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Billet de blog 16 déc. 2013

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Jean-Louis Foulquier, prince de la chanson flibuste, met les voiles

 Jean-Louis Foulquier, voix de velours, gueule de boucanier, carrure d’ancien joueur de rugby, sourcils charbonneux, ce fut au mitan des années 70, Studio de nuit, un nocturne cabaret radiophonique nocturne adoubé par Brassens, dans lequel se produisait des chanteurs comme Higelin ou Lavilliers promis à un bel avenir.

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 Jean-Louis Foulquier, voix de velours, gueule de boucanier, carrure d’ancien joueur de rugby, sourcils charbonneux, ce fut au mitan des années 70, Studio de nuit, un nocturne cabaret radiophonique nocturne adoubé par Brassens, dans lequel se produisait des chanteurs comme Higelin ou Lavilliers promis à un bel avenir. Ce fut ensuite, Saltimbanques, Bain de minuit,  Y a d’la chanson dans l’air, C’est la nuit, Les Copains d’abord, Pollen surtout, émission emblématique du service public (1) avec son générique signé Gato Barbieri - Carlos Santana. Autant de rendez-vous que l’auditeur écoutait une K7 enclenchée dans son ghetto-blaster à l’affût de l’inédit.

Des espaces au cours desquels la chanson francophone pouvait prendre ses aises, valorisant ses hautes futaies comme ses jeunes pousses, le patrimoine comme la novation, bref la variété variée, avec ses approches et ses esthétiques, ses grandes envolées et ses plus secrètes balistiques.

Loin des mièvreries et des censures télévisuelles de l’ère giscardienne ou des équarrissages des directeurs d’antennes actuels, un œil sur l’audimat, l’autre sur la co-édition. Ainsi pouvait-on entendre Alain Souchon, Renaud, Michel Jonasz, Jacques Bertin, Catherine Ribeiro, Gilles Vigneault, Gilbert Laffaille, Yvan Dautin, Christine Authier, Jean Vasca, Richard Desjardins, Maurane, Colette Magny, David Mac Neil, Chansons Plus Bifluoré, Allain Leprest… (2).

Car Jean-Louis Foulquier était un passeur, un partageux, en fieffé curieux qui vous entraînait à des heures indues dans un petit estaminet de sa chère Butte Montmartre pour y entendre une nouvelle voix dont le copain du copain lui avait dit grand bien. Arrivé à Paris venant de La Rochelle, il voulait devenir chanteur (2). C’est là qu’il prit le goût du cabaret façon rive gauche où il faut faire ses preuves en « lever de torchon ».

Mais il fit mieux, contribuant à valoriser la vaste famille des défenseurs du p’tit couplet. Entré en 1965 à la radio par la petite porte comme standardiste, Roland Dhordain homme au flair imparable, lui ayant mis le pied à l’étrier, c’est ainsi qu’il tissa émission après émission une vaste toile de connivences entre ses idoles, (Ferré, Leclerc, Barbara…) et de nouveaux, les Renaud, Thiefaine and Co avec un faible affiché pour « les artistes qui payent comptant ».

Avant d’offrir plus tard à tous ces auteurs-interprètes un sacré porte-voix qui s’appelaient les Francofolies de la Rochelle, festival qui à son départ (en 2004) affiche plus de 1 500 artistes au compteur (3). Un rêve d’adolescent qu’il avait concrétisé en 1985 avec Philippe Friboulet (et l’appui d’un Michel Crépeau, maire du cru), quand le Printemps de Bourges était devenu une énorme machine marginalisant la chanson francophone.

Un label « Francos » qui essaimera au Québec (1989), en Bulgarie (1991), en Belgique (1994), Buenos-Aires (1995) et en Suisse (1999). Dans son antre de la maison de la radio, croulant d’enregistrements, vinyles, cassettes, Jean-Louis Foulquier, autodidacte et homme d’instinct, écoutait, humait, avant de retrouver ses artistes devenus des complices pour des émissions au ton bohême qui étaient pour nombre d’impénitents noctambules un prétexte à retrouvailles avant de poursuivre plus avant dans la nuit.

La légende du spectacle vivant, la magie de la musique et de ses imaginaires, ne trouvant jamais pour Jean-Louis Foulquier un aussi bel écrin qu’à une certaine heure de la nuit comme l’avait si bien formulé le poète Bernard Dimey qu’il adorait. C’est cette nuit urbaine (« le soleil du soir / qui enfile son peignoir / dans son arrière boutique / sous des becs électriques » chantait Léo) qui l’accompagnait dans son refuge de l’île de Ré où ces dernières années il s’était mis à peindre (4).

C’est cette nuit avec ses utopies et ses secrets douloureux, ses fantômes et ses couleurs trompeuses, qui faisait son bonheur comme ses nostalgies. Un temps suspendu, entre l’alcool et la confidence, qui expliquait la trajectoire de ce capitaine au long cours en quête d’archipels.

Oui, Jean-Louis Foulquier c’était tout cela, avec un sens assez poussé de la fête, de la déconnade histrionesque si nécessaire, et puis des valeurs humanistes que notre gaulliste, tendance Ile de Sein, aimait faire valoir.

Fade temps donc, à l’heure où France Inter, station qui l’avait évincé en 2008 avec un manque flagrant d’élégance, fêtant ses 50 ans, avait un peu oublié cet indocile qui est allé enfin s’offrir un phare du côté des étoiles.

Frank Tenaille

(1)         Artistes que s’employait à faire connaître l’indispensable revue Paroles et musique. Foulquier lançant un temps avec Didier Varrod et Sylvie Coulomb, le magazine Chanson.

(2)         On lira son autobiographie, Au large de la nuit, et l’on écoutera un album de chansons, Foulquier (1993) que lui avait personnellement concocté feu Allain Leprest et Romain Didier.

(3)         Durant les 4 premières éditions se produisent notamment : Jacques Higelin, Hubert-Félix Thiéfaine, les Rita Mitsouko, Daniel Lavoie, Diane Tell, Toure Kunda, Diane Dufresne, Zachary Richard, Jean-Louis Mahjun, Yvan Dautin, Les Rita Mitsouko, Catherine Lara, Francis Lalanne, Daniel Lavoie, Claude Nougaro, William Sheller, Karim Kacel, Véronique Sanson, Alain Souchon, CharlElie Couture, Indochine, Renaud, Bernard Lavilliers, Malavoi, Mory Kante, Xalam, les Etoiles, Manu Dibango, Ferré, Lockwood, Bashung, Ray Lema, Salif Keita, Carte de Séjour, Ti Fock, Rapsat, Tom Novembre, Kassav', Sapho, Malicorne, Abeti Lasikini, Liane Foly, Gérard Blanchard, Yvette Horner, Francis Cabrel, Noir Désir, Paolo Conte, Maxime Le Forestier, Jean Guidoni, etc.

(4)         L’éclectisme dont il fit preuve, il le mit également au service de divers investissements, qu’il s’agisse de théâtre, de cinéma (participation à une quinzaine de films), de télévision (une cinquantaine de rôles), ou de spectacle comme son rôle titre dans L’Histoire merveilleuses de Marco Polo (1989).

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