Josep Girones
Abonné·e de Mediapart

24 Billets

0 Édition

Billet de blog 26 mars 2014

Comment battre l'extrême droite à Perpignan et partout ailleurs?

Josep Girones
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Pourquoi le vote à droite n’est en aucun cas un bouclier face au Front National

Le mouvement ouvrier, en s’affaiblissant, semble avoir perdu sa mémoire collective. On a refermé les livres. Les acquis  théoriques de notre classe  sont portés par une minorité. C’est la mode du zapping et du buzz. Comme si le passé n’avait rien à nous dire du temps présent. Le fascisme est devant nous et nous sommes comme frappés d’amnésie. Mais qu’est-ce que le fascisme et comment le combattre ?

Pour les partis de la gauche institutionnelle, le monde semble s’organiser en cercles concentriques : selon eux,  il y a la  « famille » politique (le parti), les alliés électoraux des deux camps respectifs de la droite et de la gauche, et un troisième cercle commun à tous : la République. Au delà de ce troisième « cercle républicain », c’est pour eux comme un saut dans la  barbarie et  la violence « des  extrêmes ».

Comme s’il la barbarie n’était pas déjà présente dans la « lepénisation des esprits » qui  gagne une bonne partie de la classe politique et des médias ! Et à la lepénisation des esprits répond sur le terrain économique une forme de « lepénisation des profits », comme le montre la violence cynique du capitalisme ultra libéral en Grèce, au Portugal et en Espagne. Les guerres néocoloniales et impérialistes, en Irak, en Afghanistan  ou dans la « Françafrique », entrainent quant à elles une perversion et un grave discrédit  de nos valeurs humanitaires : elles sont une forme de « lepénisation de la morale ».

Non, la barbarie ne commence pas au sortir des portes de notre belle république bourgeoise… ! Il y a bien une continuité entre la démocratie capitaliste en crise et le fascisme. Pereira prétend est un roman d’Antonio Tabucchi, écrit avec le style de la froideur objective d’un rapport de police.  Il relate le moment du passage du Portugal à la dictature fasciste de Salazar. Il exprime très bien le fait qu’il y a eu parfois  un glissement silencieux de la démocratie bourgeoise en crise au fascisme le plus brutal.

Le danger extrême ne commence pas au-delà du troisième cercle de la démocratie bourgeoise : il est déjà présent bien avant, dans les trahisons et les capitulations de ceux qui piétinent les valeurs de la gauche et la volonté populaire. Au lieu de ce « front républicain » qui ne fait qu’aggraver le découragement de tous ceux qui veulent encore le changement, il faut organiser la riposte la plus ferme contre ces capitulations pour dire, ici et maintenant : pas en notre nom, monsieur Hollande !

Ce qui s’est passé au premier tour des municipales n’est qu’un avant goût de ce qui nous attend aux présidentielles. Avec la division de la gauche se réclamant de l’anti capitalisme et l’appel à « l’union sacrée républicaine » avec la droite, on va droit dans le mur.

Aujourd’hui à Perpignan, nous rejetons la prétendue « discipline républicaine »  qui voudrait nous pousser à un vote masochiste et démobilisateur en faveur  d’un vieux nostalgique de l’OAS, Pujol, au nom d’un « front électoral républicain ». C’est dans les luttes qu’il faut construire le front anti fasciste, contre le FN d’Alliot et la droite extrême de l’UMP Pujol.

Le grand mérite de la candidature de Stéphanie Font à Perpignan a été de faire entendre cette exigence d’unité et d’indépendance dès le premier tour des municipales.

Nous n’avons jamais dit que « dans la nuit du capitalisme, tous les chats sont gris ». Non, ils sont aussi roses, bleu police et les bruns sont bien sûr les plus dangereux. Il y a des niveaux dans la violence du capital : on peut se prendre un tir de flash ball dans la figure et perdre un oeil comme notre camarade sidérurgiste d’Arcelormittal. D’aucun diront que c’est tout de même mieux que de tomber entre les pattes des tortionnaires nazis… Soit… Mais quand on est contre la torture, on ne vote pas « flash ball » pour se protéger des nazis ! Voter pour la droite au nom de la «  discipline républicaine », c’est au mieux se tirer une balle dans le pied.

