M. Macron, n’abandonnez pas les habitants de l’est du Val-d’Oise !

Près d’un an après la décision d’Emmanuel Macron d’annuler le projet EuropaCity, le Maire de Gonesse Jean-Pierre BLAZY appelle le Président à tenir ses engagements pour le Triangle de Gonesse. Il demande que soient réalisées les promesses de l’Etat, notamment la confirmation de la gare de la ligne 17 du Grand Paris Express et la définition d’un grand projet structurant pour l’est du Val-d’Oise.

Monsieur le Président de la République,

Cela va bientôt faire un an que vous avez pris la décision d’abandonner le projet EuropaCity qui devait voir le jour sur le Triangle de Gonesse. Vous avez missionné Monsieur Francis ROL-TANGUY pour élaborer sur ce périmètre plusieurs scénarios d’aménagement respectant les engagements du Gouvernement en matière de développement durable, que vous avez présentés comme devant constituer des solutions de substitution au projet EuropaCity.

Dans un courrier en date du 5 décembre 2019, nous vous avons fait part avec la Présidente du Conseil départemental du Val-D’oise Madame Marie-Christine CAVECCHI et le Président de la Communauté Roissy Pays de France Monsieur Patrick RENAUD, de notre surprise quant au contenu de cette mission. Périmètre vaste et peu précis, ambitions trop générales, absence de référence aux conséquences de l’abandon d’EuropaCity, défaut d’objectifs et de calendrier, silence sur la gare « Triangle de Gonesse » de la ligne 17, nos inquiétudes étaient nombreuses.

En réponse, vous nous aviez affirmé le 12 décembre 2019, demeurer pleinement déterminé à assurer le développement de notre territoire et à proposer un nouveau projet pour le Triangle de Gonesse en concertation avec les élus et les acteurs économiques locaux. Vous nous aviez également indiqué que la décision d’abandon d’EuropaCity ne remettait pas en cause la desserte prévue par la ligne 17 du Grand Paris Express. 

Monsieur le Président, depuis la création de l’Etablissement Public d’Aménagement de la Plaine de France (EPA Plaine de France) le 8 avril 2002, le Triangle de Gonesse est au cœur des projets d’aménagements envisagés pour l’est du Val-d’Oise. Depuis 18 ans les élus locaux et les habitants attendent de l’Etat un engagement fort et concret en faveur du développement économique d’un territoire qui compte parmi les plus pauvres de France. Nous espérions qu’EuropaCity - produit de presque 10 ans de travail - allait constituer la fin de cette traversée du désert mais vous l’avez rayé d’un trait de plume, abandonnant notre territoire à un taux de chômage qui ne cesse de gonfler et que la dynamique économique du Grand Roissy n’a jamais suffi à résorber. Plus de 20 ans après le crash du Concorde sur notre ville, cette dynamique se trouve aujourd’hui profondément affaiblie par les conséquences de l’épidémie de la COVID-19 qui aggravent la situation socio-économique des habitants et creusent davantage encore les inégalités territoriales. Cette situation est profondément inquiétante et le seuil d’alerte sociale est largement dépassé.

Il y a donc urgence à agir ! Une urgence sociale et écologique mais également une urgence démocratique ! L’Etat ne peut continuer à se soustraire à sa parole et doit dorénavant tenir ses engagements et réaliser ses promesses sous peine d’altérer davantage la confiance déjà fragilisée des citoyens.

Monsieur le Président, permettez-moi de vous rappeler que la légalité de la ZAC d’Etat du Triangle de Gonesse a définitivement été actée par le Conseil d’Etat le 1er juillet 2020 et qu’il incombe désormais aux acteurs de s’entendre sur un projet d’aménagement. Tous sont au travail (Région, Département, Communauté d’agglomération, Ville de Gonesse, société civile) et attendent votre positionnement et votre indispensable soutien.

Ainsi, Monsieur le Président, quel projet l’Etat compte-t-il porter pour le Triangle de Gonesse ? Quels sont les scénarios proposés par Monsieur Francis ROL-TANGUY dont le rapport a été rendu le 15 juillet ? Quand comptez-vous communiquer ses conclusions aux élus et acteurs locaux concernés ?

Je tiens à porter à votre attention le fait que tout scénario envisagé sans la gare de la ligne 17 « Triangle de Gonesse » serait une catastrophe pour les habitants du territoire. A l’origine dimensionnée pour accueillir EuropaCity, cette gare s’inscrivait dans un équilibre économique qu’il vous incombe aujourd’hui de restaurer. Nous attendons donc une position ferme et définitive de votre part sur sa réalisation. Le premier tunnelier de la ligne 17 a d’ailleurs été baptisé vendredi 18 septembre 2020 sur le chantier de Bonneuil-en-France et creusera pendant 6 mois en direction du Bourget. L’étape suivante sera le tronçon reliant le Bourget à la gare du Triangle de Gonesse. Seule station de métro prévue pour l’ensemble du Val-d’Oise, cette desserte permettra de désenclaver les « assignés à résidence » que vous avez si justement décrit lors de votre campagne pour les élections présidentielles. Elle constitue également un outil efficace pour la réduction de l’usage de la voiture ainsi que la condition première à la réalisation de projets d’aménagement créateurs d’emplois.

