Prostitution : ce que veulent vraiment les prohibitionnistes

Qu'on ne s'y trompe pas. Derrière la députée socialiste Maud Olivier, beaucoup de dissensions quant à la pénalisation du client ou de la cliente du système prostitutionnel. Ne serait-ce parce que les sondages indiquent clairement que c'est une « fausse bonne idée », électoralement pénalisante… Mais il faut donner le change, donc faire donner de la voix le Haut Conseil pour la parité et les relations choisies et fortunées (magistrats, avocats d'affaires) de Gisèle Halimi (mouvement féministe Choisir) : l'objectif est de durcir la PPL, de transformer la sanction en faisant de l'infraction prévue un délit, avec inscription au casier judiciaire, interdictions professionnelles éventuelles. Tout juste comme dans les comtés des États américains les plus prohibitionnistes.

Pénalisation des clients prostitueurs

Ont donc, ce 11 novembre 2013, été publiés les noms, adresses, et professions d'onze client·e·s et prostitué·e·s de l'Iowa. Elles ou ils sont domiciliés à Des Moines, Pleasant Hill, Denver, Story City, Sleepy Eye, Ames, Bloomfield… Le Des Moines Register publie, l'University Herald, d'Iowa State University, fait mieux en publiant un grand portrait de Michael S*** (c'est moi qui abrège son patronyme). Avec la précision suivante : le préfet et doyen des vices-présidents du conseil rectoral de l'université va attendre que les sanctions pénales soient prononcées pour décider de la révocation du professeur ou d'une autre sanction.

Les peines légales encourues sont des amendes (jusqu'à 6 250 USD) assorties de détention : jusqu'à deux ans d'emprisonnement. Et bien sûr une condamnation qui vous suit.

Qu'on ne s'y trompe pas : mêmes moyens, mêmes sanctions. C'est ce que désirent ardamment les prohibitionnistes se définissant abolitionnistes. Et aussi que, bientôt, la presse régionale, celle des groupes Ouest-France, du Crédit mutuel, de Sud-Ouest, &c., ainsi que Le Parisien-Aujourd'hui en France, et la presse nationale si une personnalité est piégée, fassent de même. L'Iowa State Daily, le Des Moines Register, d'autres titres de cet État, sont loin d'être isolés. Selon les comtés et les États – sauf au Nevada – il est procédé de la même manière. En fonction des pratiques locales, la presse publie gracieusement ou les photos des client·e·s des prostitué·e·s donnent lieu à des encarts d'insertions publicitaires. Bientôt sur les sites d'informations et les quotidiens ou périodiques français, les prostitueuses ou prostitueurs du jour, avec photos, localisation, occupations professionnelles…

Le groupe de pression des « abolitionnistes » (prohibitionnistes) s'est d'abord répandu en propagande sur le thème de 90 % de prostitué·e·s étrangèr·e·s exerçant en France sous la contrainte. Évidemment, pas de distinguo entre communautaires et non-communautaires, pas de précision. Comme c'était trop gros, dans un second temps, on en a rebattu : ce n'est plus que 80 %.
Il n'est guère que de rares sociologues, comme Françoise Gil, a pouvoir exprimer que ces statistiques sont à la fois totalement fantaisistes et fallacieuses. Selon les secteurs géographiques, on obtient exactement l'inverse : des indépendantes traditionnelles très fortement majoritaires, des prostitués ne se connaissant ni souteneuse, ni proxénète, des escort·e·s des deux sexes ou d'autres genres exerçant tout à fait librement.

Tous les principes ont été reniés. Le Parti communiste français en revient au dogme de la période Maurice Thorez-Jeannette Vermeersch et L'Humanité emploie des procédés dignes de la Pravda du temps où Brejnev était proclamé Premier Journaliste d'URSS. Cela consiste par ex. à glorifier les 343 « salopes » de Charlie-Hebdo (que le PCF traînait à l'époque dans la boue, tout comme la régulation des naissances) et soigneusement taire que le Planning familial et d'autres organisations ou associations condamnent fermement l'éventualité d'une pénalisation des clients.