Oui il y a bien deux camps, mais pas celui des « modérés de la république » et celui de l’extrême droite. Non, il y a le camp des exploités et celui du capital. Et c’est bien cela que veulent masquer les leaders de droite et le « socialiste » Valls qui, d’une même voix, parlent du « combat démocratique contre tous les extrémistes », y compris celui de l’extrême gauche !

La  vérité, c’est qu’il n’y pas de frontière infranchissable entre la droite et l’extrême droite (Pujol à Perpignan, Médecin à Nice et tant d’autres). Il n’y a pas de frontière infranchissable entre la démocratie libérale et la barbarie fasciste. Derrière l’hypocrisie de ses discours humanitaires, la république coloniale française est barbare en Afrique, elle est barbare contre les Sans papiers victimes des frontières de l’Europe de Shengen, et elle est barbare aussi quand elle détruit les acquis de civilisation d’un siècle de luttes ouvrières, retraites, santé, service public, laissant sur le carreau tant de travailleurs pauvres. Ici même, à Perpignan, elle est inhumaine quand Pujol se vante (sur une radio locale entre les deux tours), d’avoir démantelé un camp de Roms et d’être prêt à récidiver. Elle était barbare ici même à Perpignan cet hiver quand dans les rues le soir, il fallait détourner les yeux devant des SDF couchés par terre et transits de froid.

Bien sûr, il y a des degrés dans la barbarie. Elle a plusieurs visages et la trogne raciste et sexiste du Front National est bien la plus haïssable de toutes.

Mais la démocratie capitaliste sépare la société en deux camps par une frontière de classe. Notre camp est celui des opprimés et des exploités dont il faut éclairer et diriger la colère contre l’adversaire commun. Notre adversaire, c’est l’hydre capitaliste, monstre à plusieurs têtes : tête de politiciens de droite, de la  fausse gauche (qui trahit sous nos yeux  la cause du monde du travail), tête du Front national (qui attend son heure pour frapper). On ne fait pas l’alliance avec des têtes de l’hydre contre celle qui est la plus détestable. On les combat toutes ensemble en rassemblant les forces du monde du travail, des chômeurs et de la jeunesse. On ne vote pas pour Pujol et sa «  droite extrême » contre l’extrême droite d’Alliot : on appelle  les nôtres à les combattre tous les deux.

La leçon de Février 1933 est bien oubliée … La crise, la montée des organisations fascistes, la tentative putschiste des ligues fascistes le 6 février 34, face à des partis et des syndicats ouvriers divisés. Puis,venant de la base, la riposte ouvrière qui s'impose dans l'unité. Les cortèges syndicaux se rassemblèrent dans un grand front unique des travailleurs contre le fascisme. Et cette réponse unitaire stimula les luttes ouvrières et conduisit à la grève générale de juin 1936. Mais à l’époque déjà, les démons du réformisme et de la collaboration de classes étaient  les plus forts : le front unique ouvrier fut dévoyé sous le Front Populaire en front électoral avec la bourgeoisie « de gauche » du vieux parti radical. On gommait les barrières de classe pour en dresser une autre : contre les forces de la gauche anticapitaliste qui voulaient alors renverser le système, comme les ouvriers de l’Espagne républicaine.

Notre mémoire collective nous a fait trop souvent défaut quand il fallait comprendre ce qui nourrit le fascisme et les moyens de le combattre. Il y a eu tant de capitulations, tant de virages et de couleuvres avalées. Le PS profite aujourd’hui de cette amnésie entretenue. Valls peut renvoyer dos à dos « l’extrême droite et l’extrême gauche ». Il sait pourtant que le grand Jean Jaurès qu’il n’ose pas attaquer,  était lui même classé à l’extrême gauche.

Aujourd’hui, le PS nous appelle au rassemblement  de la droite, de la gauche et de tous les « modérés » de la république. On a oublié que c’est justement ces « modérés de la république » qui votèrent les pleins pouvoirs au maréchal Pétain.

Non, nous ne voterons jamais avec la droite. Nous sommes toujours favorables à un vote d’union la plus large à gauche, mais sur la base d’une dénonciation clairement anticapitaliste de ce gouvernement Hollande et de sa politique de droite. Quant aux fascistes, nous savons qu’ils sont toujours, en temps de crise, le dernier rempart de la société capitaliste. Nous devrons les combattre, dans la rue, dans les luttes tous ensemble. Il est plus que temps de mettre de l’ordre dans nos idées et de retrouver la mémoire des luttes. Unité anti fasciste et anticapitaliste la plus large oui, mais autour d’un plan d’urgence contre la politique antisociale du gouvernement, en reprenant les exigences vitales portées par toutes les luttes : celles du mouvement social, des salariés, des chômeurs, de la jeunesse, des retraités, des luttes contre toutes les formes d’exclusion ou la défense de l’environnement. Tous ensemble, il y a urgence ! No Pasaran !