A ce titre, plusieurs porteurs de projets maintiennent leur intérêt pour la ZAC du Triangle de Gonesse et pour le périmètre autour de la gare de la ligne 17 qui comprend 110 hectares d’emprises déjà acquises par l’Etablissement Public Foncier d’île de France (EPFIF) depuis 2012. C’est le cas du quartier d’affaires TRIANGO qui, sur 15 hectares, constitue un projet phare de la transition écologique dans laquelle vous ambitionnez d’engager notre pays. Ce projet démonstrateur de l’économie circulaire et à haute qualité environnementale démontre la possibilité de concilier l’impératif écologique et l’impératif social que les détracteurs de la ZAC n’ont cessés d’opposer au détriment des besoins des habitants du territoire.

Pour compléter l’aménagement de ces 110 hectares autour de l’emplacement de la gare de la ligne 17, un projet structurant demeure cependant nécessaire. Un parc destiné aux implantations industrielles et technologiques dans le domaine stratégique de la santé pourrait ainsi y voir le jour.

En effet, les conséquences de la crise de la COVID-19 ont mis en lumière la dépendance de notre pays pour la production de médicaments et d’équipements sanitaires. Considérant cette réalité, vous avez érigé la relocalisation des industries de santé en priorité nationale et déclaré vouloir favoriser le développement de projets industriels dans les territoires.  Cette reconstruction de la souveraineté industrielle et sanitaire de notre pays à laquelle vous aspirez, demeure cependant conditionnée au développement de capacités de fabrication et de recherche supplémentaires. Aussi, la relocalisation ou l’implantation de nouvelles industries de santé sur le Triangle de Gonesse pourraient s’inscrire dans la stratégie gouvernementale de reconquête industrielle, engagée dès 2019 avec le label « Territoire d’industrie » et renforcée par le Plan de relance dont elle constitue l’un des piliers aux côtés de l’écologie.

Monsieur le Président, l’aménagement du Triangle de Gonesse ne se fera pas au détriment de l’environnement qui représente une préoccupation majeure des élus de la ville depuis plus de 20 ans comme le démontre notamment l’arrêt, la dépollution puis la transformation d’une ancienne décharge en un poumon vert de 120 hectares pour les habitants de Gonesse. Ainsi nous n’avons cessé de rechercher un équilibre entre développement économique et progrès social et écologique pour notre ville. C’est pourquoi le périmètre de la ZAC et particulièrement les 110 hectares déjà acquis par l’EPFIF, recouvrent l’espace le moins propice à l’agriculture car le plus enclavé entre autoroutes, voies rapides, aéroports du Bourget de Roissy et zones d’activités existantes. En contrepartie, la ville de Gonesse est allée beaucoup plus loin que les prescriptions législatives et règlementaires en matière de compensation pour l’artificialisation des sols, en sanctuarisant 400 hectares de terres agricoles dans la partie nord du Triangle de Gonesse dans le cadre d’une Zone Agricole Protégée (ZAP). Cet outil de préservation doit s’inscrire dans un projet de développement du territoire agricole et de redynamisation de l’activité économique. A cet égard, la ville rejoint les conclusions des porteurs du projet CARMA (Coopération pour une Ambition Agricole, Rurale et Métropolitaine d’Avenir) et de leur démarche RISOME (Réseaux d’Initiatives Solidaires pour les Mutations agro Ecologiques) sur la nécessité d’engager une transition agro-alimentaire qui pourrait s’opérer à partir du Triangle de Gonesse. Celle-ci pourra s’appuyer sur le Projet Alimentaire Territorial (PAT) issu de la loi sur l’alimentation de 2014 et participer à la reconstruction de l’autonomie et de la souveraineté alimentaire de notre territoire en cohérence avec les engagements environnementaux de la France et des propositions formulées par la Convention pour le climat.

Monsieur le Président de la République, vous avez promis aux Français de vous réinventer et de placer le combat contre la fracture territoriale au cœur de la suite de votre quinquennat. En ce sens, lors de sa déclaration de politique générale, le Premier ministre Monsieur Jean CASTEX a déclaré vouloir réarmer, investir et s’appuyer sur nos territoires. Les habitants du Val-d’Oise, de l’agglomération Roissy Pays de France et plus particulièrement de Gonesse dont j’ai la responsabilité, attendent désormais que vous fassiez respecter la parole de l’Etat. Monsieur le Président de la République, je vous réitère notre invitation à venir nous rencontrer sur ce territoire si particulier qui, aujourd’hui plus que jamais, a besoin du soutien de l’Etat.

En espérant pouvoir être entendu pour l’avenir de notre territoire et dans cette attente, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma haute considération.

 

Le Maire,

Jean-Pierre BLAZY

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.