Mélenchon's Creed Cecity , ou pourquoi Jean-Luc Mélenchon préfère-t-il le mythe à la réalité historique?

Je réagis à la réaction de Jean-Luc Mélenchon contre le jeu vidéo Assassin’s Creed Unity.

Voici les propos de Jean-Luc Mélenchon que l'on trouve rapportés à cette adresse:

http://www.lemonde.fr/pixels/breve/2014/11/14/jean-luc-melenchon-s-emporte-contre-assassin-s-creed-unity_4523542_4408996.html

Le dénigrement de la grande Révolution est une sale besogne pour instiller davantage de dégoût de soi et de déclinisme aux Français, expliquait-il jeudi au Figaro. Si l'on continue comme ça, il ne restera plus aucune identité commune possible aux Français à part la religion et la couleur de peau.

« C'est de la propagande contre le peuple. Le peuple, c'est des barbares, des sauvages sanguinaires. Et celui qui est notre libérateur à un moment de la Révolution, Robespierre, est présenté comme un monstre. On dénigre pour dénigrer ce qui nous rassemble, nous les Français. C'est une relecture de l'histoire en faveur des perdants et pour discréditer la République une et indivisible. »

En lisant et relistant ces propos, je me dis que je ne suis pas d'accord avec la façon dont  mon collègue Hervé Leuwers (professeur d’histoire moderne à l’université Lille 3) les minimise quand il dit aux journalistes du Monde:

Jean-Luc Mélenchon est dans son rôle… Dans le débat politique actuel, tout un jeu de références se nourrit des débats qu’il y a eu entre 1791 et 1794 sur la souveraineté du peuple et le renouvellement des représentants publics. Dans sonprogramme politique, la Révolution française a encore beaucoup d’importance, à travers la question du mandat du député, de ses obligations et de la confiance qu’il doit maintenir chez ses  électeurs. De ce point de vue, l’intervention de M. Mélenchon ne m’étonne pas.

http://www.lemonde.fr/pixels/article/2014/11/14/jean-luc-melenchon-et-assassin-s-creed-unity-deux-formes-differentes-de-la-memoire-de-la-revolution_4523940_4408996.html

Je pense au contraire que Jean-Luc Mélenchon n'est pas dans son rôle. Ce n'est pas le rôle d'un homme politique responsable et appartenant à une démocratie que de faire comme si les français devraient être fiers d'une des périodes les plus sanglantes de l'histoire de leur pays. Jean-Luc Mélenchon devrait laisser ce type de réaction à Poutine qui ne rougit en rien des crimes de Staline. Mais laissons les sympathies de Mélenchon pour la Chine communiste et l'actuelle Russie de Poutine et rappelons le bilan humain de la Terreur. On trouve facilement l'exposé de ce bilan en ligne. Au passage, on pourrait craindre que Mélenchon au pouvoir ne soit tenté de censurer cette page de Wikipédia qui rappelle les faits:

La Terreur fit de plusieurs dizaines de milliers à peut-être plus de 100 000 victimes. Géographiquement, c’est l’Ouest, à cause de la guerre de Vendée, et la vallée du Rhône, en raison de l’activisme fédéraliste, qui ont été les plus touchés, ainsi que les provinces frontalières, où se déroulaient les opérations militaires. Près de quatre condamnations sur cinq ont été rendues pour cause de rébellion ou de trahison, contre seulement 1 % pour des motifs économiques, accaparement ou faux assignats, et 9 % pour délit d’opinion. Les historiens ont tenté d’établir le profil social des victimes de la Terreur : les études font apparaître que 31 % des condamnés à mort sont des artisans ou des compagnons, 28 % sont des paysans. Au total, 80 % des victimes appartiennent au Tiers État. La répartition géographique des exécutions révèle qu’elles sont un instrument de répression dans un contexte de guerre civile : 52 % des condamnations ont été prononcées dans l’Ouest vendéen ou chouan.

