Monsieur le président, c’est la ségrégation scolaire qu’il faut abolir !

Pour lutter contre le séparatisme islamiste, le président Macron a annoncé vouloir limiter la pratique de l’instruction en famille aux raisons médicales dès septembre 2021. Le Président semble oublier que ce sont les carences et l’intolérance du système scolaire , et non l’islamisme, qui sont majoritairement à l’origine de la rupture entre les familles françaises et l’école.

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Une question de survie

Monsieur le président, si de plus en plus de parents optent pour l’instruction en famille (50 000 élèves en 2020, contre 30 à 35 000 en 2017), cela n’est pas soit pour des raisons de santé, soit pour des motivations idéologiques. Pour la majorité d'entre eux, c’est une question de survie. Dans sa configuration actuelle, l’école broie, déstabilise, exclut. Les parents qui choisissent l’instruction en famille choisissent de transmettre des valeurs humanistes à leurs enfants, de les valoriser, et de respecter leurs rythmes et motivations. Ce choix éducatif est parfois un pis-aller par rapport à cette école inhumaine que les gouvernements successifs n’ont pas su révolutionner. Vous souhaitez réconcilier les enfants avec les valeurs de la République. Ecoutez les enfants parler d’école le soir : classements, punitions, devoir, honte…Très peu évoquent l’empathie ou se soucient du contrat social. Aujourd’hui, bien plus que les valeurs de la République, ce sont les valeurs de la normalité, de l’individualisme, et de la compétition qui sont véhiculées par notre culture scolaire. Un climat qui détruit nombre de nos enfants.

Non à l’évaluation, oui à l’évolution

Dans les discours, les mandarins de l'éducation vantent l’école inclusive, le jeu, la valorisation de la personnalité de l’enfant. Dans les faits, on condamne les enfants en les évaluant de manière compulsive, en proposant un enseignement d’élevage dénoncé depuis longtemps par les professeurs eux-mêmesL’enseignement prodigué dans nos établissements scolaires, mais aussi les  évaluations imposées, restent discriminants. Quid des aménagements dont devraient bénéficier les élèves dyslexiques ?  De l’explicitation des consignes pour ceux qui subissent le malentendu scolaire ? Que proposez-vous pour rendre les journées plus supportables pour tous ces enfants étiquetés « hyperactifs » ? A quoi servent ces évaluations, si elles ne font que souligner handicaps et inégalités, sans offrir aucun outil, aucune perspective de changement, aux enfants et aux enseignants? A créer des statistiques ? À hiérarchiser les intelligences ?

Finissons-en avec la ségrégation scolaire

L’école est le lieu d’une scandaleuse ségrégation. Elle accentue les inégalités sociales, elle produit des inégalités cognitives. Combien d’enfants dys, TDAH, autistes, hauts-potentiel ou tout simplement « trop différents » décrivent leur parcours scolaire comme un supplice ? Combien d'enfants en situation de handicap n'ont même pas accès à l'école, ou de manière très partielle,  aujourd'hui, en France, en 2020? Combien d'AESH, sous-payés au regard de leur mission cruciale, rêveraient d'intervenir à temps plein après une formation adéquate auprès de nos enfants?

Monsieur le Président, vous expliquez vous engager contre le harcèlement et l’échec scolaire. Mais au lieu de colmater les brèches, c’est l’organisation globale et la culture de l’école qu’il faut transformer. L’école française n’a toujours pas compris qu’elle a tout intérêt à valoriser la diversité des intelligences. C'est cette intolérance qui est la cause de l'échec, et c'est cette cruauté qui incite de nombreux parents à privilégier l'IEF. 

En interdisant l’instruction en famille, nous risquons une augmentation non négligeable de décrochages, de phobies scolaires, mais aussi de suicides. C’est une triste réalité, mais l’instruction en famille permet aussi d’éviter ce genre de scenari. Nous risquons aussi de faire de l'école inclusive un cataclysme pour les enfants, leurs familles et leurs enseignants. 

L’école doit être a priori capable, par ses effectifs, par la formation de ses enseignants, par la culture qu’elle véhicule, d’accompagner tous les profils d’enfants. Au lieu de célébrer la normalité, valorisez l’égalité des intelligences, la curiosité et les talents de tous. C’est ainsi que nous atteindrons l’excellence, et que de nombreux enfants seront heureux d’aller à l’école.  Avant de vouloir abolir le droit constitutionnel d’instruire nos enfants à la maison, hâtez-vous, Monsieur le président, de sensibiliser, former, ouvrir l'école à la neurodiversité et d’abolir cette fabrique de l’échec qui nous tient lieu d'école. 

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