Suivez les OUT d'Or en direct

Depuis 2017, la cérémonie des OUT d’or célèbre les minorités LGBTI, avec des prix récompensant les médias, les personnalités et les initiatives qui promeuvent leur visibilité. Car représenter et nommer, c’est faire exister.

Depuis 2017, la cérémonie des OUT d'or de l'association des journalistes lesbiennes, gays, bi·e·s et trans (AJL) célèbre les minorités LGBTI, avec des prix récompensant les médias, les personnalités et les initiatives qui promeuvent leur visibilité. Cette troisième édition sera diffusée cette année en direct dans le Club de Mediapart. Rejoignez-nous pour cette célébration ce mardi 18 juin à 20h!

Pourquoi cette cérémonie ? L'AJL a été créée il y six ans pour encourager les journalistes et les rédactions à mieux traiter les questions LGBT. A mieux nommer. Car représenter et nommer, c’est faire exister. C’est aussi sortir du champ du tabou, de l’impensable, du non légitime. C’est ne pas vouloir à tout prix se fondre dans la norme, en arborer les pourtours et les conventions. C’est dire à celles et ceux qui dérogent aux codes, parfois à leur corps défendant : « Tu existes, tes récits, ton vécu méritent d’être entendus. Tu as ta place dans la société, et ta différence est une force. »

Ce n’est pas un caprice. Les ados LGBTI se suicident encore quatre fois plus que leurs camarades hétéros et/ou cisgenres. Les personnes LGBTI sont tabassées dans la rue, discriminées au travail, interdites - ou presque - de toute démonstration d’affection ou « extravagance » publique. Sois gay, mais pas trop. Lesbienne, mais désirable – par les hommes. Sois bien genré·e. Lisible.

Visible, c’est dire que l’on peut être un maire gay, une rugbywoman trans, une performeuse noire, grosse et gouine, une danseuse queer racisée au corps non normé, une députée lesbienne qui se bat ouvertement pour l’égalité des droits à rebours de sa majorité, un artiste "fils d’immigré, noir et pédé" à l’Élysée. Mais l’enjeu est de pouvoir choisir nos visibilités, d’être maître·sse des discours produits sur nous. Car la visibilité a aussi un coût. C’est pourquoi les OUT d’or encouragent et célèbrent les représentations diversifiées et respectueuses des minorités ! La visibilité qui fait bouger la société, qui représente et « empouvoire ».

Il y a 50 ans, cette visibilité était impensable. Il y a 50 ans, dans la nuit du 27 juin 1969, à Greenwhich Village à New York, un raid de police au Stonewall Inn se soldait par plusieurs nuits d’émeutes par les lesbiennes, gays, bi et trans qui le fréquentaient. En première ligne, des femmes trans racisées, Sylvia Rivera, Marsha P Johnson, pour ne citer qu’elles. Cet événement fondateur avait eu des précédents, mais Stonewall a été un moment de bascule. L’onde de choc a, au fil des ans, parcouru la planète. Depuis 50 ans, le mois de juin vibre aux rythmes des, de nos, fiertés.  

La visibilité est capitale, tout comme la mémoire des luttes. Mais ceux qui écrivent l’histoire ont des amnésies sélectives et les transmissions sont lacunaires. On connaît aussi les inerties et les récupérations, institutionnelles ou marketing. Cette mémoire manquante est un défi majeur aujourd’hui. Invisibles, nous sommes sans pouvoir, sans passé, nous nous perdons. À nous de garder à l’esprit que nos désirs et nos vies sont des résistances. Que nos ainé·e·s queer se sont battu·e·s, que notre a communauté a été décimée.

Décennie sida, gays et femmes trans noires hier encore assassiné·e·s... Nous nous devons à nous-mêmes de garder la mémoire, nous devons aux plus précaires, stigmatisé.e.s, invisibles d’entre nous de lutter encore. Les OUT d’or 2019 leur sont dédiés.

« Alors pendant que nous célébrons ce soir, laissons couler une larme, appelons cela une libation, une coutume africaine ancestrale, pour toutes nos sœurs et nos frères qui n’ont pas survécu. Car c’est dans les contextes de nos passés, autant que dans notre présent et notre futur, que nous devons redéfinir ce qui fait communauté. Je demande à ce que chacun·e d’entre nous se souvienne des fantômes de celles et ceux qui sont venu·e·s avant nous, que nous portions en nous la mémoire des membres de nos communautés dont nous avons été privés du pouvoir et de la connaissance, de celles et ceux qui ne seront jamais avec nous, de celles et ceux qui ne sont pas avec nous ce soir ». Audre Lorde, poétesse noire et lesbienne états-unienne.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.