Préparons une rentrée sociale inédite!

Le mouvement des gilets jaunes poursuit sa route dans un cadre mouvementé par l'affaire Général Électric à Belfort, le ras le bol des urgentistes, les protestations des personnels hospitaliers, les défenseurs du climat, la belle manifestation des cheminots contre la réforme ferroviaire et le lancement de la campagne pour exiger un référendum sur la vente de l'aéroport Charles de Gaulle. Ajoutons-y le bazar ambiant au sein de l'Europe pour mettre en place les diverses commissions, fruit des contradictions des résultats des élections dans les pays de l'UE. Tout ceci témoigne de la profonde crise politique qui frappe les européens mais aussi le monde entier qui entre dans des convulsions liées à la financiarisation tentaculaire de l'économie au détriment des intérêts des peuples.

Bien sûr, contrairement aux idées toutes faites sur la progression linéaire des luttes, les actions connaissent des hauts et des bas qui font dire aux commentateurs officiels qu'il y a essoufflement, désintérêt des gens, changements d'opinion ou plus carrément accord avec la politique de Macron. Rien de tel ne se passe. Au contraire, les 90% des électeurs (50% d'abstentionnistes et celles et ceux ayant choisi d'autres listes) qui n'ont pas voté pour la liste soutenue par le Président de la République entrent en colère à la suite des décisions prises par le gouvernement. Rejet des privatisations envisagées, réduction des indemnités chômage pour ceux qui en percevaient ( près de la moitié des chômeurs ne percevant rien),  réforme des retraites portant sur l'acquisition de points dont la valeur serait incertaine mais détruirait la solidarité intergénérationnelle installée à la Libération, augmentation des prix du gaz, de l'électricité et des carburants. L'été va être propice à une hausse des prix alimentaires initiée par les grands patrons de la distribution sous prétexte de rétribuer plus justement le prix des producteurs. Une entourloupe de plus pour pressurer les plus pauvres et les classes moyennes.

La protestation sociale ne faiblira pas cet été. Nous verrons du jaune partout, dans les festivals, durant le Tour de France, sur les plages et aux entrées des autoroutes. Partout des groupes se mobiliseront pour exprimer les revendications, pour exiger justice et partage, pour dire stop à Macron et à sa politique. J'espère y voir d'autres couleurs pour préparer une rentrée sociale inédite. La question de la convergence d'actions posée depuis 7 mois va prendre un nouveau tour. Les organisations syndicales et les forces politiques devraient s'y inclure sans arrières-pensées. Il y va aussi de leur devenir.

Le mouvement est en pleine réflexion: doit-il continuer comme depuis 7 mois ou bien doit-il trouver d'autres formes d'action sans arrêter ce qu'il sait bien faire mais en l'enrichissant d'initiatives aptes à rassembler beaucoup plus de forces pour démontrer sa puissance? La famille gilets jaunes bouillonne d'idées. Des expérimentations se font localement, des personnalités médiatiques tentent un regroupement pour unifier les actions et non pas diriger le mouvement. Il faut revenir aux fondamentaux de ce grand mouvement politico-social insurrectionnel pacifique. Notre adversaire est redoutable certes mais nous disposons du nombre, de l'intelligence collective, et surtout nous sommes les créateurs des richesses sans qui rien de positif ne peut exister. Nous les jojos gilets jaunes sommes le levain d'une nouvelle humanité, d'une nouvelle façon de vivre, d'une nouvelle solidarité. L'été sera mis à profit pour préparer ce rassemblement de type nouveau qui surprendra les médias, les gouvernants et leurs valets.

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