Van Gogh Arles : une fondation accueille les oeuvres du Hollandais halluciné

La relation entre Vincent Van Gogh et le pays d’Arles n’a pas toujours ressemblé à une idylle. De l’arrivée du peintre en février 1888 à son départ pour Saint-Rémy-de-Provence quinze mois plus tard, le séjour de « l’aliéné » est ponctué de difficultés, de scènes brûlantes et finalement d’une décision d’internement. Alors que lui-même ne cesse de clamer sa passion fiévreuse…

La relation entre Vincent Van Gogh et le pays d’Arles n’a pas toujours ressemblé à une idylle. De l’arrivée du peintre en février 1888 à son départ pour Saint-Rémy-de-Provence quinze mois plus tard, le séjour de « l’aliéné » est ponctué de difficultés, de scènes brûlantes et finalement d’une décision d’internement. Alors que lui-même ne cesse de clamer sa passion fiévreuse…

Objet Inconnu

1888. Vincent Van Gogh met le pied dans la neige sur le quai de la gare d’Arles, après un voyage de quinze heures depuis Paris. Personne ne l’attend. Très vite, les arbres se couvrent de bourgeons et de fleurs, qu’il peint. Il peint et découvre progressivement la ville, les ateliers de la SNCF où convergent des centaines d’ouvriers, la nécropole antique christianisée des Alyscamps, les cafés de la place des Hommes (le « forum » actuel), et déjà, il se rend souvent à l’abbaye de Montmajour, un de ses motifs favoris.

Son frère Théo l’encourage à peindre les vergers et Vincent assiste à sa première corrida. Parfois, il ne peint pas, pour économiser. Son estomac le fait souffrir. Il arrive dans la « maison jaune » au mois de mai, après un conflit avec les hôteliers qui l’hébergeaient jusque-là. Le mois suivant, il part en excursion aux Saintes-Marie-de-la-mer. La Camargue et ses cabanes entrent dans son œuvre.

L’invitation aux peintres

Alors que l’été explose, l’artiste peint les champs de blé et découvre un pont à bascule sur un petit canal. C’est aussi la saison des tournesols, dont le jaune ardent fascine Van Gogh. Il invite Paul Gauguin qui débarque dans la petite maison de la place Lamartine le 23 octobre. S’ils peignent un peu ensemble (les vignes), les deux hommes se retrouvent vite en conflit sur le plan artistique et au milieu d’une atmosphère scandaleuse de saouleries à l’absinthe et de nuits au bordel, Van Gogh se tranche un morceau d’oreille.

La veille de Noël 1888, il est réveillé par les gendarmes qui le sortent de son lit ensanglanté. Théo arrive en urgence, Gauguin s’en va. Fin janvier, il va mieux mais c’est alors qu’une pétition initiée par un épicier et signée par une trentaine d’habitants du quartier le dénonce. Le « paysagiste », sujet hollandais, ne jouit pas de ses facultés mentales, il est un danger potentiel, il faut le réintégrer à sa famille ou l’interner. Vincent est examiné par le docteur Delon le 7 février 1889 qui le déclare en proie à des hallucinations, principalement des voix pleines de reproches et un délire de persécution.

Trois semaines plus tard, la police boucle son enquête de voisinage et de personnalité de « l’aliéné », à la suite de laquelle le Maire délivre un ordre d’internement. Enfermé, avec interdiction de fumer ou d’écrire, Vincent reconnaît qu’il a eu des moments d’exaltation. Le docteur Rey allège ses difficultés, il reçoit la visite de Signac. Le 7 mai, il part définitivement pour l’hospice de Mausole, à Saint-Rémy-de-Provence. Un peu plus d’un an plus tard, il se suicide à Auvers-sur-Oise, où il repose désormais en compagnie de Théo. — Pierre Polomé


Vincent Willem van Gogh a vécu à Arles durant 444 jours. Il y a réalisé « deux cents peintures, une centaine de dessins, a écrit deux cents lettres souvent ornées de croquis riches en témoignages précieux sur sa mutation artistique et sur l’élan qui le soulève »
Jean Leymarie

