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Billet de blog 5 mars 2014

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Danse : Hervé Koubi fait de la dentelle...

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Chorégraphiée avec tact par Hervé Koubi, Ce que le jour doit à la nuit est une œuvre splendide traversée d'essences à la fois orientales, contemporaines et circassiennes. Entretien avec un brillant artiste.

 Pourriez-vous rappeler le point de départ de Ce que le jour doit à la nuit ?

Hervé Koubi - C'est parti je crois d'une sorte d'urgence, comme quelque chose qui demandait à éclore. C'est en quelque sorte le fruit d'une appropriation, par des gestuelles et des mises en mouvement multiples, de mes racines familiales algériennes que j'ai découvertes très tardivement. J'ai voulu insuffler dans cette pièce des dynamiques chorégraphiques diverses qui puissent révéler une pluralité de choses dans un ensemble de tissages qui restent lisibles dans la manière dont ils sont reliés les uns aux autres.

 S'agissant du choix de vos interprètes, pourquoi avoir opté pour onze algériens et un burkinabé ?

Vu la tonalité assez personnelle de ce projet, je ne me voyais pas le monter en France avec une posture plus ou moins artificielle qui aurait d'évidence manqué de crédibilité. Je me devais d'aller là-bas, en Algérie, afin de m'imprégner des choses vues, écoutées et ressenties localement. Je pense que l'option que j'ai prise était la bonne. Je suis fier de ce travail collaboratif mené avec ces danseurs talentueux délibérément choisis sur place, aujourd'hui installés en France dans une relative sérénité de vie.

 Comment appréhendez-vous le succès semble-t-il important rencontré par votre dernière pièce ?

Au-delà des spectacles diffusés à tel ou tel endroit, il y aussi tout un travail de terrain auquel je reste très attaché, bien que ce soit parfois lourd à gérer. Partager sa danse et ses actes créatifs en divers moments de rencontres, quoi de plus merveilleux ? Ces différentes activités assez complémentaires ont effectivement pris une tournure enthousiasmante ! J'essaye en tout cas de garder le cap, tant sur le présent que sur mes futures créations. Avec une ligne directrice m'étant très importante : conserver l'honnêteté artistique qui - je pense - est la mienne depuis toujours.

 Le fait d'avoir été programmé en 2013 à Marseille en pleine Capitale Européenne de la Culture, a-t-il revêtu pour vous une signification particulière ?

Une part de moi-même s'est fabriquée à Marseille et en région PACA, puisque c'est là que j'ai mené mes études de pharmacie avant d'y faire ensuite mes premiers pas en danse et en chorégraphie. C'est aussi par le port de Marseille que mes parents ont un jour transité en provenance d'Algérie où ils étaient jusque-là installés. J'ai donc ressenti une certaine émotion et fierté quand j'ai eu la confirmation que Ce que le jour doit à la nuit était programmée à quelques encablures du port d'Alger, en une ville du Sud de la France porteuse d'une symbolique particulière (1). La pièce a également été labellisée MP 2013, ce qui pouvait paraître plutôt cohérent par rapport à ses colorations éminemment méditerranéennes.

 Quelle image parlante synthétiserait le mieux votre démarche ?

Quand je pense notamment à cette pièce, la figure de la dentelle me vient souvent. Peut-être parce qu'elle pourrait résumer ma façon de travailler. À savoir que j'essaye de ciseler au maximum les choses afin d'aboutir à un résultat scénique le plus précis possible. La notion de trace inscrite dans le temps et l’espace est également présente dans ce que je fais. Dans le sens où elle guide et nourrit la danse que je mets en œuvre sur les plateaux ainsi que sur les autres lieux où nous sommes accueillis.

 Quels sont vos projets qui seraient d'ores et déjà actés ou en cours de réflexion ?

