Je suis resté volontairement évasif en posant le concept de « vrais enseignants » d'une part parce que beaucoup auront parfaitement compris ce que je voulais dire d'autre part parce qu'il n'est pas facile de préciser ce concept sans prendre le risque de la généralisation voir de la caricature qui ne ferait qu'amener dans les réactions un flot de billets rageurs de gens offusquées qui ne ferait pas avancer le débat. Je pourrais me contenter de donner cette définition : un « vrai enseignant » c’est une personne dont le travail consiste à se trouver devant des élèves, des étudiants, dans une classe, une salle de cours pour y transmettre des savoirs, des savoirs faire et des savoirs êtres. Mais bien sûr personne ne serait dupe du fait qu’en employant cette expression je visais à poser d’autres questions, je vais donc m'essayer à ce difficile exercice en usant de toutes les précautions oratoires possibles pour éviter les écueils
Il y a deux ministères où la cohabitation entre deux catégories de personnel peut conduire à l'antagonisme c'est la santé et l'éducation à la différence qu'à l'éducation ce sont certains acteurs du pédagogique « les vrais enseignants » qui accèdent à un certain moment aux fonctions administratives, d'encadrement, de direction, de contrôle, d'inspection. ( je ne parle pas ici des personnels administratifs d'origine à l'administration centrale comme dans les établissements même s'il y aurait beaucoup à dire sur la nocivité parfois que peuvent générer des jalousies profondes entre personnels de statut, de rémunération et de conditions de travail très différentes, il y a cela dans toutes les entreprises et ce n'est donc pas mon propos ici. ) Donc pour revenir à mon propos je pense qu'un des malaises profond qui gangrène le monde de l'éducation c'est l'état d'esprit de certains de ces « transfuges » du corps enseignant aux autres corps et aussi l'usage qui en est fait ensuite par le pouvoir politique au sens large du terme. Qu'on m'entende bien je ne suis pas en train de dire ici que toutes ces personnes sont des " défroqués" j'ai croisé des chefs d'établissement qui avaient choisi cette voie avec de saines motivations, j'ai eu la chance sur les dix années passées en collège d' "accueillir " à deux reprises au fond de ma classe des IPR ( inspecteurs pédagogiques régionaux) que j'ai plus ressenti, même si je n'ai jamais apprécié la situation , plus comme des conseillers pédagogiques que comme des petits juges venus pour faire en sorte que ma carrière se déroule le plus lentement possible (économies budgétaires obligent ) que pour aider à l'amélioration de mes pratiques professionnelles. Mais je sais aussi par expérience personnelle et aussi parce que j'appartiens à une famille d'enseignants (et oui il y a des Tares dans toutes les familles :-) que tout n'est pas toujours aussi idyllique que cela, qu' il y a, à ces fonctions là, un certain nombre de personnes qui y sont venues avec des motivations pas toujours très saines, plus préoccupés de pouvoir et de leur carrière que de créer les conditions optimales pour répondre aux difficultés grandissantes d'un monde de l'éducation en crise dans une société en crise.
Alors pour ne pas en rester au stade des constats, quelles réformes (au pluriel) puisqu'on parle beaucoup de Réforme (au singulier) ? j'ai souvent dénoncé tout au long de ma carrière cette personnalisation du pouvoir à tous les niveaux de l'institution, j'ai à plusieurs reprises préconisé la collégialité et je me suis toujours heurté au mur des ambitions personnelles et des égos surdimensionnés ( dans l'idéal ça s'appelle l'autogestion, mais avons-nous encore le droit de rêver d'idéal ?) Pourquoi un chef d’établissement ne pourrait-il pas être un collège d’enseignants élus pour une durée déterminée et sans possibilité de reconduction de mandat ayant surtout des comptes à rendre plus à l’équipe éducative qu’à une instance supérieure type rectorat ou inspection académique dont on sait à quel point elles sont inféodées au pouvoir politique. L’aspect transitoire de ces fonctions et l’obligation à l’issu du mandat de repartir sur le terrain aurait le grand avantage de ne pas couper ces personnes de la dure réalité du métier. Je continue à croire que c'est la seule voie possible si on veut cesser de décourager ceux qui font ce difficile métier, c'est la seule façon de casser l'individualisme qui caractérise quand même fortement ce milieu, individualisme que n'a fait que renforcer les tentatives délibérées d'imposer dans l'éducation un mode de management calqué sur le plus "crade" modèle de l'entreprise privée (merci la droite encore que je ne suis pas sûr que ce modèle déplaise à une certaine gauche social-libéral qui me semble avoir le vent en poupe actuellement dans les hautes sphères du pouvoir.)
Alors si je pouvais espérer qu'écrire ici puisse avoir une chance d'atteindre les oreilles de M.Peillon je lui redirais ce que je disais déjà dans mon billet précédent qu'il essaye de réduire au maximum tous les filtres qui sont mis entre lui et le terrain (y compris syndicaux ) pour entendre ce qu'ont à dire ceux qui font au quotidien l'éducation nationale, ceux que j'ai appelé, n'en déplaise à certains" les vrais enseignants"
On pourrait peut-être se cotiser pour l'abonner à Médiapart et l'inviter à parcourir régulièrement les blogs et les forums qui le concernent.:-)