote parlementaire ou à référendum selon les engagements du Président et du Premier ministre, ce sera donc au pouvoir législatif exercé par le peuple ou par ses représentants de les accepter ou de les rejeter.

Un résultat de qualité, pour quel débouché?

On ressent chez les tirés au sort motivation et enthousiasme. Leur méfiance envers le gouvernement n’entame pas leur détermination, comme l’a relevé Christophe Gueugneau sur Médiapart. La sincérité de leur action et de ceux qui la rende possible (les animateurs à qui j’ai consacré un reportage pour La Vie) et de ceux qui l’encadrent (le comité de gouvernance) paraît indiscutable. Tout comme la capacité de la Convention à faire son propre chemin, c’est à dire à modifier l’agenda qui a été prévu pour eux et à questionner les informations qui leur sont transmises. On peut donc prédire sans trop prendre de risques que le résultat de leurs travaux sera de qualité, voire de grande qualité.

Le doute partagé tant par les acteurs que par les observateurs de la Convention porte sur le devenir des recommandations. Et ce doute est justifié par le discours du Premier ministre et le communiqué de presse du Comité de gouvernance. En répondant à des questions après son discours, Edouard Philippe a clairement refusé de promettre que toutes les propositions formulées par la Convention seront appliquées « ce que je peux vous garantir, c’est que vos propositions quand elles auront été discutées, si elles expriment non pas la position d’une petite minorité mais quelque chose qui relève d’une forme de consensus, que ces propositions seront soumises à l’examen de l’Assemblée nationale et du Sénat. Cela je peux vous le garantir. » Le communiqué de presse du Comité de gouvernance vient appuyer cette déclaration quand il affirme que « Les citoyens qui composent la Convention n’ont pas vocation à se substituer aux élus. » Notre système politique reste basé sur la représentation et les travaux de cette Convention tirée au sort ne doit en aucun cas le remettre en question.

La capacité du gouvernement à garder la main

C’est une position confortable pour le gouvernement qui dispose de la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Même si celle-ci commence à s’éroder, pour reprendre les termes des confrères du Monde, elle est encore largement acquise et on a eu plusieurs occasions de constater que cette majorité est obéissante. Il pourrait donc être extrêmement facile pour le gouvernement de faire le tri parmi les propositions de la Convention, d’appliquer directement ou de soumettre à référendum les propositions qui vont dans son sens et de soumettre au vote parlementaire, avec consigne donnée aux députés de la majorité de voter contre, celles qu’il souhaite voir rejeter. Ainsi le gouvernement et le président pourront se targuer d’avoir mené à bien avec succès une expérience de démocratie participative, sans que celle-ci l’ait poussé à remettre en question sa ligne politique.

Ce phénomène n’a rien d’étonnant, il ne faut pas compter sur des élus pour mettre en place, de leur propre initiative, un système politique qui outrepasserait leur propre mandat. La question que cette Convention va donc alimenter est celle de la complémentarité, voire de la cohabitation, de la représentation politique avec la participation directe des citoyens. Est-elle réellement possible ou fera-t-elle nécessairement l’objet d’une instrumentalisation de la deuxième par la première? La participation directe des citoyens dans le processus législatif peut-elle supplanter progressivement et pacifiquement le rôle des représentants ou fera-t-elle nécessairement l’objet d’un affrontement?

Pour le savoir, un seul moyen, et les tirés au sort de la Convention l’ont bien identifié: qu’une majorité des citoyens s’empare de la Convention et de ses propositions. Sans cela, il sera extrêmement facile au gouvernement d’ignorer et/ou de manipuler les travaux de la Convention. Et surtout, les tirés au sort en sortiront découragés et résignés quant à la capacité des citoyens à faire évoluer notre démocratie. C’est pourquoi ils en appellent justement dans leurs messages clés à tous les citoyens à se saisir de la Convention, dans leur entourage et sur les réseaux sociaux et même à y participer. Un espace sur le site de la Convention doit être réservé aux propositions citoyennes, mais il n’est toujours pas disponible…

 

Sources :

Site de la Convention :

Les travaux de la Convention

Espace "votre contribution"

Dans la presse:

Convention citoyenne pour le climat : comment ça marche? (La Vie)

Convention pour le climat : 150 citoyens méfiants mais déterminés (Médiapart)

150 citoyens tirés au sort s'attaquent au climat (Médiapart)

Convention citoyenne pour le climat : Emmanuel Macron prône une « écologie du quotidien » (Le Monde)

Convention citoyenne pour le climat : « Nous avons une grande envie de faire bouger les choses » (Kaizen Magazine)

Climat. Yolande secoue la Convention citoyenne (Le Télégramme)

Convention pour le climat : illusions technocratiques et pseudo-démocratie directe (Libération)

Convention citoyenne pour le climat : le Béarnais Pierre Ruscassie raconte (La République des Pyrénées)

Convention climat  :« Un sentiment de gravité démocratique » (La Croix)

Climat: la convention citoyenne met le cap sur les mesures (Journal de l'environnement)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.