Culture contre éducation populaire

Culture vs Education Populaire.

L’ascenseur social est bloqué, ça, on le savait déjà, ça fait un moment que ça dure ; mais ce dont on parle moins, c’est que l’étage de la culture est muré.

Une représentation démocratique complètement dévoyée, l’abstention devenue le premier parti d’Europe, avec la France comme une des têtes de gondole en la matière. Dans le meilleur des cas, nos représentants le sont grâce à 12 ou 13% de la population, et dont la moyenne d’âge est supérieure à 60 ans. Ces dernières élections européennes sonnent comme un ultime et énième avertissement. 

Et pendant ce temps, que fait le « monde de la culture » ? Vous savez, la culture comme levier du mieux-vivre ensemble, de l’ouverture d’esprit, du supplément d’âme… Finie, terminée, circulez, y a rien à voir.

Nous ne parlons évidemment pas ici, des intermittents - ouvriers du spectacle, corvéables à merci et dont les productions télévisuelles raffolent. Non, nous parlons des barons. Ca fait bien longtemps que ces petits barons de la culture, vassalisés par les politiques, dits « du terrain local » ou « de territoire » (des fois qu’ils soient élus par les Dieux), ont fermé au peuple, les portes de leur petites citadelles luxueuses.

C’est pourtant là, qu’à l’abri des regards, quelques « Castafiores » continuent de faire leurs gammes à prix d’or, sur le dos de ce qui reste d’ouvriers ou de pauvres. Pauvres parce que seuls. Abandonnés de tous, par les services publics, l’éducation, l’insertion, la sécurité, l’élévation de la personne en tant qu’individu dans le groupe social. Abandonnés évidemment, et depuis longtemps, par la culture : abandons par jet du RESPECT.

Le théâtre populaire, les musées, les artistes contemporains, les arts numériques, les plasticiens, et même, les acteurs des musiques dites « actuelles » (électro, jazz, hip hop, rock…), sont bien trop occupés à conforter leurs titres « d’artistes » OFF-iciels, à se tâter la rosette, ou à polir leurs plaques durement acquises à coup de génuflexions utiles à l’avancement, pour s’abaisser à s’occuper d’un public de consommateurs culturels ; alors vous pensez, les citoyens dans tout ça, ça fait longtemps qu’on les a ignorés, éloignés, dégoutés, déboutés, refoulés !

Education Populaire : l’insulte suprême des cultureux qui, non seulement, n’ont rien foutu les 30 dernières années pour éviter le cataclysme actuel, mais ont encouragé le dégout de la chose publique. Ces infiltrés passant d’un poste d’expert dans une capitale culturelle à une alcôve de conseillers en feutrines de luxe, ou encore, dirigeant la sainte création, intouchable, inapprochable, réservée à quatre frustrés de la vie coincés entre Télérama et France Inter (ces derniers usant également de fonds publics).

Oh les gars ! Vous avez foutu quoi avec les milliards d’euros qui sont tombés depuis Tonton et Lang ? Un exemple : Marseille Provence 2013, le fonctionnement de la capitale européenne marseillaise de la culture = plus ou moins 100 millions d’euros… soit le fonctionnement de 100 centres sociaux.

Nous sommes désolés de vous annoncer que lorsqu’un individu meurt de faim, on lui donne à manger avant de lui faire une pédicure. La gavade générale, c’est terminé. On ne va plus se taire !

Alors les divas de la culture, sortez de vos positions de courtisans de luxe. Il y a une vie dans la rue et plutôt que d’y défiler contre le FN la veille des seconds tours avec les copains de vos enfants, qui sont tous dans les lycées privés : BOSSEZ. BOSSEZ. BOSSEZ. Remontez-vous les manches, sortez-vous les doigts du cul, faites-vous mal, questionnez-vous, putain, les gars, c’est des fonds publics que vous cramez depuis toutes ces années ! Aujourd’hui, c’est Guernica.