Durant cette période, de 16 000 à 17 000 personnes furent guillotinés en France, dont 16 594 identifiés. Dont environ 2 500 rien qu’à Paris : 1 306 d’entre elles reposent dans la fosse commune ducimetière de Picpus. Le Tribunal révolutionnaire de Paris n’a prononcé que 16 % des sentences de mort, malgré la loi du 16 avril qui ordonnait que tous les suspects soient désormais déférés devant lui.

 http://fr.wikipedia.org/wiki/Terreur_%28R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise%29

Joli bilan humain qui fait la gloire de notre belle histoire de France... Mais passons à Robespierre que Jean-Luc Mélenchon admire tant.

Nul ne discute le fait par exemple que le rôle joué par Robespierre pendant la Terreur fait encore débat. Mais quoi qu'il en soit des nuances que l'on peut apporter au sujet de la responsabilité de Robespierre Il est néanmoins vrai de dire que Robespierre, considéré par de nombreux historiens comme le principal théoricien de la Terreur, participa à l'instauration d'un gouvernement révolutionnaire fondé à la fois sur les principes de vertu et de terreur, selon ses propres termes.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Maximilien_de_Robespierre

On sait  que Jean-Luc Mélenchon juge sévèrement tous les membres du gouvernement Valls, en raison du simple fait qu'ils partcipent à l'exercice du pouvoir au sein d'un gouvernement dont la politique réactionnaire est à la solde du capitalisme libéral. Faut-il alors avoir un jugement plus clément à l'égard d'un homme politique qui a participé à une politque sanguinaire? Si Robespierre n'était peut-être pas un monstre, il est en revanche certain qu'il a donné naissance à une politique monstrueuse. Il n'y a pas donc pas de quoi être particulièrement fier de Robespierre, quoi qu'en dise Jean-Luc Mélenchon...

Il est triste de voir un homme politique intelligent et cultivé tomber dans l'apologie de la Révolution Française sans la moindre espèce de nuance. Il est affligeant de voir quelqu'un qui pourrait représenter une alternative politique crédible, lorsqu'il développe des analyses économiques intéressantes se discréditer par de tels propos, comme il s'est déjà discrédité en soutenant la Russie de Poutine contre l'Ukraine, en raison de son anti-américanisme primaire, comme il s'est déjà discrédité aussi en soutenant la Chine communiste contre le Tibet. Je rejoins donc sans réserve la position de Michel Onfray à ce sujet :De la part d'un homme qui défend l'invasion et l'occupation du Tibet par la Chine, qui ne cesse de vanter les mérites politiques d'Hugo Chávez, protecteur de dictateurs antisémites, qui affirme que Cuba n'est pas une dictature, qui fait de Robespierre et de Saint-Just ses modèles en même temps que... François Mitterrand, qui fustige le christianisme liberticide et le bouddhisme, religions de "bons à rien", alors qu'il épargne le judaïsme et l'islam, c'est, pour le moins, une série d'erreurs de jugement. Entièrement d'accord avec Onfray et j'ajoute que je ne comprends pas pourquoi aucun journaliste sérieux n'a jamais mis publiquement Jean-Luc Mélenchon devant la responsabilité de ses propos.

Enfin, il est très triste qu'en faisant de la Révolution Française une période mythique sur laquelle il ne faut surtout pas porter de regard critique, Jean-Luc Mélenchon donne raison à ceux qui disent qu'il est au fond plus dangereux que Marine Le Pen ou qu'il ne vaut pas mieux qu'elle (ce que je persiste malgré tout à ne pas croire).

C'est triste, mais c'est comme ça et l'on est bien obligé de constater que Jean-Luc Mélenchon fait tout pour qu'on ne puisse pas raisonnablement voter pour lui; parce qu'il est plus raisonnable de préférer le débonnaire Louis XVI à Robespierre, tout comme de préférer les défauts de Hollande à ceux de Mélenchon... car au moins sous Hollande, Médiapart existe. Il est moins certain que Médiapart existerait de la même façon sous le pouvoir de Mélenchon, même si les lecteurs de ce journal sont souvent des électeurs du Front de Gauche et des admirateurs de Mélenchon... en pensant à eux je leur dédie mon billet. Robespierre et Mélenchon auront toujours des fans, ce qui n'est pas grave, tant que les fans restent des fans et ne deviennent pas des fanatiques.

 

 

 

 

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