Les bonnes fées de l'Etat Islamique

   ce "commentaire approfondi" est né dans ce fil, en réponse à une analyse de Cédric Mas sur les forces de l'Etat islamique, se terminant par:

 

               une victoire sur le long terme de l'Occident (contre l'Etat Islamique) n'est pas assurée.



                                          bonjour Cédric, 

   vous avez des éléments "techniques" intéressants... mais, si je peux me permettre, ça vous fait perdre un peu de vue l'essentiel.

    Et l'essentiel, c'est: bien sûr que l'occident, bien sûr que l'Empire US reste maître du jeu, sans la moindre difficulté.

L'essentiel, Khaled Youssef l'a très bien dit dans un de ses commentaires, que vous retrouverez dans mon blog si ça vous intéresse.

Je reprends ici:

   D'un point de vue technique, l'occident a le contrôle de la situation parce que l'occident a le contrôle des armes. A ce que je sache, l'EI ne dispose pas d'usines d'armements, et ils sont très, très loin de disposer de la technologie correspondante, ils n'ont pas le tissu industriel, moderne et dense, nécessaire. L'armement moderne est le privilège de l'occident, de la Russie et d'Israël. Le jour où ces trois-là s'entendent pour assécher les livraisons d'armes à l'EI, ce sera terminé, la "bulle" EI explosera en vol, le soufflé EI se dégonflera aussi vite qu'il s'est gonflé.

    Plus fondamentalement: d'un point de vue politique, les US ont TOUTES les cartes en main.

    En effet: le bébé EI n'est pas né de rien, tout seul dans le désert. Il a eu des "bonnes fées" qui se sont penchées sur son berceau, qui l'ont aidé à grandir. Ces "bonnes fées" s'appellent: 1) L'Arabie saoudite   2) Le Qatar; 3) Les USA ;  4) la Turquie et indirectement 5) Israël.

     Depuis l'époque du berceau, le bébé a bien grandi, il a gagné en autonomie; mais ce serait une grosse erreur de croire que le bébé est devenu entièrement autonome, je ne crois pas une seule seconde qu'il est en mesure de se passer du soutien, constant et renouvelé, desdites "bonnes fées".

     En effet, les ressources  de l'Etats Islamique:  pétrole vendu en contrebande, un butin de guerre conséquent mais qui ne sera pas renouvelé, rançons (!!! un Etat peut-il, sérieusement, vivre à partir de ça ?? !!!) sont éminemment fragiles, et en aucun cas durables.

    Et donc, comme l'a très bien dit Khaled:

     - le jour où les US fronceront les sourcils en direction de la Turquie, ça sera fini pour la ressource "ressources pétrolières de contrebande";

      - le jour où les US fronceront les sourcils en direction de l'Arabie saoudite et du Qatar, et mettront leurs limiers informatiques sur les traces des virements de fonds qui continuent sans doute encore aujourd'hui, ça sera fini avec le soutien financier principal de l'EI, les pétrodollars du golfe. Le lendemain, la "légion étrangère takfirie", recrutée dans le monde entier à coup de pétrodollars ne touchera plus sa solde, et leur ferveur religieuse, leur motivation à créer un "Califat mondial" retombera immédiatement.

  Donc

une victoire sur le long terme de l'Occident n'est pas assurée, non, bien sûr que non! Là, mon cher Cédric, vous jouez à vous faire peur... mais ce n'est pas sérieux! 

   L'Etat Islamique a à peu près autant de chances de se maintenir sur la durée que l'armée irakienne avait de chances de l'emporter contre l'armée américaine lors de la guerre du golfe... c'est à dire aucune.

 

 

Seulement; voilà: le dégonflement de la bulle EI ne se fera pas en un jour... tout simplement parce qu'Obama est prudent, et parce qu'il a des alliés historiques bien encombrants, dont il est en train de s'éloigner, mais il ne peut le faire que progressivement.

