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Billet de blog 28 mars 2015

Conflit d'intérêt dans l'étude d'opportunité pour la mise en place d'un second barrage en Guyane

Conflit d'intérêt dans l'étude d'opportunité pour la mise  en place d'un second barrage en Guyane.A quel jeu dangereux joue la majorité Guyane 73 de la collectivité régionale en choisissant pour cette étude d'opportunité la société Tractebel Engineering , spécialiste dans les domaines de l'énergie et dans les grandes infrastructures et entité opérationnelle filière de la multinationale GDF-SUEZ ? 

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Conflit d'intérêt dans l'étude d'opportunité pour la mise  en place d'un second barrage en Guyane.

A quel jeu dangereux joue la majorité Guyane 73 de la collectivité régionale en choisissant pour cette étude d'opportunité la société Tractebel Engineering , spécialiste dans les domaines de l'énergie et dans les grandes infrastructures et entité opérationnelle filière de la multinationale GDF-SUEZ 

Un conflit d'intérêts apparaît quand un individu ou une organisation est impliquée dans de multiples intérêts, l'un d'eux pouvant corrompre la motivation à agir sur les autres.(source Wikipédia)

Nous sommes donc en plein dedans et gageons que la conclusion de l'étude est déjà connue sur la nécessité de construire un deuxième barrage en Guyane, reste à faire passer la pilule sans faire de bruit.

Je dénonce cette connivence dans cette article et tente d'éclairer les citoyens et lecteurs sur ces mécanismes douteux de marché public.

Comment en est-on arrivé là?

Tout monde sait que le président de Région ne jure que par la construction d'un deuxième barrage, condition nécessaire à l'installation d'une multinationale de l'industrie aurifère dans la région de Mana. Ce projet, dixit le préfet de Guyane, créera à lui seul plus de 2000 emplois. Donc exit le potentiel des énergies renouvelables tout aussi créateur l'emplois et ayant lui une attractivité spatiale et temporelle.

C'est l'exemple même de la vision courtermiste répondant à la nécessité d'une croissance économique mondiale  pour les grands groupes mais qui ne structure aucunement le développement local et dont les retombées fiscales nous échappent.

Pourtant en Guyane, les énergiticiens n'ont de cessent d'expliquer que l'autonomie énergétique de notre région est conditionnée aux énergies renouvelable et à la maitrise de la demande d'énergie. La Guyane est un territoire plat, pas propice aux constructions hydrauliques et l'exemple du barrge de Petit-saut nous le rappelle sans cesse, 360 km2 de forêt primaire innondée pour une capacité de production de 110 Mw, c'est le plus mauvais barrage du monde. 

Même Antoine Karam, sénateur de la Guyane, lors de la présentation du 27 mars 2015, à la presse de son premier bilan de ses six mois au Sénat, "a rappelé à la ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal, que 35% de la population guyanaise n'étaient toujours pas connecté au réseau électrique et que sa priorité était de se concentrer sur les énergies renouvelables." Je comprends dans cette déclaration sur les Enr, hormis grand barrage hydraulique.

GDF-SUEZ et EDF sont bien loin de notre réalité de développement durable de la Guyane, leur seule préoccupation est de susciter puis de capter les marchés de construction de grand projet à travers le monde, quelque soit leurs intérêts sur le long terme, leur coûts faramineux et leurs impacts sur la biodiversité. Ils sont souvent à l'origine des grands projets inutiles et imposés (GPII).

Le terrain guyanais  leur est favorable, les intentions politiques de la Région est une aubaine pour capter des millions d'euros.

L'exécutif régional rappelle dans sa présentation lors de la commission permanente (CP) du 18 mars 2015:Dossier 56 de la commission permanent: Etude d'opportunité pour la mise en place d'un second gros moyen de production d'électricité. l'urgence de disposer d'un nouveau moyen de production électrique qui pourrait, selon certain experts, être un barrage.

Quand ces mêmes experts sont retenus  par la commission d'appel d'offre (CAO) pour mener l'étude, je ne peux  que  m'interroger sur la pertinence  et l'impartialité de ce  choix .

