Les-Salles-sur-Verdon, un village jumelé avec un village portugais dans l'Alentejo : Luz

La grande similitude qui existe entre les deux villages c'est que tous les deux ont été submergés par les eaux de barrages et qu'à côté des « villages de substitution » ont été construits où les populations ont dû refaire où on encore à refaire leurs vies (cas de Luz, plus récent).

Un nouveau village a été construit et dans Luz la mémoire de la vie dans l'ancien village est encore très présente. Pour qu'elle reste pour toujours dans la mémoire collective, le Musée a été créé. Il attire beaucoup de visiteurs qui viennent exprès ou vont voir le barrage et font le tour du lac.

Le problème est que les excursionnistes qui visitent Luz ne peuvent pas passer la nuit dans le village ni prendre un repas car il n'y a aucun hôtel ou pension ni aucun restaurant (il y a la possibilité que les cafés existants puissent préparer un repas mais la demande doit être faite de façon anticipée). Des maisons ont été construites. C'était le minimum qui pouvait être fait. Mais du point de vue économique rien n'a été fait pour aider la population à se fixer dans le village. Beaucoup de jeunes partent et le vieillissement de la population devient de plus en plus grand.

Il y a cependant des projets gigantesques, appelés d' "Intérêt National » mais aucun d'Intérêt Local lié à Luz, alors que le village, par son histoire, avec la présence du Musée, pourrait être un point d'appui du développement touristique. Parmi ces projets, le plus important comporte un investissement de... 974 millions d'Euros ! La société anonyme qui le conduit, la « Sociedade Alentejana de Investimentos e Participações » (SAIP), appartient à la famille Roquette, propriétaire d'un domaine très connu par les amateurs de vin, la « Herdade do Esporão », située dans le « concelho » (commune) de Reguengos de Monsaraz (460 km², 11.500 habitantes). « Esporão » possède 600 hectares de vigne et un barrage de 100 hectares. Le projet touristique divisé en trois parties totalise 2.074 hectares. Par conséquent la superficie du domaine ajoutée à la superficie de la future exploitation touristique représente 27,74 km², sans oublier l'accès direct au lac artificiel d'Alqueva qui correspond à 250 km², dont 35 km² en Espagne et 19 km² dans le « concelho » de Mourão. En excluant le lac, qui a submergé environ 196 km² du « concelho » de Reguengos de Monsaraz, la superficie totale appartenant à la famille Roquette représente 14,2% des terres du « concelho ». Les chiffres relatifs aux superficies mentionnés (« concelho » et lac) sont sujets à confirmation. Cependant les superficies de la « Herdade do Esporão » et des terres appartenant à la SAIP correspondent aux chiffres diffusés par les entreprises.

Il n'y aurait rien à dire car sans doute cela va contribuer au développent économique de la région. Il semblerait que le « Projecto Alqueva » créera, dans une période de 15 ans, 5.000 emplois directs et 3.000 emplois indirects. Ce n'est pas mal... José Roquette, le patriarche de la famille, a fait la présentation du projet à la « Câmara Municipal » (Mairie) de Reguengos de Monsaraz en août 2008 dans un séminaire dont le thème était « Le développement touristique du « concelho ») et a affirmé : « Le Parc Alqueva n'existera pas pour que les portugais y passent leurs vacances ». On ne peut pas être plus clair...

Est-ce que la population des villages riverains pourra bénéficier des emplois annoncés alors qu'elle compte environ 48.000 personnes (dans la totalité des « concelhos » limitrophes du Grand Lac) ? Il y a un déficit très important dans la formation professionnelle orientée vers les emplois dans la restauration, l'hôtellerie et le tourisme et il est à craindre que ces emplois soient finalement occupés par des personnes venant de l'extérieur, ayant déjà une expérience professionnelle acquise dans d'autres régions comme, par exemple, en Algarve, dans les villes touristiques près de Lisbonne (Cascais, Estoril) voire à l'étranger. Ou est-ce que seulement les métiers « moins nobles » (jardinage, nettoyage) seront réservés à la population locale ?

