Mort d'EDF... Et le service public ?

Après 70 ans d'attaques répétées pour mettre fin au service public de l'énergie, la destruction totale d'EDF GDF est en vue. Le secteur énergétique va être entièrement privatisé et le désastre va arriver : petite explication...

Le programme du Conseil National de la Résistance a permis la nationalisation des entreprises de l'énergie (gaz, électricité) et la création d'une seule entité : EDF-GDF. Le patronat n’a eu de cesse d'attaquer l'entreprise public, fustigeant le statut des agents IEG (industries électriques et gazières) et leurs activités sociales (CCAS) gérées uniquement par le personnel de l'entreprise. Depuis 1945 nous connaissons l'accès égalitaire à l'énergie, un tarif régulé très peu couteux. Aujourd'hui le démantèlement est devant nous et la dérégulation des tarifs en place. L’entêtement nucléaire de la direction d'EDF conduira à sa perte. Nous, le peuple, avons été dépossédés, volés pour permettre au marché de faire des profits sur l'énergie. Ce qui nous appartenait, ce que nous avions payé avec nos impôts va nous être revendu sous différentes formes pour satisfaire les investisseurs privés. Face à cette transformation certains voient l'intérêt de choisir un fournisseur d'électricité et de gaz, plus "vert" ou plus "éthique" que l'opérateur historique. Cette imposture masque une incompréhension totale du fonctionnement du secteur énergétique et nécessite une petite mise au point.

La régression est en marche, c'est le retour à la situation d'avant guerre : une multitudes de fournisseurs privés, une qualité de service faible, des tarifs non régulés.

Par les mesures qui ont été prises au fil des années, accélérées depuis l'élection d'Emmanuel Macron, nous sommes dépossédés de tous nos services publics dans le seul but d'enrichir les investisseurs privés. La politique néolibérale, ordolibérale fait reposer sur les salariés les couts de démantèlement des entreprises publiques ainsi que la suppression des impôts pour les plus riches, on efface ainsi tous les principes d'égalité de traitement et de service public.

Dans la première moitié du 20e siècle nous avions en France des syndicats puissants, des partis politique réellement de gauche qui nous ont permis de gagner (surtout par les luttes) des avancées majeures.
Congés payés, droits du travail, nationalisation des entreprises (SNCF, EDF-GDF, etc.)

Pour l'énergie nous avons obtenus la mise en place de la péréquation tarifaire (NB : Le principe de péréquation tarifaire signifie que deux consommateurs ayant le même profil de consommation, avec le même fournisseur et la même offre, se verront facturer le même tarif, quelle que soit leur localisation géographique sur le territoire français.) Ce faisant les zones éloignées des grandes agglomération ont pu se développer rapidement.

Depuis 1945, la mise en place des doctrines néolibérales n'ont eu de cesse de détruire ces avancées, ces garanties sociales et économiques. Le but avoué du néolibéralisme est de supprimer la démocratie : ne plus laisser le peuple décider et laisser l'oligarchie possédante décider de tout.

A cette heure, ils ont gagnés. La concurrence est à tout les niveaux, elle est même devenue le mode de pensée unique. Le débat n'est plus possible il n'y a pas d'alternative à ce modèle. L'attachement au service public est pourtant toujours présent et la contestation de ce modèle libéral ne cesse d'amplifier.

Pour le secteur énergétique, la hausse des prix du fournisseur historique n'a eu aucune justification, mais elle a été obligatoire pour PERMETTRE la concurrence (impossible de faire concurrence à un opérateur dont le but n'est pas de faire de profit). Un véritable scandale.

Le contrôle des médias, les discours toujours plus violents sur  les salariés "privilégiés" d'EDF-EDF, auront empêché tout sursaut citoyen, très peu de médias ont parlé de la fin du tarif régulé et ses réelles conséquences pour l'usager.

L'oligarchie aura eu raison de 70 ans de service public de l'énergie.

Aujourd'hui les gens ont le choix. Des fournisseurs alternatifs arrivent, mais toujours au détriment du service public. On socialise les pertes, on privatise les profits au détriment du bien commun.

C'est au peuple de décider des directions politiques du secteur énergétique. En finir avec le nucléaire d'accord, mais il faut l'imposer à tout les acteurs du secteur. Sans politique globale, sans implication citoyenne et sans vision à long terme, il sera impossible de pérenniser les décisions, d'avoir un système fiable et pérenne. Il suffit de regarder ce qui s'est passé en Angleterre, en Californie, etc. Les états sont revenus sur la libéralisation du secteur en nationalisant. On ne peut conjuguer recherche du profit et service public. Pour nous, l'énergie n'est pas un produit comme les autres. C'est un bien vital qui ne doit pas être soumis aux lois du marché.

Les EPIC (Entreprise Public à Caractère Industriel et Commercial) ont disparus, on retrouve avec une multitude d'acteurs dont on ne connait la pérennité. Est-ce que ce fournisseur existera encore dans 10 ans ? Quel politique énergétique à long terme ? Nous avions la vision globale de la production, du transport (ce que fait aujourd'hui RTE), de la distribution (ce que fait Enedis), et du dépannage/accueil client au sein d'un même groupe (EDF-GDF). Nous perdons la maitrise des tarifs, du réseau, de la production.

Les usagers plus attentifs et conscients de la situation écologique choisissent souvent Enercoop, un fournisseur vert, associatif, très bien. Mais qui va transporter l'électricité produite ? Qui va la distribuer ? Qui va mettre en place un service client de proximité ? Qui va démanteler les centrales nucléaire ? Qui va s'occuper de pérenniser tout le réseau (transport, distribution) et avec quel argent ? Certainement pas un fournisseur comme Enercoop. La concurrence dans ce domaine n'a aucun sens. Aucun. Il est trop tard pour accuser, il est urgent de se réveiller.Il faut une instance pour gérer ces différents fournisseurs.

Nous avons besoin d'un pôle public de l'énergie, une gestion citoyenne qui décidera, imposera et mettra en place une véritable politique énergétique sur le long terme.

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