La folie douce (Suite présentation)

Le sort qui est fait aujourd’hui aux personnes souffrant de troubles psychiques, qu’on les dise fous, psychotiques, autistes etc. est tout à fait emblématique de l’état de déliquescence de nos sociétés modernes.

La folie douce (Suite présentation)

 

                           « Et le paranoïaque rebâtit l'univers, non pas à la vérité plus                     splendide, mais du moins tel qu'il puisse de nouveau y vivre.                           Il le rebâtit au moyen de son travail délirant. Ce que nous                         prenons pour une production morbide, la formation du                             délire, est en réalité une tentative de guérison, une                                  reconstruction. »Sigmund  Freud, 1911, « Remarques                              psychanalytiques sur l'autobiographie d'un cas de paranoïa »,                    in Cinq psychanalyses, PUF, 1974

 

 

Le sort qui est fait aujourd’hui aux personnes souffrant de troubles psychiques, qu’on les dise fous, psychotiques, autistes etc. est tout à fait emblématique de l’état de déliquescence de nos sociétés modernes. Toutes proportions gardées cela nous fait venir en mémoire d’autres périodes sombres de l’histoire. Dans cette histoire, qui par moment bégaie, les éducateurs, avec les professionnels de la psychiatrie, ont un combat à mener, pour le respect de la dignité humaine.

Raoul Vaneigem, en marge de l’œuvre d’Yvonne Guegan (1905-2005) qui rendait visite régulièrement à une amie à l’HP du Bon Sauveur à Caen et en rapportait des dessins saisissants, écrit :

 

« Le monde contre lequel le fou s’insurge est un monde mené par la folie. Le fou est celui qui ne supporte plus l’insupportable folie dominante… Le fou ôte imprudemment le masque sous lequel nous dissimulons nos émotions. Or l’émotion brûle à l’air libre. Le fou est celui que sa vérité consume. »

 

Rudolf Hess, premier délégué du parti nazi, déclarait en 1934 :« Le national-socialisme n’est rien d’autre que l’application de la biologie… » Phrase à laquelle Goebbels fait écho :« Notre tâche est chirurgicale… ». Application de la biologie, tâche chirurgicale… cela oriente l’action politique vers d’indispensables amputations opérées dans le corps social.   

Hitler est élu premier chancelier du Reich en janvier 1933. Les premières lois qu’il promulgue dès juillet 1933, le 14 précisément, concernent la stérilisation chirurgicale des malades atteints de maladies héréditaires (handicap mental, épilepsie, schizophrénie, malformations, alcoolisme chronique…) On estime en 1933 à 400000 personnes le nombre des personnes à traiter au nom d’une « lebensunwertes leben » (une vie indigne d’être vécue). Alfred Hoche théoricien qui inspira largement ces pratiques meurtrières intitulait un de ses ouvrages paru en 1920 : Le droit de supprimer la vie indigne.  Il y décrit les malades en termes « … d’enveloppes vides à visage humain ».

Cette loi du 14 juillet 1933 préfigure « la solution finale » : il s’agit d’extraire du sang pur aryen le sang impur qui le pollue : les malades mentaux et les handicapés dans un premier temps, puis les juifs, les tziganes, les opposants politiques…

En 1939 on passe alors à la vitesse supérieure, on glisse de la stérilisation à l’euthanasie des enfants handicapés et des malades mentaux. C’est la fameuse opération AktionT4, menée par des médecins. Très rapidement on débouche sur la sélection qui conduit aux camps de concentration et au gazage. La logique de l’eugénisme est menée jusqu’au bout : la solution est vraiment finale et définitive.  Les médecins du Reich, très nombreux parmi les SS, bons latinistes, désignent l’opération d’élimination des impuretés qui gangrènent le sang aryen sous le terme de : Therapia Magna, la grande thérapie.

 

Pourquoi faire ce flash-back sur ce moment terrible de l’histoire que l’on n’a toujours pas assimilée ? Le traitement du fou opère toujours au nom d’un idéal de pureté. La pensée hygiéniste prônant une santé abstraite, la fureur de guérir, la dictature du normal - cette « norme mâle », comme la désignait Lacan à L’Université catholique de Louvain en 1972 - conduit fatalement à l’idéalisation féroce d’une guérison radicale et définitive. 

 

Aujourd’hui, 200 ans après la libération des fous enchaînés, par Pinel et Esquirol, 200 ans après l’ouverture de l’asile sur l’espace social, 100 ans après l’invention de la psychanalyse, 50 ans après l’expérience de la Psychothérapie Institutionnelle, où en sommes-nous ? Quelles représentations président à l’approche de la folie ? Quelle idéologie guide le diagnostic et le traitement du fou ? Folie, fou… termes que je préfère largement au scientiste « psychotique ».

