Episode V: Impressions personnelles sur le déroulement du procès

Quels enseignements tirer de ce procès ?

Tout d’abord celle d’un procès ou ce n’était pas à l’accusation de faire la preuve de la culpabilité du prévenu … Non, tout au long du procès, ce fut au prévenu de faire la preuve de son innocence…

Ensuite celle d’un procès à armes très inégales : incarcéré à Fresnes pendant près de deux ans et demi, le prévenu n’aura eu en tout et pour tout que 5h50 pour consulter sur un ordinateur de l’administration pénitentiaire le DVD d’un dossier d’accusation qui fait près de 35000 pages. Je ne suis pas un partisan de la théorie du complot, mais il est clair que dans ce cas (et, je l’imagine, dans beaucoup de cas similaires) tout a été fait, à commencer par la détention provisoire, pour empêcher le prévenu d’accéder en temps raisonnable à son dossier et préparer sa défense. Quand le procureur s’exclame : "vous prétendez que l’instruction fut à charge, mais vous auriez très bien pu demander d’investiguer des pistes à décharge", il se moque complètement du monde. Ce serait au prévenu, isolé du monde dans sa cellule à Fresnes, d’indiquer au juge d’instruction comment faire correctement son métier ? De qui se moque-t-on, comment peut-on atteindre de tels sommets dans la mauvaise foi ?

Avons-nous assisté à un procès contradictoire, à un débat ? La réponse est NON, clairement. Pendant toute la durée du procès que voyons-nous ? Une présidente qui lit d’une voix monocorde, durant 20 à 30 minutes, des éléments à charge du dossier (je n’ai personnellement, mais je suis sans doute biaisé, rien entendu à décharge) puis demande au prévenu de s’expliquer sur le sens de emails qui pour certains, datent de six ans et plus.  Des éléments qui très souvent n’ont rien de scientifiquement prouvés, sont, mais on ne nous le dit pas, de simples notes de la DCRI ou des hypothèses des enquêteurs, des pièces qui très souvent sont douteuses et ne devraient pas figurer au dossier. Un tri sélectifs des écrits trouvés dans la bibliothèque du prévenu, utilisés pour faire la démonstration de ses opinions extrémistes… Une présidente qui s’emmêle les pinceaux avec l’informatique, confonds messages et traces de surfs, fichiers compressés et cryptés, etc… Aucun témoignage de l'entourage du prévenu. Il aura fallu remonter très loin dans le passé pour trouver deux  témoins n’ayant jamais rencontré directement M.Hicheur et qu’il aura fallu mettre en condition par une bonne garde à vue pour leur faire cracher que M.Hicheur aurait eu des idées et une personnalité détestable. Dans l’affaire de l’infirmière Céline P., l’accusation n’a même pas peur de se couvrir de ridicule : plus c’est gros, mieux cela passera, semble-t-elle se dire…

Eh bien non, qu’on le veuille ou non ce procès aura été, du début à la fin, une mascarade, un simulacre de procès. Il fallait faire entrer Adlène Hicheur, personnage inclassifiable, dans une boite : par des méthodes plus que contestables, l’accusation, à force de contorsions , de mensonges, de montages abracadabrants, de raccourcis et de montages chronologiquement surprenants, aura réussi ( ?) à nous dresser d’Adlène  le portrait type dans lequel elle voulait le faire rentrer : un « individu auto radicalisé », un « Salafiste »  convaincu, un homme belliqueux convaincu par le « Djihad », un homme qui nous prouve que l’éducation ne nous met pas à l’abri du fanatisme… Soyons francs, Adlène, par des réponses peu convaincantes sur ses motivations et sur le contenu embarrassant de certains de ses messages ou de ses textes, aura peiné à se justifier, mais pouvait-il en être autrement ?

La défense aura certes eu l’occasion de s’exprimer et de démonter nombre de montages malhonnêtes de l’accusation,  certains gros comme une maison. Aura-t-elle été entendue ? Nous le saurons le 4 mai.

 Précédents épisodes:

Le procès, 1: Compte rendu de la journée du jeudi 29 mars.

Le procès, 2: Jeudi 30 mars, la présidente du tribunal.

Le procès, 3: Jeudi 30 mars, le réquisitoire du procureur.

Le procès, 4: Jeudi 30 mars, plaidoirie de la défense.

Bibliographie

France TV (29 mars)  lci/TF1

Le Monde(28 mars)   Le monde (29 mars)  Le monde (30 mars)

Mediapart (29 mars) Mediapart(30 mars)

Liberation, 29 mars  Libération (30 mars)

Les Inrocks (29 mars)  Les Inrocks (30 mars, retiré de la publication par la rédaction)

OWNI

- Les impressions d'un chercheur sur le procès: article de Dominique Boutigny sur son blog
 

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