A quoi servent les porte-avions ?

Est-ce que même les militaires américains cherchent-ils à justifier de leur armada de portes-avions ? Un typhon aux Philippines et voilà que l'aide humanitaire américaine se décline en un porte-avions et quatre croiser et destroyers de guerre. Les sinistrés apprécieront certainement d'être survolés par des engins de combat ! Quand en France notre porte-avion à peine sorti de révision fin août à été contraint de retourner se faire réparer suite à une fuite de gaz radioactifs sans gravité sauf de le mettre en panne, on est en droit de se demander à quoi servent réellement les portes-avions ?

 

C'est sans ironie aucune, sans rire apparent, sans qu'aucun commentaire n'en ressorte que l'AFP nous annonçait le 12 novembre 2013 que suite à la catastrophe naturelle qui a frappé les philippines les jours précédents, les Etats-Unis envoyaient comme « aide » le porte-avions nucléaire Georges-Washington qui « transporte 5 000 marins et plus de 80 aéronefs ».

En quoi un bateau déjà plein de 5000 personnes, armé d'avions dont l'essentiel nécessitent des pistes d’atterrissage en bon état - ce qui doit être assez difficile à trouver après le passage d'un typhon - peut-il être d'une réelle utilité ? Il ne s'agit pas d'un bateau hôpital, comme il doit bien en exister, ou d'un navire militaire du type Bâtiment de Projection et de Commandement (BPC) - grand succès commercial de nos chantiers navales. Ces derniers apparaissent bien plus adaptés à des missions humanitaires car offrant une grande modularité, grâce à un équipage réduit laissant la place à toute autre fonction (normalement à l'accueil d'un état-major de commandement). Ils peuvent également servir de porte-hélicoptères, seuls aéronefs réellement adaptés à aider des populations sinistrées en pleine jungle tropicale.

Bref, il est plus que difficile de trouver un usage judicieux à un navire de guerre aussi peu destiné à aider les populations qu'il croise ! Mais les Marine(s) auraient-elles besoin de faire feu de tout bois pour se vêtir d'une image enjolivée, ou l’humanitaire pourrait justifier les efforts humains et financiers consentis ? L'impressionnante armada des porte-avions américains se cherche-t-elle une raison de perdurer dans le format pléthorique qui est le sien ?

Sans vouloir chercher à approfondir les problématiques stratégiques américaines, toutes ces interrogations nous poussent légitimement à considérer le cas français avec encore plus de circonspection.

Pourquoi des porte-avions ?

Qu'en dit notre Marine Nationale ? Sur son site officiel (ici), elle avance pour seul argument que « c'est la Seconde Guerre mondiale qui va démontrer l'importance tactique et stratégique du porte-avions ».

Au 21ème siècle les leçons de cette guerre suffiraient-elles à justifier de l' « indispensable » nécessité de disposer de pareils navires ? Pendant cette guerre les avions n'étaient pas ravitaillables en vol. Ils n'avaient que de très faibles rayons d'action. Aussi, était-il tout à fait légitime que la stratégie imagine que l'aérodrome se déplace avec les avions. Aujourd'hui nos Rafales ont pu aller bombarder en Libye depuis leur base mère de Saint-Dizier (près de Nancy) et revenir, d'un seul envol. De surcroît, la France dispose de bases prépositionnées à peu près partout dans le monde.

Si là encore la Marine fait valoir que ses porte-avions sont des «  aérodrome[s] capable de se déplacer de 1 000 kilomètres par jour » - comme s'il y avait nécessité de déplacer la base tous les jours face à un pays dans lequel on mène le combat qui lui ne bouge pas - ou le mettre en comparaison des 1000 kilomètres par heure que font tous les avions à réaction, l'atout est maigre !