 

DansLe Monde du 1er mars 2018, j’apprends que Adeline Hazan, contrôleur général des lieux de privation de liberté, saisit en urgence le gouvernement pour mettre fin à la violation de la dignité et des droits des patients au CHU de Saint Etienne. Comment peut-on « stocker » des malades aux urgences psychiatriques sans soins, parfois pendant plus d’une semaine ? Certains malades sont attachés sur des brancards dans les couloirs de l’hôpital. Ils ne peuvent ni se laver, ni se changer. Ils ne disposent pas d’accès au téléphone pour joindre leurs proches. Comment peut-on mettre en œuvre une pratique généralisée de contention et d’enfermement comme seule réponse à la souffrance et à la détresse des malades ?

 

Il faut bien, pour aboutir à une telle barbarie, que ces pratiques soient infiltrées par une vision particulière de la folie et du fou. Il s’agirait alors de citoyens de deuxième zone, pas tout à fait dignes de vivre, des sous-hommes. L’idéal d’un citoyen normosé, qui prévaut dans nos sociétés dites modernes, où il s’agit de faire tourner la machine capitaliste, renvoi à l’état larvaire, de surnuméraires précisent les sociologues, une partie de la société. Il s’agit alors, pour assurer l’intégrité du citoyen normal menacé par le fou ou l’étranger, de procéder à l’élimination et au sacrifice des a-normaux[1]. C’est donc un discours de domination qui se met en place et produit autant d’effets de ségrégation. Si, comme l’affirme Raoul Vaneigem, « Le fou est celui qui ne supporte plus l’insupportable folie dominante… » alors il s’agit de faire taire ce contestataire, de le museler, de l’enfermer. Michel Foucault dans son Cours au Collège de France en 1974-1975[2], a fait la démonstration brillante de la fabrique des monstres et des anormaux, dont il s’agit ensuite d’éradiquer ou tout au moins de reléguer l’étrangeté, pour assurer la bonne santé du corps social. Nous n’en sommes pas arrivés aux extrémités des nazis qui l’érigèrent en principe politique, mais c’est bien la même idéologie qui subrepticement nourrit des pratiques de déshumanisation. On les prend pour qui, voire pour quoi, les fous ? Qu’est-ce qu’on leur veut ? Jugés à l’aune d’une rentabilité économique hégémonique, relégués dans des zones dites d’insertion sociale qui se présentent comme autant de lieux d’aliénation, les dits psychotiques sont frappés de ségrégation.

Ça ne date pas d’hier. Pensons à ce qui s’est passé pour les enfants en âge scolaire en 1909 avec la création des classes de perfectionnement. Fort du savoir scientiste inauguré en 1905 par un duo de choc, le psychologue Alfred Binet et le psychiatre Théodore Simon, à savoir le QI, mesure psychométrique de l’intelligence, on détermine que les enfants au-dessous de 60 devraient bénéficier d’une éducation spéciale : les instituteurs ne peuvent plus les accueillir à l’école. Ils sont dont exclus, avec évidemment les meilleures intentions du monde. On sait, comme le veut l’adage, à quel point l’enfer en est pavé, de nos fameuses bonnes intentions. On aurait pu imaginer un autre choix digne des positions de Jules Ferry sur l’instruction publique, à savoir d’accueillir à l’école de la République tous les enfants, quels que soient leurs difficultés. Et pour cela former les instituteurs. On a beau jeu aujourd’hui, de vouloir réintroduire - de force parfois, avec la même mesure pour tous, sous le chapeau étrange d’in-clusion (si j’en crois mon latin : d’enfermement … dedans, comme l’ex-clusion est enfermement dehors), les enfants que l’on désigne aujourd’hui comme « en situation de handicap psychique ou mental ». Écoutons les mots : de quel handicap s’agit-il ? On a construit, la science médicale et sociale, relayée par le politique, une représentation datée mais modernisée, d’un sujet à qui il manque quelque chose. Autant dans le cas du handicap physique c’est repérable, autant dans le cas de la psychose n’est-ce pas tout simplement une resucée de cette vieille antienne : il, elle a une case de vide ? Bref ladite maladie mentale s’est fabriquée sur un modèle de défectologie. Il convient d’interroger ce modèle et sa fonction dans l’espace social.      

 

Comment s’élever contre une telle… folie ? Dénoncer et analyser pour déjouer les représentations qui bien souvent nous animent, ne suffisent pas. Mais poser à la façon du dernier Lacan que « tout le monde est fou, tout le monde délire », restitue peut-être une certaine vérité sur l’essence de l’humain. Relativisant nos catégories nosographiques, Lacan, il me semble, nous invite alors à considérer avant tout ce grain de folie douce qui nous habite chacun. Il nous invite à sortir de la ségrégation pour penser la façon donc chaque sujet, psychotique ou pas, trouve sa propre solution dans le monde tel qu’il est. Encore faut-il qu’il soit accueilli et reconnu en tant que tel.