Vincent Van Gogh, La maison jaune, 1888, Arles

Paul Gauguin, 1889

 

Bice Curiger, directrice artistique de la Fondation van Gogh Arles : "marcher dans les pas de Vincent Van Gogh"

Arles se dote, depuis le 7 avril, d’un espace dédié à l’art contemporain autour de la figure avant-gardiste de Vincent Van Gogh. Installé dans un hôtel de la Renaissance proche du Rhône, ce nouveau lieu financé par le mécène Luc Hoffman propose une première exposition de tableaux du peintre hollandais mais aussi des œuvres d’artistes contemporains. Pensera-t-on désormais à Arles quand on dira Van Gogh, comme on pense à Aix-en-Provence quand on dit Cézanne ? Rencontre avec sa directrice d’origine italo-suisse-allemande, Bice Curiger.

Objet Inconnu

D’où vient le projet de Fondation Van Gogh ?
Bice Curiger - Il existait une « association pour la création d’une fondation Van Gogh à Arles », initiée par Yolande Clergue en 1988, à l’occasion du centenaire de l’arrivée de Van Gogh. Elle a exposé des art istes contemporains comme Karel Appel ou Francis Bacon. Luc Hoffman, basé en Camargue depuis les années quarante, vient lui d’une famille de mécènes d’art.

Il a compris qu’il manquait la présence de tableaux de Van Gogh. Un beau jour, on a pu faire une vraie Fondation, reconnue d’intérêt public, avec une nouvelle équipe, et la Ville a proposé de mettre à disposition ce bâtiment si on en finançait la rénovation. Un accord a été conclu avec le Van Gogh Museum d’Amsterdam pour qu’il y ait toujours ici au moins une œuvre originale. La grande exposition de 2014 présente dix œuvres de Van Gogh mais aussi de Courbet, Monet, Gauguin, Pissarro… En 2015, ce seront les dessins de Van Gogh et dans deux ans, une grande exposition ambitieuse.

Qu’est-ce que ça apporte ?
Pour moi qui viens de l’art contemporain et qui ai travaillé vingt ans dans un musée, le Kunsthaus de Zurich, c’est une chance de pouvoir sortir Van Gogh des conventions répétitives. Le public est ouvert aux nouvelles propositions, à la surprise. C’est aussi un lieu de recherches, de débats, de concerts - on a deux belles terrasses ! - d’événements, qui va se déployer hors les murs. L’art, ce n'est pas seulement des valeurs mais aussi une énergie.

Ne risquez-vous pas de n’être qu’une succursale des grandes collections ?
Il y a le génie du lieu. C’est extrêmement beau de marcher dans les pas de Van Gogh, de voir les cyprès et tous ces lieux qui sont encore là. Le Musée Van Gogh d’Amsterdam, c’est institutionnel alors que la Fondation arlésienne est plus petite, plus flexible, plus libre d’expérimenter…

L’art contemporain et Van Gogh sont sur le même niveau. Il n’est pas question d’ajouter l’art contemporain comme un accent frivole, mais de donner un espace égal car il est faux de séparer les publics. L’art contemporain n’existe pas sans histoire, chaque artiste sait qu’il y a des prédécesseurs.

Comment se marque physiquement la présence des artistes contemporains dans le bâtiment de la Fondation Van Gogh Arles ?
Directement sur le toit de la verrerie, à l’entrée, est installée l’œuvre kaléidoscopique de Raphael Hefti, des verres colorés qui évoluent avec la lumière au fur et à mesure de la journée. À un autre artiste, Gary Hume, j’ai demandé de choisir les couleurs des cimaises de la première exposition. Il a aussi créé la « fenêtre jaune », sorte de mariage de Duchamp et de Van Gogh…

La Fondation Van Gogh Arles affirme avoir pour ambition de valoriser l’œuvre de Vincent Van Gogh. Mais n’est-il pas un des peintres les plus côtés au monde ?
La valorisation n’est jamais garantie. Connaissez-vous par exemple Franz Von Stuck ? C›était un artiste munichois de la fin du XIXe siècle mais qui s’en souvient ? Il faut toujours redécouvrir.

