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Doctorante en philosophie, auteure de l'Échec scolaire n'existe pas! (éditions Albin Michel)
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Billet de blog 17 août 2020

La France, ce pays où il faut quêter pour scolariser son enfant sourd

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Shayan a 13 ans. Comme les garçons et les filles de son âge, Shayan rentrera en quatrième en septembre. Comme les garçons et les filles de son âge, il étudie dans son collège de secteur au sein duquel il s’est fait des amis. Mais, petit, on a dit à la mère de Shayan qu’il n’avait « pas sa place à l’école ». Puis, il n’a pas eu droit à la fameuse photo avec le père Noël. Aujourd’hui, il est privé de 9 heures de classes par semaine, comme par exemple la musique, le sport ou l’anglais. Pourquoi? Parce qu’il est sourd, et, en tant que sourd, Shayan n’a toujours pas les mêmes droits que les autres enfants.

Shayan a besoin de traduction en LSF (Langue des signes française) de tous ses cours. Si son entourage s’adapte, comme sa famille, sa soeur, avec laquelle il communique en langue des signes, et ses amis qui ont apprit quelques signes, on ne peut en dire autant de l’institution scolaire, au sein de laquelle il fut compliqué pour Shayan de se frayer un chemin.  

Pour Coralie, sa mère, le combat dure depuis plusieurs années: des années maternelles où on lui refuse une AVS (car Shayan n’est pas encore considéré comme handicapé à 80 %) , ou de participer à des activités de l’école telles que le Carnaval, en passant par le primaire où certains enseignants refusent de s’adapter, pour arriver en sixième et découvrir que malgré les engagements de l’Inspection, aucun accompagnement n’était prévu pour Shayan. Après avoir contacté l’inspecteur qui lui a expliqué que « lui aussi, il avait droit à des vacances », elle a dû batailler,  faire appel au défenseur des droits, négocier avec l’académie, s’entourer de militants pour enfin obtenir une auxiliaire « formidable ». Mais tandis que la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) préconise 21 heures d’accompagnement par semaine, l’inspection n’a accordé que 12 heures, puis 15, après de nombreuses négociations, Coralie ayant été contrainte de brandir la menace de la plainte! En outre, Shayan est « dispensé » de langues et de musique, parce  que ces matières sont présentées comme incompatibles avec son handicap. On lui refuse également un accompagnement afin qu’il puisse suivre les cours de sport. 

Déterminée, Coralie ne baissera pas les bras: « Je suis  passée par  tellement de combat qu’aujourd’hui, je ne peux rien lâcher ». Sa pugnacité, elle la tient de sa colère, de son amour pour son fils bien sûr, mais aussi du soutien de quelques personnes bienveillantes et humaines qui ont croisé la route de Shayan. Aujourd’hui à l’aise et bien entouré au collège, «  il se mélange très bien avec les entendants ». L’adolescent ne demande donc qu’à suivre un cursus normal, avec un accompagnement dans chaque matière « plus il grandit, plus il a besoin d’heures d’accompagnement », explique sa mère. 

Un confinement particulier 

Le confinement s’est plutôt bien passé, « Shayan étant habitué à être un peu exclu de cette société, on peut dire qu’il a bien vécu le fait de rester à la maison avec sa famille. Le problème, ce sont  les masques: la communication est déjà compliquée d’ordinaire, mais là sans voir la bouche, c’est encore pire». Par ailleurs, soutenu par ses interfaces de communication, cette situation  a révélé la motivation et les capacité de Shayan «Mon fils a beaucoup de capacités. Si l’académie mettait vraiment les moyens,  nos enfants n’auraient nul besoin d’être dans des instituts spécialisés ». Assidu, Shayan était un des élèves les plus « présents» de sa classe, il est aussi un de ceux qui a le plus progressé pendant les mois d’école à distance. « Les élèves s’adaptent vite, contrairement aux adultes, qui au bout de tant d’années ne comprennent toujours pas comment intégrer les enfants différents ». 

Un crownfounding pour une scolarité digne de ce nom

Au pied du mur, Coralie  a donc décidé de lancer une campagne de Crownfounding (soutenue par des particuliers et l’association Drôle de girafe) pour financer les heures d’AVS que l’académie n’a « pas les moyens » de financer: 

"Je suis dans l’obligation de faire cette cagnotte pour que mon fils puisse être scolarisé comme n’importe quel enfant, je pense porter plainte contre l’Éducation nationale, mais je sais que ça va prendre énormément de temps et la scolarité de mon fils ne peut pas attendre."

Pas les moyens, vraiment? Tout est question de priorité. Et si, au lieu de payer des gens à « inspecter » ou à « gérer » les enseignants, on les mettait à contribution pour construire un école vraiment inclusive?

Juliette SPERANZA

Pour aider Shayan, cliquez sur ce lien

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