 

Il me souvient de cet enfant que des parents affolés par le signifiant tombé de la bouche d’un psychiatre : « déficient intellectuel moyen », m’amenèrent au cabinet. Lorsque je le pris à part et lui demandais ce qui l’intéressait dans la vie : le calcul me dit-il et il ajouta « ça calcule » en faisant tourner son index droit sur sa tempe. Et pendant une bonne année où je l’accueillais chaque semaine il se lança dans des séries de divisions et tenta d’inventer des chiffres aux divisions infinies. Par exemple diviser 10000 par 15, ça donne : 66, puis une série infinie de 6 après la virgule. 146 divisé par 3 donnent 48, et une série de 6 sans fin après la virgule. Division du sujet qui ne tombe pas juste, mais aussi qui n’en finit pas. Il y a un reste, à l’écart !

Lacan pose une division semblable dans le Séminaire X, L’Angoisse. C’est le 13 mars 1963 qu’il dit que : « c’est bien du côté du réel en première approximation que nous avons à chercher l’angoisse comme ce qui ne trompe pas ». L’angoisse pour l’enfant c’est qu’il n’y ait pas de manque, pas d’écart. De n’être plus que l’objet du désir de la mère, que l’Autre soit complet, total et totalitaire. Alors Antoine fait ses divisions, comme Lacan : 

 

 

 

Mais les divisions sans fin qu’invente Antoine témoignent du travail en profondeur que mène cet enfant pour se séparer de l’Autre, pour produire un écart. La division du $ ne tombe jamais juste, il y a un reste : l’objet @ qui fait relance au désir.

Deux notes manuscrites remises par Jacques Lacan à Mme Jenny Aubry en octobre 1969, ont été publiées pour la première fois par cette dernière, dans son livre paru en 1983. Le texte a été repris dans Autres Écritsà partir de Ornicar ?n° 37, avril-juin 1986, p. 13-14.

« ...le symptôme de l’enfant, précise Lacan, se trouve en place de répondre à ce qu’il y a de symptomatique dans la structure familiale... Le symptôme peut représenter la vérité du couple familial. C’est là le cas le plus complexe, mais aussi le plus ouvert à nos interventions. » Lorsque j’ai reçu les parents au bout d’une année de travail avec cet enfant, je leur ai annoncé qu’il était polytechnicien. Ils s’en sont étonnés. En effet, leur précisai-je, votre enfant fait flèche de tout bois pour résoudre l’énigme de son être au monde. C’est un poly-technnicien… Ils m’ont regardé sans comprendre avec des yeux comme des soucoupes…

 

La folie est une fabrication occidentale où les signes du désordre sont interprétés dans un corpus théorique de classification de ces signes, classification qui conduit à des traitements.Observation des signes du désordre, interprétation, traitement telle est la matrice logique qui préside à toute lecture de la folie ou, selon les civilisations, de ce qui en tient lieu. Lu à rebours il s’agit bien d’analyser ce qui sous-tend ces classifications et de les mettre en perspective avec l’interprétation et le traitement opéré par le sujet lui-même.[3]  Il y a une logique sous-jacente à toute position subjective.

Je me souviens de cette histoire[4]d'un jeune autiste qui passait son temps à ouvrir et fermer les portes. Un jour où toute la famille était réunie pour une fête, l'enfant n'arrêtait pas. Excédée sa mère lui demande de se calmer, en vain. Alors le grand père prend la parole et dit à sa fille : laisse-le faire son travail ! Cette parole de reconnaissance que ce qu'il faisait et paraissait insensé, obéissait à une logique, nommée : travail, permit à l'enfant de sortir de la répétition. Non seulement il cessa son geste obsédant, mais quelque temps plus tard se mit à parler et expliqua le pourquoi de ce comportement étrange et dérangeant. Lorsqu'il avait refermé la porte il était saisi d'un doute angoissant : est-ce que le monde derrière la porte continue à exister ? Et pour le vérifier il ré-ouvrait aussitôt la porte. Et ainsi de suite. Comme un disque rayé. La parole de reconnaissance du grand père lui a permis de passer à autre chose. Tant que le bricolage du psychotique n'est pas reconnu pour ce qu'il est et, comme dit Freud, une façon de rebâtir le monde pour l'habiter, le sujet est agité par les soubresauts répétitifs, que ce soit des gestes, des cris, des paroles, des circuits...  Possédé par la sauvagerie d'une jouissance qui s'empare de lui, une jouissance qui témoigne d'un réel sans loi. C'est pour supporter cela qu'il tente, pour faire face, d'introduire un ordre logique, que malheureusement, dans notre aveuglement, la plupart d'entre nous qualifions de façon très péjorative, de délire et voulons le faire taire. 