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Politiquement, la droite dure guette le faux-pas. Certes, une nouvelle fois (il s'était opposé à Roselyne Bachelot-Narquin sur ce sujet), le député-maire UMP de Beaune (Côte-d'Or) est monté au créneau. Sans craindre de passer pour un « prostitueur » (car, désormais, les proxénètes ne sont que d'honnêtes fournisseurs des clientes prostitueuses et des clients prostitueurs), Alain Suguenot a exprimé tout le mal qu'il pense d'une loi de pénalisation des clients. Seul le Bien Public (sauf mal informé à ce jour) a repris.
Mais à l'approche des échéances électorales, les slogans de la Manif pour tous seront repris et amplifiés : soit du pouvoir d'achat, des emplois, pas de fumeuse loi visant à l'extinction de la prostitution à la tombée du jour (ce qui semble aussi réaliste que l'interdiction des guerres et conflits armés). Avec les variantes connues d'avance : policier, la racaille est derrière toi, pas derrière les respectueuses.

Ce qui est ahurissant, c'est que les parlementaires du PS et du PCF (voire du Parti de gauche) font comme s'ils jouissaient de charges héréditaires inamovibles. Elles et ils se considèrent à jamais majoritaires, et remplacé·e·s par les suppléant·e·s de leur choix : jamais la majorité ne changera, jamais l'application de la loi de pénalisation des clients de la prostitution ne servira à piéger des opposant·e·s politiques, à les faire chanter.
Les prohibitionnistes veulent recréer une police des mœurs, mais croient qu'elle ne sera pas incitée à faire du chiffre, à négocier pour le compte d'un ou de pouvoirs avant de déférer devant les juges. C'est d'une affligeante cécité.

Je n'ai pas à me justifier ici, à écrire « je ne suis ni client ni proche de proxénètes ». Cela suffit… Je ne confonds pas la future police des mœurs avec la Securitate ou la Stasi, en tout cas, dans un premier temps. Mais je n'ai nullement le sentiment d'exagérer. Qui a connu la période de l'OAS, du Service d'action civique, des barbouzes, se souvient : piéger une, un suspect, se faire passer pour ce qu'on n'est pas, c'était le quotidien des services, de la police, voire de la gendarmerie (et de la sécurité militaire). Je n'écris plus en journaliste ici, mais en contre-propagandiste, et j'assume.

Or, en entretien, que déclare Maud Olivier à Mylène, l'auteure d'un Appel aux parlementaires ?
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Maud Olivier conclut que, pour piéger les client·e·s, il faudra recourir aux méthodes employées à l'étranger. Cela consiste à passer, en ligne ou dans la presse, des annonces pour « appâter », puis à faire endosser à des policières ou policiers l'uniforme de la fille ou du (jeune) homme de joie. Autre méthode : avoir recours à des indicateurs, à des  « désavoué·e·s » (prostitué·e·s défroqué·e·s librement ou sous contrainte, chantage, &c.).

Chacune et chacun (sauf bien sûr les prohibitionnistes) veut croire que la loi sera appliquée avec mansuétude, que des « Johns Sessions » (un peu comme pour le permis à point, les associations prohibitionnistes « sensibiliseront » les client·e·s ne pouvant acquitter 1 500 euros d'amende : gratuitement ?) se substitueront à la peinde pour les justiciables primo-délinquants. Oui, demain, peut-être. Mais après-demain ?

Après le « coup de Tarnac », le réseau d'ultra-gauche prostitueur ? C'est en fait toute la question à laquelle les prohibitionnistes se gardent bien de répondre. Alors, quelle que soit l'opinion qu'on se forme ou s'est formé de la prostitution, quelle que soit la répulsion que nous inspirent les réseaux mafieux, il est largement de s'interroger : la France n'est pas la Suède, mais ce qui se produit aux États-Unis déteint invariablement ou presque sur l'hexagone et l'outre-mer. Quels seront les effets pervers d'une telle loi, quelle sera la nature des décrets d'application, des directives et recommandations aux préfets après 2017 ?

Ne pas vouloir répondre, c'est choisir la cécité. Les prohibitionnistes ont choisi une assourdissante surdité, en rabâchant les mêmes argumentations érigées en commandements bibliques ou en versets coraniques. Cela les regarde. Mais cela, aussi, nous regarde toutes et tous, dès aujourd'hui, afin de n'avoir pas à se réveiller, ahuris, demain...

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