André Roquette, fils de José, administrateur exécutif de la SAIP, dans une interview accordée en mars 2007 au journal local « A Palavra » a déclaré que « les hommes du marketing de l'entreprise travaillent en ce moment avec des groupes ciblés en Scandinavie, en Angleterre et en Irlande ». Ce sont des groupes spécifiques constitués par des personnes qui ne viennent pas acheter une maison. Ils viennent pour avoir une expérience de vie et s'ils aiment ils veulent la prolonger pendant l'année entière. Alors ils ont besoin d'une maison. Il faut loger ces personnes. Il faut que nous ayons tous les jouets en fonctionnement : le golf, la marina, l'agriculture biologique, etc. » À terme, en réalité, il s'agit de « créer une communauté à partir de zéro qui aura entre 10.000 et 12.000 personnes ». Mais en plus de l'agglomération il y aura d'autres types de logement parmi lesquels les plus luxueux seront des unités résidentielles complètement isolées avec des terrains de 2.000 à 15.000 m² « de façon que les maisons soient situées en dehors de la portée des regards des voisins »... Selon André Roquette la région n'a pas actuellement de capacité pour accueillir les touristes « plus de 1,2 dias ». « Il faut alors créer des raisons pour que les personnes restent davantage de temps. D'où la nécessité de construire des unités hôtelières et de loisir. Mais le nombre total de chambres dans les plusieurs hôtels qui seront construits ne dépassera pas 2.800 sur les 2.074 hectares ». Pour qu'on le sache, ces 2.800 chambres représentent un tiers du nombre total de chambres existant dans l'Alentejo en 2007, dans tous les types de logement, incluant le tourisme rural.

Il est à souhaiter que ces projets fonctionnent mais l' « l'argument de vente » qui consiste à dire que cette nouvelle communauté - importée, alors que l'on ne s'est pas préoccupé de fixer la population locale - va pouvoir partager les caractéristiques sociales, culturelles et d'hospitalité de la région, le calme, la sérénité et la gentillesse des alentejanos, en somme l'Identité Culturelle de la région, me semble être un argument illusoire. Ces caractéristiques seront submergées par le flux de personnes qui viendront « partager » finalement ce qui n'existera déjà plus... Ceci d'autant plus que le Projet Alqueva se situe essentiellement dans le territoire appartenant à la « Junta de Freguesia » (mairie) de Campinho où vivent 920 personnes sur 47 km², donc une densité de 19,6 habitants par km². Cependant, André Roquette dit dans l'interview au journal « A Palavra » : « On ne peut pas créer des îles où tout présente une qualité fantastique si tout autour il n'y a aucune qualité. Il doit y avoir un équilibre entre ce qui existe déjà et ce qui est en train de se faire. Si la communauté locale n'est pas complètement intégrée dans le projet celui-ci ne fonctionne pas ».

Pour que la communauté locale soit complètement intégrée au projet n'aurait-il pas mieux été de donner aux villages riverains des conditions de développement touristique, créant de petits hôtels pour une clientèle qui ne soit pas demandeuse de luxe, venant de l'étranger mais aussi d'autres régions du Portugal, un tourisme populaire et accessible qui pourrait offrir non seulement le paysage mais aussi ce que le Grand Lac peut proposer en termes de sports nautiques, les promenades dans le Parc Naturel de Noudar, les visites de villes et villages historiques et surtout donner aux visiteurs la possibilité d'un contact direct et fréquent avec la population de la région ?

