Réforme de l'assurance-chômage : crevez mais en silence.

Lettre ouverte à Muriel Pénicaud, Emmanuel Macron et Édouard Philippe d'une agente de Pôle Emploi.

Aujourd'hui, je sors de mon devoir de réserve.

Mon devoir de solidarité et d'humanité est largement plus important que ce règlement intérieur que Pôle Emploi m'a fait signer.

Cela fait plusieurs nuits que je tourne le problème dans tous les sens. Parce que c'est bien d'un problème dont il s'agit. Pire d'une horreur.

Votre proposition de réforme de l'assurance-chômage me donne envie de hurler. Alors je vais le faire ici, calmement, mais je dois le faire. je n'ai plus le choix. Question de dignité.

QUI mieux que les agents de Pôle Emploi pour appréhender la violence de votre réforme ? Qui mieux que nous pour en mesurer les effets monstrueux sur les plus précaires ? Et qui devra gérer au quotidien la détresse supplémentaire des femmes et hommes que vous contribuerez à enfoncer un peu plus ? 

Nous. Oui nous, agents qui n'en pouvons déjà plus de nos conditions de travail qui se dégradent un peu plus chaque jour. 

Nous agents, dont la perte de sens de notre métier va de pair avec le durcissement de sanctions souvent générées justement par la complexité du système d'indemnisation et de son vocabulaire.

QUI pour expliquer demain aux chômeuses et chômeurs issues d'un temps partiel que leur indemnité sera désormais divisée par deux ou par trois  avec les nouvelles règles de calcul du montant journalier ?

QUI pour annoncer aux centaines de milliers de victimes précaires que désormais il faudra travailler plus longtemps pour avoir des droits ? 2 mois, qu'est-ce que c'est pour vous ? Un chiffre, pas grand chose. Pour ces travailleuses et travailleurs, ce sera le refus pur et simple d'être indemnisé. 

QUI pour justifier que le cumul emploi-chômage est désormais diminué parce qu'une infime minorité s'en sortait trop bien ? C'était tellement obscène et ô combien injuste, vous l'avez assez dit. Au point de le crier sur les plateaux télés pour justifier l'injustifiable : la baisse de l'indemnisation.

QUI pour sanctionner ces chercheurs d'emploi qui n'ont pas répondu à une offre parce que trop loin, trop peu payée, mal adaptée ? Parce que des offres il y en a, c'est vrai. Mais elles trouvent toujours preneur quand elles proposent des conditions correctes d'emploi. À part quelques métiers en pénurie de main-d'œuvre, les offres non pourvues le sont pour des raisons  bien identifiées.

 

Moi, agente de Pôle Emploi, j'accompagne, j'indemnise, j'écoute, j'oriente, je construis avec celles et ceux que je reçois.

Je prends leur désespoir en pleine figure chaque jour. C'est aussi cela mon métier, l'humain, l'empathie, le soutien face à cette détresse.

Vous savez, cette détresse quand on tente de survivre et de garder un semblant de dignité. Cet insupportable désespoir de ne pas recevoir de réponses aux candidatures envoyées par centaines : trop vieille, pas assez diplômé, trop chère, pas assez expérimenté, etc. Cet honte insidieuse qui met les victimes en marge de la société.  

 

Alors oui, j'aurais pu hurler seule dans mon coin.

J'aurais pu fermer ma bouche et faire mon boulot. J'aurais dû.

Je n'ai pas pu. 

Je refuse d'appliquer vos nouvelles règles et j'appelle à la désobéissance et la résistance de toutes et tous.

Empêchons cette réforme mortifère de passer. Elle sera fatale à beaucoup. Et surtout à notre honneur.

 Joséphine, agente Pôle Emploi parmi tant d'autres 

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