L'impossible émergence du pouvoir citoyen

On ne parle que de cela, « la société civile », qui investirait le champ du politique, chassant les politiciens professionnels. Mais qu'en est-il vraiment ? Mouvements citoyens, appels citoyens, le nouveau fond de commerce des politiciens professionnels, pour essayer de nous faire croire que les citoyens libres, indépendants, non encartés dans un parti politique, prennent enfin le pouvoir.

On ne parle que de cela, « la société civile », qui investirait le champ du politique, chassant les politiciens professionnels. Mais qu'en est-il vraiment ? Mouvements citoyens, appels citoyens, le nouveau fond de commerce des politiciens professionnels, pour essayer de nous faire croire que les citoyens libres, indépendants, non encartés dans un parti politique, prennent enfin le pouvoir. Poudre aux yeux, enfumage total.

« Nouvelle Donne », « En Marche », « La France Insoumise »... Au-delà des différences, un même processus : mobiliser des masses de citoyens en leur faisant croire qu'ils ont un véritable pouvoir de décision, alors qu'en réalité un leader entouré d'une petite équipe de fidèles tient effectivement les rênes. Pierre Larouturou, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, même combat : construire ou parfaire leur carrière politique et assurer la carrière politique de leur garde rapprochée ?

Nouvelle Donne

Une charte alléchante, pleine de beaux principes et promettant de « faire de la politique autrement » bien loin de ce que fut la réalité de ce parti.
Une lutte acharnée de pouvoir de petits politiciens en herbe aux dents longues et aux ambitions illimitées.
La présence insistante du leader fondateur, grand nomade de la vie politique : PS, EELV...
Une tentative très courte de reprise en mains du mouvement par les militants de terrain afin de l'assainir sur tous les plans, et tout particulièrement financier.
Le retour en force du leader fondateur, avec la caution morale et éthique de l'épouse de ce grand Monsieur qu'était Stéphane Hessel.

La « secte »  En marche  ou maintenant « La République en Marche »

Je ne m'attarderai pas plus qu'il ne faut sur ce mouvement. Seulement quelques faits particulièrement édifiants :
la teneur des meetings d'Emmanuel Macron, plus un lieu d'hystérie collective et d'adoration du « gourou » qu'un lieu de discours et d'analyse politique
l'ignorance totale des participants à ces meetings quand on leur demandait de citer un point du programme de leur leader (cf nombreuses vidéos qui en attestent)
cette même incurie que l'on retrouve lorsque les candidats et maintenant pour beaucoup malheureusement élus LREM se risquaient à un débat sur les plateaux de télévision (nombreuses vidéos qui en attestent). L'intervention du « matheux » dans l'interview de Léa Salamé sur France Inter en fut une parfaite illustration. Ce dernier bottait systématiquement en touche quand Léa Salamé lui demandait son avis sur les grandes réformes en cours d'élaboration. Il « n'avait pas encore travaillé le dossier ». Ce monsieur ne connaissait pas le projet de réforme du Code du Travail qui est actuellement sur les rails. Un comble ! Jean-Luc Mélenchon n'avait donc pas tort lorsque en discutant avec les élus de la France Insoumise devant les caméras, il mettait en cause la véritable compétence de ce nouvel élu LREM.
Mais pas de problème, c'est le but du jeu : en haut les vrais pros de la politique tiennent les rênes. Aux godillots de suivre et qu'on cesse de nous faire croire que c'est la société civile et des citoyens indépendants qui sont entrés à l'Assemblée Nationale

La France Insoumise

Des Chantiers de l'Espoir à la France Insoumise, en passant par les « appels citoyens » lors des régionales, un parcours sans faute de militants Parti de Gauche particulièrement efficaces.

Les « Chantiers de l'Espoir »

Rétif à l'adhésion à un parti politique quel qu'il soit et convaincu qu'il fallait trouver d'autres formes d'organisation de l'action politique, je me sentis interpellé par l'invitation à participer à des réunions dans le cadre des « Chantiers de l'Espoir » (2015). Cette opération, pilotée au niveau parisien par des figures emblématiques, toujours les mêmes, sur tous les fronts : Caroline de Haas, ex-militante du parti socialiste, activiste efficace contre la loi El Khomry (battue aux législatives), Clémentine Autain, du mouvement « Ensemble », élue aux législatives, etc...J'assistais donc en tant que citoyen indépendant encarté dans aucun parti politique à cette réunion.