Deux conceptions de tourisme qui s'affrontent :

J'ai appris qu'en 2005 le village de Luz s'est jumelé avec un autre village, en France, Les-Salles-sur-Verdon, et à partir de là j'ai eu envie de comparer les situations, au-delà de celle qui saute aux yeux, à savoir, la submersion des villages par les eaux de barrages. Mais la comparaison s'arrête plus ou moins ici. La dimension du barrage est beaucoup plus grande que celle qui a été construite dans le fleuve Verdon. Le Lac de Alqueva fait 11,4 fois la superficie du Lac de Sainte-Croix et a un volume d'eau 5,4 fois supérieur. La topographie n'est pas non plus identique. La région où se trouve le Verdon est une région montagneuse qui contraste avec la plaine « alentejana ».

La profonde vallée formée par les deux rives du Verdon que l'on appelle les Gorges du Verdon est considérée comme le plus beau Canyon d'Europe et attirait déjà beaucoup de touristes et excursionnistes depuis des dizaines d'années. Le spéléologue français Edouard-Alfred Martel, considéré comme étant le « fondateur » de la spéléologie moderne a dirigé en 1905 une expédition qui a été la première à réussir la traversée de la vallée par le fond. A cette époque-là on envisageait déjà la construction d'un barrage en soulignant que « les eaux du fleuve deviendraient navigables et que le torrent impétueux se transformerait en un lac tranquille ».

Cinq barrages ont été construits dans le Verdon dont trois en amont de Salles-sur-Verdon avant la construction du barrage qui a donné origine au Lac de Sainte-Croix. Le premier avait été envisagé afin de constituer une réserve d'eau qui pourrait faire face à une pénurie éventuelle dans la Durance, fleuve duquel le Verdon est un affluent. « Un lac de 15 km sera formé et constituera pour les touristes un spectacle très curieux et un but d'excursion très intéressant et notre région ne tirera qu'un grand bénéfice (Journal des Basses-Alpes, le 1er novembre 1908). Le premier barrage, celui de Castillon, a fini par être construit mais seulement en 1949. Le « Touring Club de France » qui compte près de 100.000 adhérents en 1906 décide, en 1925, de tracer un chemin qui donne la possibilité de découvrir la région et construit deux ans après un hôtel-refuge en leur donnant les noms de « sentier Martel » et « refuge Martel » prêtant ainsi hommage au spéléologue qui a donné la notoriété au site.

En 1906, au Portugal, la « Société de Propagande du Portugal » a été fondée. Elle a pris rapidement le nom de « Touring Club du Portugal ». Le nombre d'adhérents a beaucoup augmenté en peu de temps, passant de 2.175 l'année de sa fondation à 16.000 en 1925. Le tourisme a suscité beaucoup d'intérêt dans le pays et l'association a réalisé pour la première fois depuis le début de son activité une excursion à Évora à laquelle ont participé 50 personnes. Cependant à l'époque les moyens de communication étaient faibles, les chemins de fer pratiquement inexistants, le nombre de voitures et de cars très réduit et le réseau routier très défaillant, donc en ensemble d'éléments qui n'ont pas favorisé le développement touristique. Si l'on ajoute à cela la pauvreté généralisée, on comprend que les couches sociales aisées aient privilégié le vacances dans des station thermales et balnéaires où des hôtels ont été construits car il y en avait peu sauf dans les environs de Lisbonne (Estoril, Cascais) et de Porto ( Espinho, Póvoa de Varzim) et quelques-uns déjà en Algarve, comme dans les stations thermales, très nombreuses (Gerês, Pedras Salgadas, Carvalhelhos, Luso, Curia, Monte Real, Caldas da Rainha, Cabeço de Vide, etc.). Dans les autres plages qui commençaient à attirer les vacanciers il existait quelques pensions ou plusieurs familles résidentes louaient des parties des maisons où elles vivaient.

De surcroît, le pays a traversé une période de grande instabilité politique à partir des dernières années du 19ème siècle qui a conduit à l'assassinat du roi D. Carlos et du prince héritier en 1908 et la proclamation de la République le 5 octobre 1910. Entre 1910 et 1926, quand il y a eu un coup d'état qui a mis fin à la démocratie parlementaire, il y a eu sept élections législatives et huit élections présidentielles en plus des élections municipales. La participation à la première Guerre Mondiale à contribué à affaiblir encore davantage l'économie qui se trouvait déjà dans un état très dégradé. De nombreuses perturbations sociales ont eu lieu dans les grandes villes et aussi en province.