- Que dit le code des marchés publics? Il appartient au contrôle de la légalité de donner un vis circonstancié dans ce cas.

Pourquoi les 5 autres concurrents sont écartés au seul motif qu'ils sont plus chers?


La réponse cinglante réponse de la Région est la suivante:

"Je vous prie de bien vouloir prendre connaissance du courrier de notification de rejet de votre candidature pour le marché cité en objet. 

J'ai le regret de vous informer que votre proposition n'a pas été retenue car le montant de votre offre est supérieur à celui de l'offre de l'entreprise retenue; L'offre retenue est celle de l'entreprise Tractebel Engineering  pour un montant de 313 471€. je vous remercie néanmoins pour votre participation..." 

Bien évidemment  les cinq autres candidats sont bien au-dessus de l'enveloppe de Tractebel, et pour cause le choix était fait d'avance et la stratégie bien rodée.

Tout est stratégie et petit arrangement entre soi avec l'argent publique.

Ce prix est anormalement bas et surprenant au regard de la prestation qu'il y a à réaliser ( le budget était de l'ordre de 2 M€ au départ). Cela est moins surprenant si l'on prend en compte que Tractebel fait partie du groupe GDF- SUEZ et que les enjeux liés à la construction d'un barrage, de son exploitation et de la vente d'énergie sont bien plus important pour le groupe et cette étude leur permet d'avoir la main sur la suite du projet... Ce qui peut justifier ce prix anormalement bas et de prendre un contrat à perte au début.

Ceci est interdit par la loi me semble t-il. En France hexagonale, pour moins que cela, certains médias spécialisés, déjà saisi de l'affaire, parleraient de traffic d'infuence, d'enjeu de pouvoir, de conflit d'intérêt, de suspicion de retrocommissions etc...Mais en Guyane la vie est un long fleuve tranquille. Pour combien de temps encore?  

Pour arriver à ce prix, il ne serait pas étonnant que la partie comparaison entre les Enr soit sous-cotée, à savoir la deuxième partie  de la tranche ferme.(Phase 2: Analyse comparative des solutions de production d'électricité permettant de répondre au besoin en énergie)

Quid de l'étude d'impact environnemental, aux graves menaces qui pesent sur une surface innondée de forêt primaire de près de 500 km2. Au Brésil, pour Monté Bélo, cela choque de le monde entier mais en Guyane là encore rien ne semble émouvoir la population locale.

On peut dans ce contexte douter de l'indépendance du consultant. Il devient juge et parti de l'affaire. Mais comment expliquer aussi ce choix de la Région Guyane?

C'est comme demander à un aveugle s'il veut voire.

Lors de cette CP ne pouvant être présent pour raison de santé, je me suis entretenue et ai échangé avec mon collègue de l'opposition Marc Monthieux pour une intervention rappelant  la proximité et le conflit d'intérêt avec Tractebel. Aucune réponse n'a été apportées sur les questions qu'il a posé à l'exécutif , silence radio avant le vote puis vote favorable sans débat.

Ce silence cache t-il un malaise?... Une certaine complicité...? 

En outre la construction d'un deuxième barrage ne répondra qu'en partie à notre demande énergétique sur le littoral, les communes de l'intérieur seront toujours confronter à leur isolement actuel. Au moment du débat sur la loi Biodiversité on doit s'interroger sur cette vision du développemnt en Outr-Mer, ce paradiqme imposé est complètement dépassé.

 Les besoins énergétiques de la Guyane, au vue de sa démographie et de son développement, sont d'enjeu stratégique et il appartient à toutes les parties prenantes, politiques, collectivités, consommateurs, énergéticiens, Etat, de travailler en toute transparence dans l'intérêts de la Guyane et ses générations futures.

Affaire à suivre, en attente de vos réactions.

J'écrivais déjà le 5 mai 2013 Transition énergétique-Transition des mentalités


Une saison en Guyane:Entretien directeur d'EDF

José GAILLOU, conseiller régional de Guyane

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