PORTUGAL : TROIS JOURS DE DEUIL !

La mort d’Eusébio : Flora, Jesus Correia, vous en souvenez-vous ? En avez-vous entendu parler ?

J’écris ce texte suite au billet d’Artur (Arthur Porto) après la mort d’Eusébio. Son billet m'a appris des aspects de la vie de l'idole nationale pendant sa jeunesse avant qu’Eusébio n’arrive au Portugal.

J'ai sûrement été enthousiasmé par ses prouesses sportives dans les années soixante et ce n'est pour « jouer hors camp » que j'écris à mon tour ce billet, mais je n'ai pas gardé un souvenir inébranlable de ce « héros » national alors que par exemple tous les partis politiques, de l'extrême-droite jusqu'au « Bloco de Esquerda » (parti de l’extrême-gauche, je dirais gauche tout court – cela fait plus « respectable »…), lui rendent hommage avec ferveur et que le gouvernement a décrété trois jours de deuil national. C'est à mon avis aller un peu trop loin. Je n'imagine pas qu'un gouvernement français, de droite ou de « gauche », fasse de même si l'un des footballeurs qui ont gagné la Coupe du Monde venait à disparaître. Je comprends par contre l'émotion ressentie par des millions de personnes au Portugal et à l’étranger qui ont suivi la carrière d'Eusébio et l'hommage du club auquel il a appartenu avec une durée de deuil très longue (un an) et la décision que les maillots de l'équipe portent dorénavant sa photo.

Un « tout premier noir »…

Son décès me ramène à mon enfance, quand j'ai vu arriver à Évora, ma ville natale, un « tout premier noir », Flora, qui a joué dans l’une des équipes de football locales, le « Lusitano Ginásio Clube ». Dans un match en 1957 lors du Championnat de première division entre le Lusitano et Benfica l’équipe d’Évora a gagné 4 à 0 (!!!), Flora a marqué le deuxième but. Déjà en 1953, alors que le Benfica a gagné 5 à 2, Flora avait marqué les deux buts pour l’équipe d’Évora. Son meilleur classement a été 5ème pendant la saison 1956-1957.

Un « blanc des blancs »…

Puis à la même époque et quelques longues années durant à partir des années 40, un « blanc des blancs », Jesus Correia, a marqué les esprits ayant joué dans les équipes nationales de football et de rink hockey (hóquei em patins). Né en 1924, il a abandonné de son propre gré le football à l’âge de 28 ans pour se consacrer totalement au rink hockey. En tant que footballeur il avait cependant été six fois champion du Portugal entre 1944 et 1952, attaquant du « Sporting Clube de Portugal », l’un des « cinq violons », avec Peyroteo, Albano, Vasques et Travassos, et avait joué 13 fois pour la sélection national entre 1947 et 1952.

Jesus Correia a été sélectionné 142 fois dans l’équipe nationale de rink hockey, 6 fois champion du Monde et 6 fois champion d’Europe. Avec l’équipe de Paço de Arcos (ville d’où il était natif, située entre Lisbonne et Estoril) où il avait commencé à jouer dès l’âge de 13 ans, il a gagné 8 fois le championnat national et a contribué à ce que son équipe acquière un dernier titre national en 1956.

Jesus Correia est disparu en novembre 2003 à l’âge de 89 ans. Bien qu’il ait quitté de lui-même le Sporting de Lisbonne, grand rival du « Sport Lisboa e Benfica »,  il a continué à participer aux réunions de sponsors organisées partout dans le pays, fidèles à son charisme et à sa personnalité. Lors de l’inauguration du nouveau stade, « José Alvalade XXI », le 6 août de la même année, il a donné le coup d’envoi du match qui a opposé le Sporting au Manchester United. Cristiano Ronaldo jouait alors au Sporting. Cela a été son dernier match sous les couleurs de Lisbonne avant son transfert vers… Manchester une semaine après.

Mais je tiens à terminer ce billet avec les paroles d’une chanson portée par la voix de Luís Piçarra né à Moura (Alentejo) où les amateurs de foot appuient à 99,99 % le Benfica qui est vraiment un très grand, grand club (j’exagère un peu…). Ce faisant je pense à quelques amis qui sont « benfiquistas » (adeptes du Benfica) à fond, dont l’un est originaire de Porto et y réside… Cela leur fera probablement plaisir. Ceux qui connaissent le français se rendront compte que la traduction est loin d’être parfaite.

Ser benfiquista « supporter du Benfica »

 Sou do Benfica  « Je suis supporter du Benfica » E isso me envaidece «  Et cela me donne de la fierté » Tenho a genica « J’ai du punch »  Que a qualquer engrandece « Qui fait grandir n’importe qui » Sou de um clube lutador « J’appartiens à un club combatif » Que na luta com fervor « Lequel dans la lutte avec ferveur » Nunca encontrou rival « Jamais n'a rencontré de rival » Neste nosso Portugal. « Dans notre Portugal »

Ser Benfiquista « Être supporter du Benfica » É ter na alma a chama imensa « C’est avoir dans l’âme la flamme immense »  Que nos conquista « Qui nous conquiert » E leva à palma a luz intensa « Et qui érige la lumière intense » Do sol que lá no céu « Du soleil que dans le ciel » Risonho vem beijar « Souriant vient embrasser » Com orgulho muito seu « Avec la fierté qui lui est propre »  As camisolas berrantes « Les maillots criards » Que nos campos a vibrar « Qui vibrent dans les champs » São papoilas saltitantes. « Ce sont des coquelicots sautillants »

 

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