   

    Le premier allié encombrant est l'Arabie saoudite, qui est la mère de l'EI, qui en partage l'idéologie et les méthodes barbares (il y a encore des décapitations "au quotidien" en Arabie saoudite...). Obama est en train de prendre ses distances avec eux, mais vu leur puissance financière considérable, il ne peut pas rompre d'un seul coup cette alliance. Mais elle se distend... ce dont tente de profiter le caniche français, qui lui n'a aucun scrupule moral (contrairement à Obama) pour aller vendre ses armes dans le golfe. Donc les choses se feront mais il faudra du temps pour aller jusqu'au bout de la démarche, ce qui laisse encore un bon répit à l'EI: "15 ans!" (!!!), a annoncé Obama, lui-même!

 

     Le deuxième allié encombrant est évidemment Israël, qui n'intervient sans doute pas directement dans l'affaire "EI" mais qui est ravi de son existence, puisque:

                   - médiatiquement, l'EI est un magnifique épouvantail anti-musulman, permettant de convaincre les opinions occidentales que tous les musulmans sont des arriérés sanguinaires; or, les palestiniens sont des musulmans, il est donc normal et souhaitable, du coup, que l'occident soutienne Israël contre ces brutes (en réalite les palestiniens et l'EI, ce n'est pas la même chose; mais il sera facile de faire l'amalgame). Israël, comme l'EI, a un besoin vital de "bonnes fées" pour survivre, et les bonnes fées dont dépend Israël s'appellent, tout le monde le sait, "USA", et dans une moindre mesure, "Europe".

                   -l'EI a encore un magnifique avantage pour Israël: vu qu'elle est pilotée par l'Arabie sunnite, jalouse de l'influence grandissante de l'Iran chiite dans la région, elle combat l'Irak et l'Iran chiites (très bien, quelques musulmans en moins, c'est toujours bon à prendre) mais surtout elle combat  la Syrie d'Assad, allié de l'Iran.

 

            Or, la Syrie est -avec l'Iran- la dernière grande nation musulmane a oser refuser l'emprise israélienne dans la région (la Jordanie n'a jamais eu les moyens de lutter contre Israël; l'Egypte nassérienne, c'est fini, elle a été rachetée/neutralisée par les US; on a affaibli l'Iran en lançant l'Irak contre eux et en les mettant au ban des nations, puis on a piégé et détruit l'Irak avec l'affaire du Koweït et la guerre du golfe... il ne reste plus que la Syrie à abattre), et ça fait 50 ans qu'Israël attend patiemment de pouvoir "lui régler son compte". Le "printemps arabe" a fourni cette occasion. Comme les stratèges israéliens ne sont pas idiots, ils utilisent la même stratégie qu'avec l'Iran: après avoir manipulé l'Irak d'Hussein, l'avoir armé un maximum (et un minimum l'Iran, histoire que ça saigne un maximum des deux côtés), on recommence la même histoire en manipulant, cette fois, les monarchies du golfe, en les laissant financer une création monstrueuse, un "état islamique"... qui contribuera à détruire la Syrie, puis qui subira ensuite le même sort qu'Hussein: une fois que la marionnette aura rempli son rôle, on la cassera, on arrêtera de l'alimenter, et, évidemment, elle s'effondrera.

 

        Obama est plutôt un mec bien; il sait tout cela, et n'a aucune sympathie réelle pour les nazis israéliens, ni pour les arriérés moyenâgeux du golfe. Mais comme ces derniers ont un pouvoir financier certain, et comme Israël a une influence politique considérable aux US, il ne peut pas "se mettre en travers" brutalement. Il garde donc le contrôle de la situation, protège les kurdes, dit certainement en privé aux saoudiens que "point trop n'en faut"; mais plus et plus vite, il ne peut pas.

 

    La poupée EI, parrainée par le Golfe et Israël, dirigée contre la Syrie et contre l'Iran, a donc encore de beaux jours devant elle... mais ça ne sera pas éternel.

 

   En attendant, évidemment: ce sont les populations civiles qui passent sous le contrôle du monstre qui trinquent. Mais ce ne sont ni des citoyens américains, ni des membres du "peuple élu", dont la vie est tellement plus précieuse que celle des autres: ce ne sont que des arabes (et des kurdes, des yézidis, des chrétiens irakiens ou assyriens...)... ce n'est donc pas trop grave...smiley.jpgsmiley.jpgsmiley.jpg

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