Mes Patates

Alors que toute l’activité est en pause, le printemps n'attends pas. Les stocks fondent et aurra-t-on de quoi manger cet été? quid de l'hiver...

Je peux dire que j'ai commence ma vie professionnelle en tant que chauffeur.

Ça fait longtemps. Peu être une éternité.

J'avais huit a douze ans, tout les étés je convoyait les cinq a dix tonnes de patates que produisait mon grand-père. 

C’était début juillet. Je rêvais de voitures et de vitesse, de technologie qui devait nous apporter le bonheur.

Moi je transportait mes patates...

Mon Papi, le dos courbé, arrachait au sol les patates. Il aimait les pommes de terre rouges. Elles étaient plus savoureuses selon lui.

Le sol sec était comme un gangue qui protégeait tout l'argent de l’année. La récolte...

Le matin, mon grand-pere partait en avance, au lever du soleil.

Ma grand-mère me réveillait vers sept heures trente et me préparait une soute de pain et de café avec une cuillère de sucre roux, le moins cher.

Puis, quand mon grand-pere ne l'avait pas pris pour le nourrir dans les champs , on sortait l’âne. Une robe grise plus beau que tous les chevaux que j'ai connu, grand, puisant, travailleur et têtu.

Têtu, il faillais l’être pour arracher a la terre le butin qu'elle ne voulais pas donner.

Têtu, il faillais l’être pour transporter les 100 kilos de pommes de terre a chaque trajet, sur les pentes chaudes, écrasé par le soleil.Des pentes courtes mais pour qui transporte une charge, dix-huit pour cent, c'est a chaque fois un mur que l’âne franchissait d'un coup de cul vigoureux.

Et moi, j'avais peut-être plus de huit ans et j’étais le chauffeur.

A l'aller, je montais l’âne, comme Zoro montait son cheval noir. Au retour, je m'agrippais a la queue de l’âne qui gagnait autant sa vie que mon grand-pere son argent pour l’année.

J’étais heureux, c’était un paradis!

J'en pleure d’émotion.

Aujourd'hui j'ai peur. J'ai peur pour l'avenir, pour mes enfants, j'ai peur de la faim qui rode, derrière l’épidémie.

Hier, j'ai repris une bêche, et j'ai plante des patates!!!

J'ai retourne la terre.

J'ai casse les mottes, pour que les pommes de terre s'y sentent bien.

Qu'elles puissent grandir, et se développer.

C'est une terre noire, pas rouge, noire...

La meilleure de terres pour les cultures.

Comme mes ancêtres, j'ai ouvert un sillon, y ait déposer un petit trésor.

Maintenant je prie pour que mon petit trésor se multiplie.

Maintenant je prie la nature pour qu'elle m'aide.

Hier j'ai planté des patates!!!

 

PS: Je suis contre les OGM et toutes ces merdes, qui empêchent la transmission des semences et n'ont qu'un but. Affamer les gens!!!

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.