Il va peut être aussi falloir que l’Education Populaire se réapprenne, et réapprenne le sens du « pourquoi ? », du « quoi ? » et du « pour qui ? ».

Pour ce qui est des grosses structures centenaires de l’Education Populaire qui ont accès au plus près des ministères et qui monopolisent les plus grosses subventions, elles sont toutes aussi sclérosées que celles de la culture.

Il faudra bien que vous compreniez que les associations de proximité, de jeunes, de solidarité, dans les villages, dans les quartiers, dans les campagnes, qui tirent la langue sans le sou et qui sont souvent à l’origine de grandes choses, ne peuvent pas TOUT faire et toutes SEULES.

Vous savez, ces associations qui organisent les ridicules repas de quartiers, les foires à la saucisse où l’on se parle en direct, pas sur Skype. Les concerts pour les minots de toutes origines qui permettent que le fils du toubib considère le fils de l’ouvrier comme autre chose que comme un connard en puissance. Plus tard, ceux-ci deviendront peut être des adultes plus ouverts, plus citoyens, moins réfractaires à tout ce et ceux qui ne leur ressemblent pas. Ces associations de terrains qui, grâce à de nombreux bénévoles et parfois quelques salariés, souvent en contrats précaires et à temps partiels, réalisent l’exceptionnel : le rêve au quotidien… Accès aux vacances, accès aux loisirs, accès à la culture (quand on les accepte), accès au sport, accès à l’éducation, accès au développement personnel, accès au bonheur. Osons, et remplaçons le mot « accès » par le mot « droit ».

Toutes ces forces, non issues du sérail et sans autre réseau que celui du terrain, ramassent, au mieux, des miettes, en organisant la mixité et la citoyenneté d’aujourd’hui avec des bouts de ficelles et dans le dédain général des élites élues, cooptées, co désignées.

Alors qu’est ce qu’il faut faire pour renverser la vapeur ? Infiltrer les salons parisiens dans l’espoir de débusquer un jeune socialiste à la mode ? Bousculer un ministre inutile à la sortie d’un cocktail pour qu’il revoie la dotation des paquebots culturels ?

Peut-être une grève des assos ? Pour que les bobos se rendent compte du désert qui s’étendrait sans la fourmilière associative. La grande purge culturelle n’est sans doute pas la solution, mais une réflexion sur le rééquilibrage des moyens est indispensable.

Oui, pour Berlioz, mais pas sans rien en face. Et pas sans des contrats clairs, pas de facs sans étudiants dans la ville, sans soutien scolaire, sans écoute pour les vieux, sans remettre de l’intergénérationnel et de la solidarité au centre des projets de société et de tous ces outils dits « structurants » (Centres nationaux, Scènes nationales, etc.).

Dotés de pouvoirs économiques énormes, vous ne pouvez - ni ne devez, continuer à faire du ski nautique sur notre cul, vous devez nous associer. Les rues sont en feux, et l’abri antiatomique avec clim que vous habitez ne tiendra plus longtemps si NOUS, les pompiers (associations, animateurs, éducateurs, petites structures de villages, de quartiers, qui valorisent les gens, les jeunes, les vieux, les amochés de la vie, etc.), STOPPONS TOUT.

Il pour y’en avoir quelques-uns qui évoquent la solidarité envers la culture, du genre, « ne tirez pas sur le DJ ». Mais cet argument ne peut être invoqué, car on peut malheureusement compter sur les doigts de la main de Django le nombre de cultureux qui ouvrent les portes de leurs cathédrales pour le bien commun.

Cultureux français, si vous êtes encore vivants, venez nous aider. VITE.

 

Garage : Ouvrier du Spectacle chez MON VIER / Militant Associatif.

Yanpierre : Cuisinier puis prof de cuisine puis Directeur d’un village de vacances solidaires / Militant pour les mixités

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