C’est comme la beauté : il n’y a pas de beauté absolue, mais des beautés plurielles à redéfinir chaque jour. Ainsi de l’œuvre de Van Gogh qui a plusieurs entrées.

Il existe dans le pays d’Arles un parcours touristique qui permet de voir in situ les motifs de Van Gogh. La Fondation est-elle simplement une étape de ce cheminement ?
Je n’ai rien contre les touristes ! Chaque personne qui pense à visiter un lieu culturel doit être prise au sérieux. Notre ambition est de lui adresser des invitations artistiques.

Nous avons un néon de Bethan Huws dans l’exposition qui dit en anglais « les artistes interprètent le monde, puis nous interprétons les artistes ». Les artistes nous offrent un regard sur le monde qui est différent de celui des autres. — Pierre Polomé


repères

Bice Curiger


Bice Curiger, directrice artistique

Critique d’art et commissaire d’expositions reconnue, elle a participé à la création de « Parkett », une série de livres sur l’art contemporain publiés à Zurich et à New York. Auteur d’essais consacrés à des thèmes et artistes contemporains, commissaire du Kunsthaus de Zurich de 1993 à 2013, elle est également intervenue comme commissaire indépendante pour le Centre Pompidou, la Hayward Gallery de Londres, le Guggenheim Museum de New York, la Biennale de Venise en 2011. Chevalier des Arts et des Lettres, elle est nommée directrice artistique et commissaire d’exposition de la Fondation Van Gogh Arles en 2012.

 

Luc et Maja Hoffman



Maja Hoffman © Wolfgang Tillmans - Luc Hoffman © Hervé Hote

Père et fille, considérés comme la deuxième fortune de Suisse, ils font partie des héritiers et actionnaires de l’entreprise pharmaceutique Roche. Cofondateur du WWF, un engagement environnemental qu’il raconte dans une autobiographie parue chez Buchet Chastel (maison d’édition appartenant à Vera Hoffman, une autre de ses filles), Luc Hoffman a notamment créé la Station Biologique de la Tour du Valat, chargée de recherche scientifique en vue de la préservation des zones humides de Camargue et de Méditerranée. Il est le fondateur et mécène de la Fondation Van Gogh Arles. L’autre grande Fondation d’Arles, actuellement en chantier, la Fondation Luma, est le projet de sa fille, Maja Hoffman. Collectionneuse d’art contemporain, mécène, elle fait partie de nombreux conseils d’administration dont les Rencontres Photo Arles, la Tate à Londres, le Palais de Tokyo, le New Museum of Contemporary Art de New York, etc.

 

Le bâtiment de la fondation Van Gogh

L’hôtel Léautaud de Donines a sans doute été construit au XIVe siècle par le marchand Jacques Grilho, ancêtre de la célèbre famille arlésienne des Grille. Souvent modifié, il conserve peu d’éléments de l’architecture originale, hormis son aspect massif de maison fortifiée et une cheminée monumentale déposée au Museon Arlaten. D’abord racheté par le comte Léautaud de Donines, le bâtiment devient au XXe siècle le siège arlésien de la Banque de France qui l’adapte à ses besoins. La ville d’Arles en fait l’acquisition au début des années 2000. C'est l'agence Fluor architectes qui a réalisé l'aménagement de la fondation.

Photos P.Polomé, M. Bartoli, avril 2014

portail Fondation de Bertrand Lavier ©M.BARTOLI

THOMAS HIRSCHHORN 2014 DETAIL ©M.BARTOLI

THOMAS HIRSCHHORN 2014 DETAIL ©M.BARTOLI

THOMAS HIRSCHHORN 2014 DETAIL ©M.BARTOLI

 

FOND.V.GOGH.RAPHAEL HEFTI©M.BARTOLI 

lire nos articles http://www.cesar.fr/fondation-van-gogh-2014-326

 

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