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Billet de blog 8 août 2014

J'explique certaines choses (Gaza) - cf Pablo Neruda, España en el corazón, 1937

Lorsque la République fut renversée, Pablo Neruda était consul du Chili à Madrid. Il fut donc témoin "privilégié" des horreurs, des bombes et des résistances.

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Lorsque la République fut renversée, Pablo Neruda était consul du Chili à Madrid. Il fut donc témoin "privilégié" des horreurs, des bombes et des résistances.
Il fut aussi acteur, car depuis la place qui était la sienne, il réussi à affréter un bateau (le Winnipeg) au nom du Front Populaire qui gouvernait son pays, pour en 1939, amener 2000 réfugies qui s’entassaient dans les camps en France.
Vers la fin de sa vie, lorsque il écrit ses mémoires, il affirme qu ce voyage avec les 2000 réfugiés espagnols était sa plus grande fierté d'homme.

Voici quelques vers qui témoignent de l'horreur des évènements et de l'indignation du poète Chilien. Il les écrit sur le navire qui le rapatrie au Chili.
Certainement il aurait pu écrire la même poésie aujourd'hui sur Gaza...

Vous me demanderez : Où sont les lilas?
Et la métaphysique couverte de coquelicots?
Et la pluie qui frappait si souvent
vos paroles en les remplissant
de brèches et d’oiseaux?

Je vais vous raconter ce qui m’arrive.

Je vivais dans un quartier
de Madrid, avec des cloches,
avec des horloges, avec des arbres.
De là, on apercevait
le visage sec de Castille
comme un océan de cuir.

Ma maison était appelée
la maison des fleurs, parce que de tous côtés
éclataient les géraniums: c’était
une belle maison
avec des chiens et des enfants.

Raoul, te souviens-tu?
Te souviens-tu, Rafael?
Federico, te souviens-tu,
sous la terre,
te souviens-tu de ma maison et des balcons où
la lumière de juin noyait des fleurs sur ta bouche?
Frère, frère !

Tout
n’était que cris, sel de marchandises,
agglomérations de pain palpitant,
marchés de mon quartier d’Arguelles avec sa statue
comme un encrier pâle parmi les merluches:
l’huile arrivait aux cuillères,
le profond battement
de tes pieds et de tes mains emplissait les rues,
métros, litres, essence
aiguë de la vie,
poissons entassés,
contexture de toits cernés d’un soleil froid dont
la flèche se fatigue,
délirant ivoire des fines pommes de terre,
tomates recommencées jusqu’à la mer.

Et un matin tout était en flamme
et un matin les foyers
sortaient de terre
dévorant les vivants,
et dès lors ce fut le feu,
ce fut la poudre dès lors,
et dès lors ce fut le sang.

Des bandits avec des avions, avec des maures,
des bandits avec des bagues et des duchesses,
des bandits avec des moines noirs pour bénir
venaient du ciel pour tuer des enfants,
et à travers les rues le sang des enfants
coulait simplement, comme du sang d’enfants.

Chacals que le chacal repousserait,
pierres que le chardon dur mordrait en crachant,
vipères que les vipères honniraient !

Face à vous j’ai vu le sang
de l’Espagne se lever
pour vous noyer dans une seule vague
d’orgueil et de couteaux !

Généraux
traîtres :
regardez ma maison morte,
regardez l’Espagne brisée :
mais de chaque maison morte surgit du métal ardent
au lieu de fleurs,
mais de chaque brèche d’Espagne
surgit l’Espagne,
mais de chaque enfant mort surgit un fusil avec des yeux,
mais de chaque crime naissent des balles
qui trouveront un jour
l’endroit de votre cœur.

Vous allez vous demander:
pourquoi sa poésie ne nous parle plus des rêves, des feuilles,
des grands volcans de sont pays natal ?

Venez voir le sang dans les rues,
venez voir
le sang dans les rues,
venez voir le sang
dans les rues !

(traduction de "Explico algunas cosas". -Pablo Neruda, España en el corazón, 1937)

{ j'ai copé-collé http://lepartidegauche38.org/content/jexplique-certaines-choses-gaza }

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