Alors qu'un contingent portugais se battait en Flandre, profitant de l'absence du Premier Ministre qui se trouvait à l'étranger, Sidónio Pais a pris la tête d'une rébellion en décembre 1917 et a instauré une dictature militaire qui a duré un an, jusqu'à son assassinat. Les lois de la

République sont redevenues en vigueur mais dans une situation encore plus grave. Les grandes figures de la première République ont quitté la scène politique. Des personnages de second plan ont pris place dans les institutions et cela a provoqué le chaos dans l'administration et un mécontentement généralisé, conséquence de l'incompétence des hommes au pouvoir. En mai 1926 a eu lieu un coup d'état décisif qui a porté au pouvoir Oliveira Salazar, le futur dictateur qui s'est imposé sur la scène politique à partir de 1929 affirmant que la future réorganisation de laconstitution devrait être basée sur un « nationalisme solide, prudent et conciliant ». L' « État Nouveau », un régime corporatiste inspiré des mesures prises par Mussolini, en Italie a alors été créé (corporations économiques, corporations « culturelles », maisons « du peuple », etc). Les partis politiques ont été interdits.

Dans ces conditions, aussi bien le tourisme interne que la venue de touristes de l'étranger ont subi une grande chute, d'autant plus qu'il y a eu la guerre d'Espagne, Salazar ayant opté par l'alliance avec le général Franco ce qui a beaucoup coûté au pays en termes économiques et aussitôt après la deuxième Guerre Mondiale (il y a eu alors l'institution de tickets de rationnement pour des produits alimentaires de base).

Au début des années soixante, pour combattre les mouvements indépendantistes qui ont surgi dans les « provinces portugaises d'outre-mer» l'« État Nouveau » a envoyé des contingents militaires importants notamment en Angola, au Mozambique et en Guinée-Bissau et a soutenu uneguerre qui a absorbé 40 % des dépenses publiques du pays pendant plus de 10 ans. Cela n'a pas contribué à favoriser des investissements dans des secteurs importants parmi lesquels les infrastructures routières et le tourisme.

À partir de 1960 (quand l'expansion économique de l'après-guerre obtenue en Europe grâce au Plan Marshall qui a apporté de la prospérité aux pays qui ont bénéficié de l'aide américaine) il y a eu une croissance importante du nombre de touristes étrangers au Portugal mais la capacité d'accueil était faible, le réseau routier mauvais et les européens découvraient un pays arriéré économiquement et culturellement. En 1986, un peu de dix ans après la Révolution qui a mis fin à la dictature, le Portugal est entré dans la Communauté Européenne. Le pays a commencé alors à être une destination touristique plus fréquentée, l'Algarve connu une expansion très importante comme les régions de Lisbonne et de Porto. Des investissements très importants ont été réalisés au niveau des infrastructures.

La répartition de la richesse dans le pays continuait cependant à être un obstacle au développement du tourisme intérieur. Ainsi, par exemple, en 2007 (pas très loin d'aujourd'hui) l'inégalité dans la distribution du revenu des 20 % de la population les plus riches et les 20 % les plus pauvres a été la plus importante en Europe : les 20 % les plus riches recevaient 6,5 fois plus que les 20 % les plus pauvres, alors qu'en France cette proportion était de 2,8 et, globalement, dans l'Union Européenne, a été de 4,8 fois.

Il y a eu malgré tout une croissance des revenus d'une classe moyenne qui avait une présence très faible il y a quelques quarante ans et cette population-là a enfin pu jouir de vacances avec une plus grande fréquence et accéder à des endroits qu'auparavant étaient réservés à une minorité de personnes riches, notamment les plages. Mais le tourisme qui aurait pu être développé à l'intérieur du pays est resté loin derrière.

