Depuis dix-sept ans, César, mensuel culturel et citoyen, a contribué à écrire le storytelling culturel du grand Sud. Cette mise en récit nous l’avons assumé avec nos moyens, modestes. Des centaines d’interviews, reportages, dossiers, critiques pluridisciplinaires ont donné parole à ceux qui dans ce morceau de planète, fort de ses mémoires et de ses diasporas, y inventaient un futur, ainsi qu’à tous ceux qui y venaient partager leurs doutes et leurs utopies. Cette pollinisation nous l’avons animé à travers un rhizome de théâtres, ciné-clubs, médiathèques, offices de tourisme, lieux ressources, de Menton à Toulouse et de Briançon à la Corse. Cette valorisation nous l’avons démultipliée à travers des réseaux amis aussi bien en Occitanie, en Méditerranée, qu’à Paris. Mais nos ambitions ont du aussi compter avec de sournois obstacles. La culture griffée éducation populaire est métastasée par la marchandisation du vivant, l’Intertainment, la Société du spectacle. La gratuité de ce journal qui s’est imposée à nous en raison d’un système de distribution français dispendieux et inique nous a forcé à défendre une légitimité éditoriale à rebours de l’info fast-food dont regorgent les poubelles aux bouches des métros. Et pour certaines institutions culturelles vivant de la subvention publique, notre indépendance due à la seule publicité ne pouvait être que suspecte. Nombre de Saint-Jean bouche d’or de l’entre-soi culturel fétichisant le terme de com’(entendre : communication) qui n’est qu’une forme déguisée de la réclame. On a dit aussi l’Ecrit malade d’Internet. Certes, mais pour nous qui avons créé un site qui fut l’un des plus apprécié durant Marseille-Provence Capitale de la Culture, il y a place pour une presse à haute valeur ajoutée, complémentaire à l’information dématérialisée. À ce titre, nous clamons que les dispositifs d’aides à la presse qui ne prennent pas en compte les publications d’intérêt général sont à revoir de fond en comble. Ce système opaque de conséquentes prébendes ne faisant que conforter des situations claniques, le potlatch politique, des féodalités territoriales, au détriment du pluralisme et d’une vie médiatique plus démocratique.

Mis bout à bout, tous ces handicaps sont de nature à épuiser les plus endurants face à une concurrence en trompe-l’œil. Des éloges venant de la France entière concernant César, les encouragements des personnalités que nous avons accueillies dans nos pages, nous ont cependant conforté que nous étions dans le juste. Aussi nous avons seriné que la vie culturelle, ses acteurs, ses lieux, ses publics, ont besoin impérieux d’un éco-système médiatique, d’une pensée critique, qui renforce les défenses immunitaires de la création et de la diffusion. Nous avons prouvé qu’à côté des outils de la consommation et du ludique des outils plus réflexifs comme l’est le journal papier répondent à d’autres attentes. Nous avons estimé que la culture en régions a besoin de transversalité, notre formule pan-occitane préfigurant les futures recompositions des collectivités territoriales et de leurs flux. Surtout, nous pensons avoir prouvé que « l’élitisme pour tous » cher à Jean Vilar justifie que le Grand Sud ait une parole médiatique culturelle qui le dispute à un magistère parisien souvent exorbitant. Ces convictions que beaucoup de nos lecteurs ont partagées, nous les avons portées aussi loin que possible. Mais à l’évidence elles avaient pour certains les accents de l’hérésie. Hérésie qui, dans un monde très poreux avec la politique comme l’est la presse, se paye cash. En tout cas, notre indépendance (de statut et de ton), notre manque de souplesse d’échine, nous ont valu d’être tricard auprès de certaines collectivités, au mépris des règles légales de la concurrence. Jeu terriblement inégal. Et voilà pourquoi votre fille est muette et pourquoi César a décidé d’arrêter le film.

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Le CR PACA M'A TUER

Les ressources de la presse écrite sont la vente au numéro, l’actionnariat, les subventions, les annonces légales, la publicité. César n’a vécu que de cette dernière. En l’espèce, César a donc répondu à des appels d’offre lorsqu’il s’agissait de collectivités locales. Ces dernières, pour les plus importantes d’entre-elles, ayant plusieurs événements culturels tous les mois, choisissant d’en promouvoir un ou plusieurs sous forme d’encart publicitaire. Dans le cas du Conseil régional PACA présidé par le député arlésien Michel Vauzelle et de la Villa Méditerranée (ex Cerem) à Marseille, deux structures sous pilotage du Conseil régional, nous avons été « sortis »  systématiquement de tout budget de communication depuis octobre 2011. À peine sortis d’un RJ et inquiets de cette nouvelle situation, il nous a été enfin répondu dans un courrier daté du 26/03/2012 émanant du directeur de cabinet de Michel Vauzelle que : « le contexte de crise internationale a un impact non négligeable sur les collectivités territoriales françaises et avons du à plusieurs reprises revoir à la baisse notre budget communication… » ! Coût approximatif du dommage sur 3 ans : 200 000 euros. Mais, curieusement, nous avons été le seul titre à supporter cette disgrâce alors que d’autres journaux gratuits continuaient à bénéficier de la même manne publicitaire accompagnée, pour certains d’entre eux, de subventions versées aux associations éditrices de ces mêmes supports.


COMPAGNONS DE ROUTE

Comédiens, musiciens, acteurs, cinéastes, philosophes, historiens, écrivains, architectes, chorégraphes, scientifiques… Ils furent nos compagnons de route : Stéphane Hessel, Armand Gatti, Michel Serres, Plantu, Jean Ziegler, Michel Onfray, Pierre Henry, Gisèle Halimi, Predrag Matvejevic, Paul Ariès, Boris Cyrulnik, Benjamin Stora, Marcel Gaucher, Alain Badiou, Edgar Morin, Catherine Camus, Gérard Mordillat, Fernando Arabal, Alejandro Jodorowsky, Michel Polac, Hervé Kempf, Amin Maalouf, Mo Yan, Pierre Boulez, Jordi Savall, Fred Vargas, Paco Ibanez, Manu Dibango, Angélique Kidjo...  lire http://bit.ly/1oPT9IY

César 332 nov. 2014 César 332 nov. 2014

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