Pseudo-Affaire Piolle : posez cet arbre là, qu’il nous cache la forêt…

 Après un week-end de soutien à Notre Dame des Landes, stupeur hier soir parmi les écolos, notre bon maire de Grenoble, Eric Piolle, serait fondateur-actionnaire d’une société qui ferait de la fuite fiscale vers des paradis fiscaux selon Europe 1 et LeLab d’Europe 1.

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Après un week-end de soutien à Notre Dame des Landes, stupeur hier soir parmi les écolos, notre bon maire de Grenoble, Eric Piolle, serait fondateur-actionnaire d’une société qui ferait de la fuite fiscale vers des paradis fiscaux selon Europe 1 et LeLab d’Europe 1.

Étonnement gêné, non seulement par la clause d’éthique que nous nous imposons, mais également parce que dans les engagements du candidat, à la proposition 64, nous lisons : 

COMBATTRE LES PARADIS FISCAUX
La Ville exclura les établissements bancaires concernés par des activités directes ou indirectes dans les paradis fiscaux de ses contrats de prêts. Comme l’ont initié de nombreuses régions françaises, la Ville demandera un rapport annuel sur leurs activités aux établissements bancaires avec qui elle contracte des prêts.

Contacté par les journalistes, l’édile répond qu’il confirme avoir co-fondé la société (y avoir apporté un capital de… 900€) sur un total de 100.000. Eric Piolle ajoute dans le Dauphiné Libéré : « Si j’en suis actionnaire, c’est parce que ma femme y travaille. Mais qu’est-ce que vous voulez que je vous dise : c’est comme si on m’attaquait parce que j’ai mangé une fois au Mc Do. »

Loin de moi, et de nous tous à EELV, l’idée de donner un blanc-seing à Eric, et il y a fort à parier que des explications internes seront demandées. Mais il est à noter plusieurs points.

Il n’y a pas eu de dissimulation

Dans sa déclaration de patrimoine, rédigée le 23 janvier 2014, et comme il l’avait annoncé lors de la signature de la « Charte 2014 » de l’association Anticor, la propriété de ses actions était connue et publiée sur son site de campagne :

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Il est à noter que ces actions ne sont pas cotées en bourse, donc elle ne rapporte qu’après que la société ne décide d’un reversement de dividendes.

Contrairement à Cahuzac, les yeux dans les yeux, je l’affirme : il n’y a eu aucune dissimulation.

Voilà bien un pseudo-scoop plutôt étonnant ! Pourquoi les personnes qui attirent l’attention sur cela ne l’ont-ils pas fait en son temps ? Négligence ? Volonté de nuire ? Il devient alors instructif de s’intéresser au(x) dénicheur(s) de scoop.

Qui a, soit disant, mené l’enquête ?

Car Europe 1 nous le dit : c’est l’UMP locale qui a mené l’enquête, et qui met en ligne ces informations. Dans un article bourré de fautes d’orthographe, d’erreurs de mise en page et de rédactions, les droitiers nous font un récit qui se veut à la manière de Mediapart.

Mais n’est pas fin limier qui veut : pourquoi l’UMP n’a pas épluché plus tôt la déclaration de patrimoine d’Eric Piolle ? Ne sont-ils jamais allés sur le site du candidat concurrent ?

Et qu’aurait fait tout bon politique un peu malin, tombant sur ce genre d’information ?

Car les politiques ne sont pas des enquêteurs comme le sont les policiers, les journalistes ou les juges. En croisant ce genre d’information, le politique intelligent renseigne ou la justice, si il y a lieu, et là, il n’y a pas lieu, ou la presse : l’enquête n’en sera que mieux faite et le citoyen n’aura pas la suspicion de la source qui désire nuire et non pas rendre justice. Car oui, il y a suspicion…

La volonté de diversion

Le Dauphiné Libéré a fait son job, normal, ce sont des journalistes eux, et nous indique l’indignation de l’UMP locale.

Mais cette indignation face à un cas qui n’indique aucune malversation n’est-elle pas quelque peu déplacée lorsqu’on connait le nombre d’affaires auxquelles ce parti est mêlé. A-t-on eu une indignation quant aux trois liens dans la même région que l’on peut voir sur la carte des Décodeurs du Monde des clients de Bygmalion ? A-t-on eu un fin limier UMP pour trouver les différentiels de 632 353 € des deux seuls meetings de Lyon et Annecy, pour ne citer qu’eux ?

Voilà bien une indignation mal feinte, que nous pourrons appeler « posture ». Mais que voulez-vous, à la vue des résultats autour de Grenoble pour ce parti, ils ont bien besoin d’exister : autant utiliser la polémique lorsqu’on n’a pas de projet.

Le Parti socialiste y va aussi, dans le Dauphiné Libéré, de sa petite indignation. Ainsi, Jérôme Safar déclare qu’«Il y a eu tromperie sur la marchandise». Mais lorsqu’on sait que le PS local est, là bas, très prompt à la haine locale des EELV locaux, pour s’en rendre compte on peut se référer au redécoupage des cantons autour de Grenoble surtout le canton remporté par un écologiste, membre de ces vilains verts qui les agacent.

Postures, indignations surjouées ne tromperont pas le-la citoyen-ne. A l’heure où ces mots sont écrits, tombe une multitude d’alertes sur mon smartphone : encore une jonglerie possible entre Sarkozy et l’UMP, et ce au lendemain des voyages de madame Copé payés par ce même parti, alors pitié, ne tentez pas de cacher vos énormités par une pseudo-affaire à 900 € sans aucune malversation dissimulée.

Pour ce qui est de l’éthique, laissez nous gérer, et si il y a un problème sur ce plan, nous saurons gérer comme nous l’avons déjà fait avec Mme Lamblin, et uniquement, si il y a lieu de le faire.

Article paru initialement sur mon blog

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