Nous arrivons ainsi à la situation actuelle où par exemple dans l'Alentejo il y a une capacité de logement très faible bien que ces dernières années le tourisme rural se soit développé et que beaucoup d'hôtels aient été construits. Selon des données divulguées par l'Institut National deStatistique relatives à l'année 2007, l'Alentejo ne possède que 154 établissements, cela dans une région immense (31.152 km², soit 1.000 km² de plus que la Belgique, par exemple) avec un potentiel touristique énorme dû à la beauté des paysages, des villes, des villages et du littoral, aux monuments mégalithiques (présence massive de dolmens, menhirs, cromlechs), aux vestiges des présences romaines (châteaux, temples), arabes (dans l'aspect des maisons des petits villages avec la présence de cheminées typiques, un musée islamique à Mértola), juifs (la synagogue de Castelo de Vide), les musées (parmi lesquels le « Museu da Luz »), l'existence de parcs naturels immenses, aussi bien dans l'« Alentejo Litoral » (parc du sud-ouest et de la côte « vicentina ») que dans le « Alto Alentejo » (parc de São Mamede), dans l'« Alentejo Central » (parc de nature du Noudar) et dans le « Baixo Alentejo » (parc de la vallée du Guadiana), la gastronomie (la viande du cochon noir, les fromages, les huiles d'olive), les vins et, maintenant, le Grand Lac de Alqueva.

Tout cela et seulement 154 établissements hôteliers, parmi lesquels 35 hôtels, 5 hôtels appartements, 7 appartements touristiques, 2 villages touristiques, 1 motel, 15 « pousadas », 6 hôtels restaurants et 83 pensions. Les chiffres peuvent parfois être mis en cause, c'est pourquoi j'ai eu recours à l'Institut National de la Statistique. Dans un article précédent j'avais ajouté 124 autres établissements (tourisme d'habitation, tourisme rural, etc.) cités dans une étude intitulée « Le Tourisme dans l'Espace Rural » publié par le Centre de Recherche et d'Études de Sociologie.

Cependant une « Étude des Impacts Prévisibles du Projet à Fins Multiples de l'Alqueva dans la Configuration des Ressources Humaines de l'Alentejo » datant de décembre 2008 mentionne 142 établissements (hôtels, pensions et autres) en 2006. Je considère par conséquent le nombre de 154 en 2007 comme étant un chiffre fiable. Il y a donc des similitudes (et les différences) entre les deux régions (Alentejo et Provence-Alpes-Côte d'Azur), notamment les superficies, le nombre d'habitants, la densité de la population par km².

Les Salles-sur-Verdon est un village de 200 habitants. Il fait partie du département du Var et est intégré dans la région PACA (Provence-Alpes-Côte d'Azur). Dans cette région se trouvent de grandes villes telles que Marseille : 839.000 habitants, Nice : 327.000, Toulon : 160.000 et des stations balnéaires ou villes mondialement connues comme Cannes (70.000 habitants), Saint- Tropez, Ramatuelle, Sainte-Maxime, Saint-Raphaël, etc.

La plupart de la population du Var est concentrée dans le sud du département (où se trouvent les grandes villes : Toulon, déjà citée, Brignolles (107.000 habitants), Draguignan (37.000 habitants). Le Var a une population de 1.003.000 habitants. Le Haut-Var, région montagneuse où se trouve le village des Salles-sur-Verdon, se situe au nord du département.

Le Haut-Var a une superficie de 1.232 km² où vivent 34.900 personnes, donc une densité de 28,3 personnes par km², comparable à celle de l'« Alentejo Central » (23,5) une densité très faible donc. La région du Haut-Var est composée de 29 communes parmi lesquelles Les Salles-sur-Verdon. La population moyenne par commune est de 1.203 personnes. Dans le Haut-Var il y a 40 hôtels donc plus d'hôtels que dans l'Alentejo qui est 25 fois plus grand ! En plus il y a 54 maisons avec des chambres à louer dûment répertoriées et obéissant aux critères de conformité de l'organisme "Chambres d'Hôte et Gîtes de France".