Par ailleurs depuis la Seconde Guerre mondiale, il n'est plus question d'intervenir sur un théâtre sans mandat de l'ONU. Il revient à dire que toute intervention se fait avec le consentement d'une grande majorité de la communauté internationale. Aussi trouvera-t-on toujours un allié suffisamment proche pour prêter une zone aéroportuaire dont l'usage est toujours bien plus simple que de déployer un porte-avions, son aréopage de protection et la gymnastique logistique impressionnante qu'il nécessite. Car on a tendance à l'oublier un peu vite mais ce n'est pas parce qu'il est mu par un réacteur nucléaire qu'il est autonome énergétiquement. Ce qu'il ne sait pas produire c'est le carburant pour ses avions. Et en phase d'interventions intensives, il n'a guère plus de quinze jours d'autonomie ! Or les cargos ravitailleurs sont des cibles faciles susceptibles d'arrêter un peu vite cette mécanique bien fragile d'aéroport flottant.

La preuve en est que lors des premières frappes françaises en Afghanistan, notre unique porte-avion étant indisponible à ce moment, et ne voulant pas laisser la primeur à l'Armée de l'air dans les guéguerres internes que se livrent entre elles nos forces, la Marine a initialement fait opérer ses avions depuis la terre ferme ! Et on aurait largement pu imaginer qu'elle continue ainsi, mais il a bien fallu utiliser le Charles-de-Gaulle.

Pour finir, en Centre-Afrique, la Marine a tout le mal à justifier de l'usage de ses forces aériennes, sauf à invoquer l'usage de moyens qui pourraient tout aussi bien faire parti du giron de l'Armée de l'air (les avions de patrouilles maritimes « Atlantiques » incapables de se poser sur le porte-avions !).

 

Un symbole de puissance, un jouet indispensable pour prétendre à la cour des grands ?

Il reste que le porte-avions est un symbole de puissance au même titre que l'est la domestication de l'arme atomique.

Cette arme de combat flottant reste un outil de dissuasion conventionnel avéré, puisque contribue au pouvoir de menacer quiconque d'intervenir militairement même sans résolution de l'ONU ou d'accords immédiats avec des alliés permettant l'établissement d'une base.

Encore faut-il que cette menace puisse être assurer en permanence dans le temps. Or avec un seul porte-avions, il n'en est pas question, car en sus des pannes potentielles (comme cela est le cas en ce moment), le porte-avions est soumis à un calendrier d'entretien (dit « IPER ») qui le rend indisponible pendant plus d'un an de façon cyclique et assez répétée. Ce qui lui vaut les quolibets bien légitimes que propage largement la presse. Pourtant n'a-t-on pas à rougir de la disponibilité de technique du Charles-de-Gaulle face à nos homologues américains. Ceux-ci n'affichent qu'un taux de 50% là ou le notre est de 70%.

Pour autant, il apparaît clairement qu'une politique cohérente nécessiterait un deuxième navire du même type pour palier au trou capacitaire. A défaut, comme il semble illusoire d'être en mesure de se le payer, la détention de cette arme n’apparaît pas si indispensable qu'on nous le présente.

Et même le président Sarkozy, après avoir prôné le contraire, annonçait lors d'un déplacement à l'université de Bordeaux début 2011 en réponse à un étudiant qui demandait la construction d'un deuxième porte-avions : « Un porte-avions, pour quoi faire ? Je veux bien faire un porte-avions mais pour quoi faire ? »

François Hollande quant à lui, dans le peu d'interventions qu'il a tenues sur la Défense prétend vouloir doter nos armées de toute la panoplie imaginable, de toutes les armes dernière mode – deux forces de dissuasion nucléaires, satellites, capacités de projections, drones, renseignement.... plus, plus, plus, avec moins !

Comme un enfant qui aurait fait sa liste au père Noël en sachant pertinemment que papa et maman n'ont pas les moyens, il joue à vouloir afficher faire aussi bien que ses copains plus riches, préférant un jouet un peu cassé que pas de jouet du tout.

En attendant peut être le George-Washington aide-t-il les Philippins en distribuant des dollars ... contre nourriture pour satisfaire l'appétit des ses 5000 marins...

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