 

La parution récente du DSM V, nous montre bien à quel point aberrant nous en arrivons. Si vous perdez un proche et êtes affligé par le chagrin, 15 jours de deuil paraissent normaux, au-delà c’est une attitude pathologique qui relève de soins, à base d’antidépresseurs. L’industrie pharmaceutique se frotte les mains.[5]

 

Ce que j’ai tenté de faire dans mon ouvrage La folie douce[6]auquel je renvoie le lecteur, à travers trois grandes figures de fous (Jeannot et son plancher ; Glenn Gould, musicien et autiste de génie ; Marcel Bascoulard, clochard céleste) c’est de mettre en exergue la logique qui structure ce qu’on désigne comme folie, mot que je préfère largement à celui de psychose. Le recours à la création, là où le sujet donne à voir, à entendre et à lire ce qui l’anime, constitue un espace commun où, fou ou pas, nous pouvons nous rencontrer. C’est ce mouvement d’attention à ce qui chez tout sujet surgit comme solution singulière qui amène à une folie douce. La reconnaissance d’un sujet qui ne cesse pas de se faire naitre - et en soi il n’est rien de spécifique à la folie – produit des effets de pacification et d’apaisement des tensions. Le sujet, dont il est fondamental de poser comme paradigme qu’il n’est pas fou, (re)trouve ainsi sa place parmi les autres, à part entière et non entièrement à part. Évidemment je ne nie pas que certains sujets affectés par la jouissance d’un Autre cruel qui les menace ou les laisse tomber, comme dans la paranoïa ou la schizophrénie, aient besoin de soins  par moment, y compris médicamenteux,  mais le but me parait avant tout de les réassurer dans leurs capacités créatrices, de leur permettre de recouvrer visage humain au-delà du masque d’anormalité dont on les affuble. Rencontrer un sujet quel qu’il soit à l’enseigne de la création, que celle-ci tombe dans le domaine de l’art, de la science, de la littérature ou dans aucun domaine l’inscrit d’emblée dans la communauté des humains. L’enjeu d’une institution accueillant des dits « psychotiques » est de s’ouvrir aux capacités de création et d’invention des sujets qu’elle admet.

 

Cette position exige des professionnels, éducateurs, soignants, qui œuvrent auprès des dits psychotiques – même je préfère largement, je le redis, le terme de fou - un travail permanent de désintoxication de ce qui les affecte dans la rencontre de ces sujets. Il y a donc lieu, comme l’énonçait vigoureusement François Tosquelles, de soigner les soignants et de soigner l’institution ! Si la pratique sociale ou de soin « calamine » c’est du fait de la rencontre intime, directe, profonde, engagée par tout professionnel avec les usagers (parfois bien usagés !). Combien d’éducateurs rentrent chez eux éreintés. Dans ces métiers de transmission de l'humaine condition on ne peut faire l'économie d’analyser cette pratique singulière d'accompagnement, de soutien, d'aide apportés aux plus démunis de nos contemporains, par des professionnels de l'ombre dont l'action est si peu reconnue par le corps social. Il faut ana-lyser, c'est à dire dissoudre, délier les affres du transfert, les affects qui ne manquent pas de plonger les professionnels dans la plus grande perplexité. Il faut que les professionnels du soin et de l’éducation soient eux-mêmes dans une position de création pour affronter ce qui les bouleverse. Cela implique des changements radicaux sur le plan éthique, politique, institutionnel et clinique.

  

« Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience »,écrit René Char.

 

Joseph Rouzel

rouzel@psychasoc.com

 

 

 

 

[1]Je m’inspire largement dans cette réflexion de l’ouvrage, qui m’a coupé le souffle, de Serge André, Le sens de l’holocauste : jouissance et sacrifice, Le Bord de l’eau, 2015.

[2]Michel Foucault, Les anormaux, Gallimard/Seuil, 1999.

[3]Cf. Catherine Clément et Sudhir Kakar, La folle et le saint, Seuil, 1993.

[4]Voir Henri Rey-Flaud, Sortir de l'autisme. Flammarion, 2013.

[5]Cf. Marco Decorpeliada qui mène une critique radicale et ludique du DSM. Schizomètre. Petit Manuel de survie en milieu psychiatrique, EPEL, 2010. Il semblerait que, à l’instar de Bourbaki chez les mathématiciens, la figure de Decorpeliada, soit une fiction que l’on doit à un groupe de psychanalystes réunis sous le sigle de l’OUPSYPO (clin d’œil à l’OULIPO de Queneau). Le nom de Decorpeliada est composé de la première syllabe du nom de chacun des inventeurs ! Posé comme ça je trouve l’histoire encore plus époustouflante…

[6]Joseph Rouzel, La folie douce. Psychose et création, érès, 2018.La folie douce (suite présentation)

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