Si l'on prend le nombre total d'établissements hôteliers dans l'Alentejo (154) et dans le Haut-Var (94) nous obtenons 1 établissement pour 202 km² dans l'Alentejo (31.152 km²) et 15 fois plus dans le Haut-Var (1.232 km²). Inutile de comparer le nombre d'établissements hôteliers dans les régions à superficie équivalente : l'Alentejo et PACA (31.440 km²) car l'environnement économique n'est pas du tout semblable.

Mais dans une approche plus réaliste, comparons deux régions voisines avec des caractéristiques socio-économiques très semblables, l'Extremadura (en Espagne) et l'Alentejo : superficie d'environ un tiers supérieure (41.634 km²) mais densité de la population très proche (26,4habitants/km² en Extremadura, 24,6 dans l'Alentejo). En Extremadura il y a 981 établissements hôteliers, soit une densité environ 4,8 fois supérieure à celle de l'Alentejo.

Il faut souligner que le Var se trouve sur un axe important de migration touristique surtout estivale (du Nord de la France jusqu'à la Côte-d'Azur, qu'à moins de 140 km se trouvent des villes avec une population très importante et que le département a une densité de population sept fois supérieure à celle de l'« Alentejo Central ». Tout cela a contribué au développement touristique dans la région et actuellement le village de Salles-sur-Verdon qui compte seulement 200 habitants peut accueillir 4.000 personnes pendant les périodes estivales.

Luz se trouve dans une région éloignée mais ce n'est pas une raison suffisante pour dire qu'il n'y a rien à faire. Pour commencer il y a déjà le Grand Lac avec 19 villages riverains et même s'il n' y avait qu'un hôtel dans chaque village, un petit hôtel, confortable sans grand luxe cela donnerait la possibilité d'attirer des touristes qui resteraient dans la région, qui pourraient circuler dans des environs ou venir de Lisbonne et aller jusqu'à Séville, par exemple, Luz étant à égale distance des deux métropoles à environ 200 km seulement. Badajoz est encore plus proche et s'il y avait dans la région du Grand Lac un réseau d'hôtels de ce type il y aurait certainement beaucoup de monde attiré par toutes sortes d'activités liées aux vacances (pratiquer du sport, se promener dans les parcs naturels, visiter des agglomérations avec un passé historique, participer aux événements culturels qui s'y réalisent, goûter la cuisine et les vins de l'Alentejo, etc.).

Cela vaut vraiment la peine de nous pencher sur un projet de cet ordre car il y a beaucoup de conditions réunies pour le réaliser. Ce serait une opportunité pour développer la région et fixer la population à la région. Il me semble qu'il s'agit d'une alternative bien plus passionnante qu'unmega-projet où finalement l'argent joue un rôle bien plus important que l'initiative personnelle et collective. Ce n'est pas trop tard pour l'envisager. Cela exige de croire dans le projet et dans l'avenir et abandonner l'idée que des idées de cet ordre ne sont pas à notre portée.

Cela nécessite de mobiliser les gens et les institutions, savoir et avoir envie de travailler en coordination avec d'autres projets et des personnes d'autres endroits et d'autres horizons. C'est une idée que je laisse ici.

Et pour terminer je rappelle les mots d'Emeric Fisset dejà cités dans un billet précédent : « La circulation d'un étranger, où qu'elle s'opère, entraîne une forme de déséquilibre, de remise en question : déséquilibre intellectuel, par voie de comparaison ou de confrontation des cultures, qui peut se manifester dans des prétentions ou des propos déplacés, déséquilibre moral, qui peut se traduire par un comportement inadéquat voire choquant, et, bien sûr, déséquilibre économique ».

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