sacrée soirée!

L'émission "des paroles et des actes" se termine. J'ai le sentiment qu'une nouvelle étape est franchie par N.Sarkozy. Il avale les thèses du Front National sans nuances. Immigration, division sociale, utilisation des peurs, de l'insécurité, manipulation des drames dans les quartiers, les réponses du Président sortant m'ont glacé d'effroi. Traiter la question de l'emploi des jeunes en proposant la formation comme unique mesure est une nouvelle provocation. La formation et les stages, les jeunes ne connaissent que ça. Pour quel débouché? Le président-candidat va plus loin dans l'attaque: le jeune qui après un stage n'acceptera pas une proposition d'emploi sera radié de Pôle emploi. Indemnités supprimées et statistiques du chômage en baisse. D'une pierre deux coups. Seul le patronat sera gagnant en proposant aux jeunes des emplois sous-payés et des conditions de travail dévalorisées.  Au sujet du logement, N.Sarkozy propose de diviser par deux le montant des droits de mutation sur les ventes et les achats immobiliers. Tout "bénéf" pour les promoteurs qui attendent depuis des années une telle disposition. Mais ça ne crée pas un logement supplémentaire! Et la loi sur les 30% d'agrandissement du bâti permet uniquement aux propriétaires d'accroître d'autant leurs revenus immobiliers sans pour cela baisser les loyers ou les prix des logements. Pour un résultat minime en matière de construction nouvelle. Nous sommes loin de la construction du million de logements nécessaire pour stopper la crise. Cerise sur le gâteau, N.Sarkozy propose un droit nouveau! Pour les policiers qui commettent les bavures en créant un droit à "la présomption de légitime défense", qui permet au policier de continuer à porter une arme. Un encouragement. C'est la justice selon Nicolas. Plus de mise en examen, plus de poursuite, plus d'emprisonnement jusqu'au procès. M.Lepen doit en rigoler encore à cette heure.

Au plan européen, le candidat  prend le contre-pied du président Sarkozy en proposant de revoir une disposition du traité de Lisbonne ( écrit par lui-même). Pour lutter contre les délocalisations, il souhaite fermer les frontières avec la Chine et d'autres pays émergents et les ouvrir pour les marchandises créées en Europe. Le traité ne le permet pas et les allemands y sont opposés au nom de la concurrence libre et non faussée que sarkozy avait approuvée. Rodomontade à la veille du vote qui passera aux oubliettes comme sa promesse de travailler plus pour gagner davantage. Mensonge que d'affirmer que les délocalisations seraient empêchées car, que je sache, les objets produits en Roumanie ou en Pologne ne sont pas fabriqués chez nous. Encore une mystification sarkozienne. Énorme!

Ce soir, il s'est lâché. Contre le journal "l'humanité" d'abord, contre Mélenchon ensuite s'efforçant de minimiser l'irruption du Front de gauche. Tout ce tintamarre pour affirmer que le Front National fait partie de la république et que M.Lepen tient son brevet de démocrate sincère. Triste et dangereux! Le virage qui se préparait depuis des mois est négocié ce soir. Le chef de la droite ouvre la porte de la recomposition politique. De la porosité constatée entre droite et extrême-droite, on aperçoit la fusion qui se dessine. Drapée des atours républicaines, la nouvelle force de la droite affine ses contours. Droite populaire, droite frontiste, droite dure et répressive, elles préparent la reconversion politique semblable aux évolutions que nous connaissons dans d'autres pays européens. Avec la bénédiction de Sarkozy.

Face à lui, un F.Hollande fidèle à son parcours. Pas très disert sur son programme, essayant de gagner les voix lepenistes. Sur l'immigration, il se limite à donner le droit de vote aux élections locales mais remet le couvert sur les "quantités" d'immigrés qui pourraient être accueillis. Quand aux policiers, il leur propose un droit de "présumé innocent" alors que les lois actuelles permettent à la justice de s'appliquer normalement. Pour les jeunes, la formation est son credo. Les embauches seraient encouragées par la baisse des cotisations sociales des entreprises. Pas enthousiasmant pour deux sous. Après un rappel de sa position sur l'Europe à savoir rencontrer A.Merkel pour infléchir sa position sur un pacte de croissance, F.Hollande s'est félicité du score et de la campagne de Mélenchon. Il s'est déclaré , c'est une avancée, ouvert à une discussion sur les circonscriptions où le FN peut éliminer la présence de la gauche dès le premier tour. Soyons attentifs .

La position du front de gauche trouve sa confirmation ce soir. Battre la droite, dégager Sarkozy et conserver notre autonomie politique. Rien négocier, se battre jusqu'au bout pour rassembler dans cette perspective la gauche qui ne tremble pas, la gauche qui tient bon, la gauche d'avenir. Le 6 mai, nous ouvrons une nouvelle séquence avec les élections des députés. Avec confiance!  Bonne nuit et... Banzaî!

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