J. P, syndicaliste cheminot

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Police
Le bras droit du préfet Lallement visé par une enquête pour violences
Alexis Marsan, haut gradé de la préfecture de police déjà mis en cause pour sa gestion violente du maintien de l’ordre notamment lors de la finale de la Ligue des champions au Stade de France, est accusé d’avoir agressé un cycliste alors qu’il circulait sur une moto banalisée mi-mars à Paris. La vidéosurveillance n’a jamais été exploitée, et la plainte orientée vers le mauvais service. Une enquête a été confiée à l’IGPN lundi 4 juillet.  
par Sarah Brethes
Journal
Alertée sur les dérives du lycée Stanislas, Valérie Pécresse refuse de suspendre ses subventions
Le conseil régional d’Île-de-France a rejeté un amendement exigeant la suspension des subventions vers le lycée Stanislas après les révélations de Mediapart sur ses dérives. La gauche régionale saisit le ministère de l’éducation nationale pour qu’une enquête sur l’établissement catholique soit ouverte.
par David Perrotin et Lorraine Poupon
Journal — Europe
Lâché pour un mensonge de trop, Boris Johnson finit par démissionner
À la suite d’un nouveau scandale, le premier ministre britannique a annoncé jeudi sa démission après une cinquantaine de départs dans son gouvernement. Il a tenté de résister jusqu’au bout, mais la pression de son parti a été plus forte.
par François Bougon
Journal
Ces retraités « à bout de nerfs » face aux retards de versement de leur pension
Même quand leur dossier est complet, certains assurés commencent à toucher leur retraite avec des mois de retard, les obligeant à demander le RSA. L’assurance-vieillesse conteste toute situation anormale, mais le Covid et deux transformations récentes pourraient avoir ralenti le système.
par Dan Israel et Faïza Zerouala

La sélection du Club

Billet de blog
ZAD contre la bétonisation d'un espace agricole de 2,23 ha à Orcet en Puy-de-Dôme
Détruire un espace maraîcher, de verger et de champs cultivés pour bétonner est le projet du maire d'Orcet qui inquiète sa population enfin au parfum grâce à l'action du collectif StopUrba63 appuyé par ANV-COP21, organisateurs de la manifestation réussie du 4 juillet dans le bourg. Il est plus que temps pour ses habitants de refuser cette bétonisation qui va en détruire un joyau précieux.
par Georges-André
Billet de blog
Quartier libre des Lentillères : construire et défendre la Zone d’Ecologies Communale
« Si nous nous positionnons aux côtés des Lentillères et de la ZEC, c’est pour ce qu’elles augurent de vraies bifurcations, loin des récits biaisés d’une transformation urbaine encore incapable de s’émanciper des logiques délétères de croissance, d’extractivisme et de marchandisation. » Des architectes, urbanistes, batisseurs, batisseuses publient une tribune de soutien aux habitants et habitantes du Quartier libre des Lentillères à Dijon.
par Défendre.Habiter
Billet de blog
L’usine occupée des Murs-à-Pêches à Montreuil : Zone à dépolluer et Zone à défendre
Depuis le 2 avril dernier : les 45 habitants et les 27 collectifs qui occupent l’ancienne usine depuis septembre 2020 sont expulsables manu militari sans médiation, sans délai, ni solution de secours. Cette occupation multiforme et créative permet pourtant de maintenir ouvert un débat public indispensable sur la dépollution de ce site et son avenir.
par collectif "Garde la Pêche, Montreuil"
Billet de blog
Zadistes de la République !
En entrant à l’Assemblée, Marine Le Pen a déclaré « c’est pas une ZAD ici ! ». Face à l’effondrement en cours du système Terre, et à l’absence de réponse à la hauteur de la part du monde politique, un collectif de militante·s, responsables et élue·s écologistes appellent à la désobéissance civile. Ils et elles enjoignent à créer « toutes les ZAD nécessaires, pourvu qu’elles nous incitent à nous réveiller collectivement » : « Devenons des Zadistes de la République ! »
par Les invités de Mediapart