La France clarifie enfin sa position en Côte-d’Ivoire !

Depuis que M. Alassane Dramane Ouattara a décidé de violer la constitution Ivoirienne qui, en ses articles 55 et 183, lui interdit de se présenter une troisième fois aux suffrages des Ivoiriens pour le poste de Président de la République, la France s’est d’abord murée dans un silence aussi tonitruant que troublant. Elle avait brutalement imposé cet homme au pouvoir en 2011 en invoquant la démocratie et ne trouve aujourd’hui rien à redire à ce parjure déclencheur des violences dans tout le pays. Elle a choisi de raser les murs en recevant M. Ouattara à l’Elysée. Les attitudes ont paru montrer qu’elle ne soutenait pas ce projet funeste de celui qu’elle présentait comme son champion de la bonne gouvernance. Il avait pourtant clairement parrainé la rébellion qui a fait plus de 16000 morts en Côte d’Ivoire en 2011. Elle a ensuite dépêché son Ministre de l’Europe et des affaires étrangères à Abidjan pour, pouvait-on rêver, raisonner celui qui, à Abidjan était entrain de perdre toute sa raison face au magnétisme du pouvoir d’état. Il n’en sera rien. A la lumière de sa position officielle d'aujourd’hui, nous pouvons raisonnablement penser que la France a joué le rôle de conseil pour que M. Ouattara organise un simulacre d’élection et devienne le personnage central des inévitables pourparlers qui suivraient le refus des Ivoiriens de se voir pris en otage.

Ce plan fonctionne tant et si bien que M. Jean-Yves Le DRIAN ministre Français de l’Europe et des affaires étrangères a osé cette semaine deux interventions consécutives pour revendiquer et endosser le comportement de M.  Alassane Dramane Ouattara. Il sait pourtant que cela a déjà coûté au moins une centaine de morts cruellement arrachés à la vie par les miliciens expressément organisés et armés par le régime d’Abidjan pour conserver le pouvoir coûte que coûte.

A l’assemblée nationale, au cœur du temple de la démocratie française d’abord. En réponse à une question du député Bruno Fuchs du Haut Rhin sur la situation sociopolitique en Côte-d’Ivoire, M. Jean-Yves Le Drian explique, devant une assemblée nationale et des téléspectateurs médusés, que M. Alassane Ouattara venait d’être déclaré élu par le conseil constitutionnel et qu’il avait l’intention d’engager des actions vers l’opposition pour ramener le calme. Il assure même le député qu’il engageait M. Ouattara à le faire rapidement.

Le même M. Jean-Yves Le Drian se retrouve devant Jean-Jacques Bourdin dans son émission Bourdin-direct sur BFMTV/RMC le 13 novembre 2020.  A l’évocation du viol de la constitution par M. Alassane Ouattara, le responsable de la diplomatie française, visiblement agacé aux entournures cherche d’abord ses mots avant de se risquer à une réponse qu’il aurait mieux fallu qu’il ne formulât point.