S'agissant de la prochaine saison, diverses dates de représentations sont déjà contractualisées, d'autres sont en cours de discussion ou de finalisation. Outre la France, cela nous conduira, une fois de plus, à nous produire à l'étranger. Reste qu'après deux saisons intenses et fructueuses, est arrivée la nécessité d'ouvrir de nouveaux horizons avec deux nouvelles pièces. Du coup, nous allons marquer une très relative pause en ce qui concerne la scène. J'ai voulu me donner un peu de temps réflexif et de marge artistique pour ces futurs projets, ce qui inclus les différentes phases de création et les temps de répétitions requis.

 Qu'en est-il de ces deux œuvres ? Seront-elles aussi méditerranéennes et dansées que Ce que le jour doit à la nuit ?

Difficile, pour le moment, de dévoiler beaucoup d'éléments et d'entrer dans le détail des choses car tout est en cours de gestation. Devant être livrée vers la fin de la saison 2014-2015, la première pièce s'appelle Des hommes qui dansent. Il s'agira d'un travail singulier, intimiste, mené sur des formes plus ou moins alternatives avec les interprètes travaillant avec moi depuis Ce que le jour doit à la nuit. Ce sera une autre façon de mettre en commun les singularités scéniques de chacun d'entre eux et également de prolonger cette fraternité artistique qui, je crois, caractérise l'équipe soudée qui m'entoure désormais. Si tout se passe bien, la seconde est prévue pour la saison suivante et pourrait s'intituler Les noces barbares ou les premiers matins du monde, en référence notamment à la fresque murale La noce barbare réalisée par Jean Cocteau dans la salle des mariages de la mairie de Menton. En lien avec la tournure méditerranéenne prise par mon travail, cette pièce devrait aborder les liens noués de longue date entre le monde occidental et la sphère orientale. En somme, nous avons du boulot sur la planche ! Quant à ce qui sera visible concrètement sur scène, je ne peux en dire davantage à ce stade... (sourires)

 Vous ne possédez pas encore de lieu autonome où pouvoir vous poser. Comment votre troupe va-t-elle se démener au quotidien au cours des périodes à venir ?

 Après avoir commencé à évoquer ces perspectives chorégraphiques avec des programmateurs, j'ai la chance d'avoir eu plusieurs propositions spontanées de structures prêtes à nous accueillir en résidence. D'autres sont également disposées à nous ouvrir les portes de leurs locaux en fonction de mes besoins et de leurs propres contraintes. Je peux aussi mentionner entre autres le Sémaphore, scène conventionnée de Cébazat (Puy-de-Dôme) où je vais être artiste associé sur une durée de trois ans à partir de la rentrée 2014. En somme, nous avons un certain nombre de partenaires majeurs ayant fait le choix de miser sur notre potentiel créatif. Je ne sais pas si j'extrapole, mais je ressens cela comme des formes de fidélité encourageante vis-à-vis de ce qui a été accompli par ma compagnie depuis bientôt quinze ans que nous existons.

 Un dernier mot à ajouter, peut-être ?

Que dire de plus, à vrai dire ? Que tout ce qui nous arrive est vraiment chouette et que les aventures continuent !

Propos recueillis par Valentin LAGARES

(1) Au cours des mois passés, la pièce Ce que le jour doit à la nuit a été programmée en divers lieux du grand Sud, notamment les 31/01/13 et 01/02/13 au Pavillon Noir (Aix-en-Provence), le 23/02/13 au Grand Opéra Avignon (Avignon) et le 29/11/13 à la Villa Méditerranée (Marseille).

 Voir également l'article publié dans César de mai 2013 : http://bit.ly/1hMSilf

83 | DRAGUIGNAN, Théâtres en Dracénie, les 13/03 et 14/03 (trois séances scolaires) puis le 14/03 (tout public), t. 04 94 50 59 59, www.theatresendracenie.com

06 | GRASSE, Théâtre, les 27 et 28/03, t. 04 93 40 53 00, www.theatredegrasse.com

lire sur cesar.fr http://bit.ly/1hFbrWT

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