Emmanuel Macron et Donald Trump adeptes des mêmes politiques fiscales

Dans sa chronique au « Monde » du 8 décembre dernier, l’économiste Thomas Piketty établissait un parallèle entre les réformes fiscales de Donald Trump et d’Emmanuel Macron[1]. Bien qu'étonnante, cette comparaison se révèle hautement pertinente lorsque l'on compare les réformes proposées par les deux Présidents.

Tandis que le Président des États-Unis entreprend de faire passer l’impôt sur les bénéfices des sociétés de 35% à 20%, le Président français réduit le taux de l’impôt sur les sociétés de 33% à 25%. Dans le même temps, le taux de taxation sur les dividendes et les intérêts passera de 55% à 30% en France et le taux de l’impôt sur les propriétaires de société aux États-Unis sera établi à 25% contre 40% aujourd’hui. La liste des similitudes est longue : baisse de l’impôt sur la fortune en France, baisse de l’impôt sur les successions aux Etats-Unis, avantages fiscaux pour les plus aisés et autres cadeaux de l’État aux plus fortunés.

Ces deux réformes miroirs mettent alors en évidence une vision similaire de l’économie pour deux personnages que tout paraît pourtant opposer. Piketty  l’exprime très bien dans son article lorsqu’il oppose « le vulgaire businessman américain, aux tweets xénophobes et climatosceptiques » et « l’esprit européen éclairé, soucieux de dialogue des cultures et de développement durable ». A l’aune de ces mesures fiscales, la distinction entre les deux Présidents ne parait plus si évidente.

Les deux ont en effet fait le choix d’une politique fiscale tournée presque exclusivement vers les ménages disposant d’un fort revenu et d’un patrimoine élevé. S’inscrivant directement dans la lignée de la « théorie du ruissellement » chère à Ronald Reagan et Margaret Thatcher, ils souhaitent « alléger » au maximum les prélèvements sur les catégories les plus aisés pour les inciter à investir ou à « revenir » pour ceux qui avaient opté pour l’exil fiscal. Au-delà du pari discutable de faire peser l’avenir de l’investissement et du développement économique d’un pays sur ceux qui l’ont quitté autrefois pour ne pas participer à l’effort collectif, aucune étude empirique n’a jamais pu établir clairement les bienfaits d’une réforme de ce type.

A contrario, le récent rapport sur les inégalités mondiales 2018 montre que ces politiques à destination des plus aisés en place aux Etats-Unis depuis les années 80 n’ont cessé d’accroitre les inégalités aux dépends des plus pauvres. Tandis que les indicateurs économiques affichaient une progression du PIB et un enrichissement global, les 50% les plus pauvres de la population voyaient leur part dans le revenu passer de 20% à 13% en 2016. Parallèlement, les 1% les plus aisés ont vu leur part dans le revenu nationale passer de  10% à 20%[2] aujourd’hui. La représentation graphique est particulièrement frappante comme vous pourrez le constater page 8 du rapport.

Cet accaparement de la richesse nationale par le plus petit nombre montre les limites de cette politique axée sur les plus riches qui augmente la concentration des revenus et du patrimoine et empêche une part toujours plus importante de la population de profiter des fruits de la croissance. Le rapport montre que l’Europe de l’Ouest a, sur la même période, beaucoup mieux résistée au creusement des inégalités du fait de son système de protection sociale et du niveau de ses prélèvements obligatoires[3]. Cette augmentation des inégalités serait donc, selon les auteurs du rapport, essentiellement imputable aux politiques publiques mises en place depuis les années 80 aux États-Unis et dans le reste du monde.

Après une période de crise économique provoquée par l’absence totale de contrôle sur le monde de la finance et la complaisance des gouvernements vis-à-vis de ses excès, l’Europe connait une période de reprise difficile où certains pays comme la France peinent à résorber leur taux de chômage et voient une partie de la population se paupériser. Plutôt que d’entreprendre des politiques à destination de ces populations durement touchées par la crise, le nouveau Président de la République nous offre une politique fiscale rétrograde qui ne manquera pas d’aggraver encore la situation économique des plus démunis. A terme, cette concentration de la richesse pourrait même s’avérer dangereuse pour l’économie comme elle a pu l’être au début du siècle dernier.

Emmanuel Macron, « l’esprit européen éclairé » emprunte donc désormais la même méthode que le « vulgaire businessman américain » tant décrié en France et ailleurs. Ces réformes constituent un tournant inquiétant dans un pays qui, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, avait toujours su éviter l’explosion des inégalités et l’abandon d’une partie de sa population sur l’autel de la performance économique. Si l’immobilisme n’est en rien une solution aux problèmes économiques et sociaux que nous rencontrons, la marche forcée vers la Reaganisation de l’économie française l’est encore moins. Il est aujourd’hui nécessaire de dénoncer ces politiques, en France comme aux États-Unis et ce quel que soit le visage de celles-ci et d’encourager, enfin, l’émergence d’une force politique capable de déployer des politiques publiques innovantes en matières d’économie qui permettront de garantir la croissance pour tous plutôt que l’enrichissement de quelques uns.

 

[1] http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2017/12/09/thomas-piketty-trump-macron-meme-combat_5227020_3232.html

[2] http://wir2018.wid.world/files/download/wir2018-summary-french.pdf p8

[3] http://wir2018.wid.world/files/download/wir2018-summary-french.pdf  graphique E3

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