Il explique que M. Alassane Dramane Ouattara a perdu son candidat à l’approche des élections. Pour son pays, il décide alors de se présenter. Il osera ajouter : « dont acte  ».  Au journaliste qui insiste sur la constitution qui ne le lui permet pas, le ministre en difficulté répond qu’il y a eu une nouvelle constitution et qu’il peut y avoir diverses interprétations. Voilà pour cette attitude d’un enfant pris la main dans le pot de confiture et qui se défend comme il peut. Ici en revanche, il s’agit bien d’un comportement qui embrase la Côte d’Ivoire. Des hommes et des femmes sont brûlés vifs ; des jeunes décapités, d’autres jetés dans des prisons peines à craquer et insalubres pour avoir voulu rappeler que la constitution est l’arbitre suprême dont le simple respect suffit à éviter ces assassinats prémédités et organisés froidement.  Ce qui est révoltant dans ses réponses d’une légèreté puérile et infantilisante, c’est qu’elles viennent de la voix de la France à l’extérieur de ce pays dit « pays des droits des droits de l’Homme ». Oui, c’est le ministre de l’Europe et des affaires étrangères de la grande France qui justifie l’injustifiable. Il le dit d’ailleurs après avoir commenté quelques secondes auparavant dans la même émission, les chiffres de participation des élections américaines. Il s’est cru fondé à dire que le Président américain sortant peut demander de recompter les voix mais que les chiffres sont là : 70% de taux de participation assène-t-il. Il conclut qu’il s’agit d’une grande démocratie. Mais il ne vient pas à l’esprit de ce grand homme politique agrégé d’histoire de se souvenir que les organes de presse français le Figaro, RFI et Libération, pour ne mentionner que ceux-ci, insistent cruellement sur le fait que les 54% de taux de participation annoncés par le régime d’Abidjan seraient en réalité en deçà de 10%.  Celui que M. Jean-Yves Le Drian appelle « Le président Ouattara » n’est en fait qu’un affabulateur même s’il a exécuté la feuille de route qu’il semblait lui avoir prescrite secrètement. C’est le lieu d’interroger ce qu’il faut bien appeler le mépris du ministre français de l’Europe et des affaires étrangères qui invite invariablement à respecter l’ordre constitutionnel en Côte d’Ivoire. Mais de quelle constitution parlez-vous M. Le Drian ? Celle que M. Alassane Ouattara a refusé de respecter, ou bien celle qui en ses articles 55 et 183 le disqualifiait ? Dans quel cadre institutionnel voulez-vous que se fasse le dialogue inclusif auquel vous poussez quand vous conseillez à vos ambassadeurs de demander à l’opposition de renoncer à la très logique transition qui correspond à la situation de la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui ? Quelle légitimité a encore M. Ouattara contesté sur toute l’étendue du territoire malgré la terreur des assassinats à l’arme blanche ? Comment peut-on encore raisonnablement faire d’un homme totalement disqualifié par les institutions et sans aucune légitimité désormais l’homme-orchestre d’un dialogue qui engage l’avenir de 25 millions d’hommes et de femmes ?  Rappelons que cet homme n’a jamais voulu ni pu organiser l’indispensable réconciliation qui aurait pu installer un climat de confiance. Pourquoi M. Ouattara réussirait-il aujourd’hui ce qu’il n’a pas fait en dix ans de règne absolu ?  Comment la jeunesse ivoirienne, par-delà les combinaisons des politiques, pourra-t-elle accepter que celui dont le régime a encadré des tueurs qui coupent des têtes des leurs et qui en font des ballons de football continue, en toute impunité, à présider à leur destin dans un système présidentiel dont on connait les excès ?

Pourquoi M. Jean-Yves Le Drian se croit-il obligé d’entrainer tous les Français dans un entêtement à vouloir imposer M. Ouattara en insultant par la même occasion leur propre histoire récente ? Celle-ci a bien montré que les Français se sont dressés avec raison contre l’ordre nazi. M. Jean-Yves Le Drian, quels intérêts personnels avez-vous pour que vous soyez devenu à ce point l’irréductible défenseur d’un régime qui, en regardant l’utilisation qu’il fait de ses forces armées, milices comprises, n’a rien à envier à Héléna et Nicolas Ceausescu dans les dernières heures de leur pouvoir sanglant en Roumanie ?  

  1. Alassane Ouattara et son régime sont allés bien trop loin pour qu’ils continuent de présider aux destinées de ce pays qui n’a que trop souffert d’eux. Les relations entre la Côte d’Ivoire et la France ont préexistées à M. Alassane Ouattara ; elles lui survivront même si elles ont un grand besoin d’être sérieusement revues et corrigées dans le sens d’un partenariat bénéfique pour tous.

Des intellectuels Ivoiriens demeurant en France.

Raphaël Dagbo ; Jérôme Balou Bi, Jacques Poussi   

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