Ami, entends-tu

Ami, je les ai vus, me surprendre, quitter leur solitude et dire non à la misère!

Ami, entends-tu ?

Ami, entends-tu

Le cri sourd du pays

Qu’on enchaîne[i].

Ami, entends-tu la rumeur

Qui monte des rues

Et crie sa colère

 

Ami, entends-tu la souffrance

De la mère isolée qui ne peut plus

Nourrir et soigner son enfant

 

Ami, connais-tu ces ouvriers

Dont l’usine a fermé

Sous le regard satisfait des actionnaires

 

Ami, as-tu vu cette foule

Qui attend le resto du cœur

Ces mains tendues sur le trottoir

 

Ami, as-tu vu ce carton

Qui sert de couche

Au coin de la rue

 

Ami, as-tu entrevu la liste longue

Des dépressions et des burnout

Des suicides et des sans-abris.

 

Ami, as-tu vu se fermer

Les écoles et les hôpitaux

Se multiplier les colonnes de CRS

Et les gardes à vue par milliers

 

Ami, as-tu ressenti la terreur

Quand les matraques frappent

Quand les Flash-balls éborgnent

Quand les grenades arrachent les mains

Et la violence en uniforme tue

 

Ami, tu as entendu

Le mépris du président

Et ses raisonnements oiseux

Et ses mensonges grossiers

 

Ami, as-tu entendu

Gémir la terre sous les pesticides

Et le soleil perdre la raison

 

Ami, ressens-tu

La haine qui monte

Au plus profond de soi

 

Ami, aide-moi

Je t’en prie,

À la mettre à distance

 

Ami, je les ai vus

Me surprendre,

Quitter leur solitude

Et dire non à la misère

 

Fêter sur un rond-point

Construire la cabane du peuple

Et partager la nourriture

 

Ami, je les ai vus lever le poing

Et inventer mille manières

De se rassembler et de résister

 

Ouvrir l’autoroute à la gratuité

Envahir les rues, les places et les ronds-points

Et la cathédrale de verre de BlackRock

 

Empêcher un ministre de voir un match

Faire fuir un président

Protégé par une brigade de CRS

 

Danser le Lac des cygnes sur le parvis

Jouer une œuvre de Bach en pleine rue

Dresser le portrait d’un vieux maçon

 

Prendre la place des grands de ce monde

Autour de la flamme du soldat inconnu

Avec comme seul costume : des gilets jaunes

 

Ami, j’ai reconnu

Une mélodie ancienne

Qui disait la souffrance

 

« Le chant des partisans »

Le chant d’un peuple

Qui veut vivre dignement

 

Ami, j’ai vu se lever

La foule des indignés

Prendre en main son destin

 « Les jours heureux[ii] »

Comme seul programme

 

Amis, c’est nous !

 

 

 

[i] Le Chant des partisans ou Chant de la libération est l’hymne de la Résistance française durant l’occupation.

[ii] Programme du Conseil national de la Résistance, adopté le 15 mars 1944. blogs.mediapart.fr/laurent-mauduit

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