Au niveau régional, (Hauts de France), les « meneurs de jeu » : des militants du Parti de Gauche, figures montantes de la politique : Adrien Quatennens, Ugo Bernalicis…(tous deux maintenant élus France Insoumise aux législatives 2017).
La technique se met en place : création de petits groupes de discussion, synthèse par les rapporteurs et mise en commun, promesse d'un après qui étonnamment ne vint jamais.

La vaste escroquerie des « Appels citoyens ».

A la manœuvre mais sans jamais ouvertement l'afficher, le même Parti de Gauche.

Exemple pour le Nord-Pas de Calais : nom du contact en bas de l'appel : Laurent Matejko, 360 signataires, et surtout un silence pesant du contact Laurent Matejko quand je l'ai interpellé à plusieurs reprises pour savoir quand les « citoyens  indépendants non encartés» allaient effectivement participer à l'élaboration du processus politique en vue des élections régionales.

Invitation à des réunions à l'initiative du Parti de Gauche et/ou EELV, on rode la méthodologie initiée lors des « Chantiers de l'Espoir », on laisse croire que les citoyens indépendants non encartés présents participent effectivement aux processus de décisions – enfumage - les vraies décisions sont prises dans une autre salle ou à un autre moment entre « vrais politiciens », PG, EELV, Nouvelle Donne. On se souvient du splendide fiasco que ce fut.

Cette expérience dans le Nord Pas de Calais a dû se reproduire à l'identique dans beaucoup d'autres régions, et j'invite mes lecteurs à profiter des commentaires pour nous en faire le récit.

Le soir du deuxième tour de l'élection législative, je regardais les débats sur F3 Hauts de France et qui était présent sur le plateau ? Bien sûr, et c'était légitime, les deux élus France Insoumise Adrien Quatennens, Ugo Bernalicis mais aussi, Monsieur Laurent Matejko, je suppose au titre du Parti de Gauche. Intéressant... Entendons-nous bien : je me réjouis de l'élection d'Adrien Quatennens et Ugo Bernalicis dont je ne doute pas un seul instant de l'ancrage bien à gauche, de la sincérité de leurs convictions politiques et du combat qu'ils mèneront à l'Assemblée Nationale, en notre nom contre les projets néfastes du pouvoir actuel, mais il me semble bon quand même de rappeler cette succession d'événements qui montrent que nous sommes loin, très loin de la prise du pouvoir par les citoyens indépendants, non encartés dans des partis politiques existants.
J'invite mes lecteurs à compléter ce tableau de façon à ce que nous sachions ce que représentent vraiment les citoyens indépendants non encartés dans un parti politique chez nos élus.

Jean-Luc mélenchon PG
Adrien Quatennens PG
Ugo Bernalicis PG
Alexis Corbière PG
Éric Coquerel PG
Clémentine Autain Ensemble
Caroline Fiat ???
Bénédicte Taurine ???
Michel Larive ???
Loïc Prud’homme ???
Muriel Ressiguier ???
Jean-Hugues Ratenon ???
Huguette Bello ???
Danièle Obono ???
Bastien Lachaud ???
Mathilde Panot ???
François Ruffin Citoyen indépendant non encarté.

Un tableau similaire pourrait être fait avec l'ensemble des candidats France Insoumise afin de mesurer la place effective des citoyens indépendants non encartés dans cette élection.

Pourquoi ce bilan : tout au long de cette campagne présidentielle et législative dans lesquelles je me suis engagé en tant que citoyen indépendant non encarté dans aucun parti politique j'ai toujours eu un sentiment de malaise qui perdure, j'ai parfois eu l'impression d'être manipulé et de servir de piétaille aux pros de la politique du Parti de Gauche, je me demandais si je militais pour la France Insoumise ou si j'étais tout simplement un bon fantassin pour les « généraux » du Parti de Gauche tout en haut. Jean-Luc Mélenchon revendique 500 000 membres à la France Insoumise. Oui ça ne coûte pas cher de cliquer sur Internet, militer vraiment et suer le burnou, c'est une autre affaire. Et que restera-t-il demain de ces 500 000 personnes en tant que force militante dans les combats qu'il faudra mener car, ne nous illusionnons pas, ce ne sont pas nos 17 courageux élus à l'Assemblée Nationale qui suffiront à la tâche.

Une mise à plat de ce qu'est et va devenir la France Insoumise s'impose et là il y a beaucoup de zones d'ombre. Ou il y a véritable clarification et je continuerai le combat si cette clarification est faite, ou je retournerai comme le conseille Voltaire cultiver mon jardin.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.