Infodujour balance du lourd : le listing Clearstream

S'il a bien été fait état sur Mediapart du lancement du site Infodujour (accessible librement jusqu'à l'automne), bien peu, dans ce club, s'y sont intéressés de près, semble-t-il. J'ai bien retrouvé, ayant cherché histoire de ne pas faire un doublon, un commentaire de Jean Rex,citant Émilien Lacombe, à la suite d'une contribution de Philippe Corcuff.

Je ne vous informerai pas du projet Infodujour, le site est là, consultable, s'en explique. Mais il semble utile de signaler que l'un de ses trois confondateurs (avec Marcel Gay, ancien de l'Est républicain, et Thierry Gadault, journaliste d'économie), Denis Robert, vient de lâcher publiquement le fameux « listing Clearstream ». La version originale, s'entend, pas celle sur laquelle figurait le patronyme d'un certain Edwy Plenel.

Denis Robert se contente de signaler qu'il s'agit d'entrées remontant à 2001. En fait, elles ont été actualisées jusque courant 2005. Soit pour beaucoup (sur près de 33 000, voire davantage, car le total des lignes du fichier MSExcel dépasse les 33 300), ne datant que de huit ans. Du temps de, mettons, Raffarin.

Contrairement à la présentation des OffshoreLeaks, pas d'infographie, pas de liaisons entre les données, permettant de visualiser des ramificati-ons. C'est brut, à télécharger d'un coup (lien en bas de l'article de Denis Robert). Ce n'est guère fascinant à toute première vue.

Ce qui m'a frappé, et ce dont je fais état sur Come4News, ce n'est pas de retrouver les noms de Madoff, ou des frères Lehman, mais de tomber sur la direction régionale du groupe La Poste à… Limoges. Comme dans la base OffshoreLeaks, dans laquelle on trouvera une adresse à Angers (j'y ai fait allusion dans un autre article de Come4News), il est possible de rechercher (Édition>Rechercher) par noms de villes. Non, sauf erreur, Carpentras n'y figure pas, et le nom (ou prête-nom) de la fameuse veuve, lectrice-type du Journal des Finances, ne vous sera pas révélé.

Mais en dépit de la difficulté d'appréhender la réalité, en tout cas pour le profane, ce listing Clearstream illustre bien ce que Denis Robert et Thierry Gadault dénoncent : qu'il ait été permis que les chambres de compensation, Clearstream Banking, Euroclear et Swift, ne soient pas plus étroitement contrôlées par les États. Une « évidence » qui n'a sans doute pas échappé aux Borloo, Lagarde, Moscovici, et bien sûr Cahuzac ou Tapie, parmi tant et tant d'autres.

Je conclus qu'après la publication des OffshoreLeaks ou de cette base Clearstream, la nouveauté, « la seule véritable différence, c'est qu'à présent, elles et ils savant que vous savez… », soit que nous savons. Les décideurs avaient le nez dessus, nous de même. C'est du lourd qui pèse bien davantage que les révélations que promet Cahuzac dans un prochain livre.

Il est bien évident que ce listing avait circulé parmi « elles et ils ». Tout comme, assure Marianne, Cahuzac avait photocopié la liste des noms de la liste HSBC. Il en a peut-être déjà fait profiter d'autres que lui. On se souvient aussi qu'un journaliste grec avait balancé la liste dite Lagarde. 

Ce qu'on ne saisit pas, enfin, si ce n'est confusément, c'est la liste des spolié·e·s. Nous sommes sûrs d'y figurer à des degrés très divers, soit que nous soyons contribuables, salariés, indépendants, et même « assistés » bénéficiaires d'allocations mais s'acquittant de la TVA.

Alors que Mediapart publie son quatrième volet sur la famille, (le clan… ou le gang ?) Tabarot, nous ne saissons pas tout à fait ce que les affaires de Roch Tabarot ont impliqué pour certaines victimes, quels sont les cas les plus criants. C'est un peu dommage. Nombre d'entre-nous pourraient s'y retrouver… en devenir pour les plus jeunes qui s'y feront peut-être prendre plus tard, dans les rets d'autres.

Certes, une partie de la presse pourrait s'emparer de cas spectaculaires (sur cette affaire, on doute que Nice-Matin ou Var-Matin, très mobilisés pour donner des droits de réponse ou de réplique indirects aux protagonistes mis en cause par Mediapart, en fassent une saga). Mais ce qui est fort peu rendu sensible (c'est aussi le cas pour les victimes de l'amiante, ce le fut moins pour celles de l'affaire du sang empoisonné), c'est le poids de ces drames. Tant et tant d'argent, tant et tant d'heures perdues, tant et tant de brouilles familiales, de divorces, de suicides peut-être…

Pour l'affaire Tabarot, cela pourrait être tenté. Pour l'évasion et la fraude fiscale, c'est moins évident. Il peut paraître exagéré d'énoncer que les suicidés ou immolés à la suite d'une demande trop pressante de remboursement d'un trop-perçu sont les victimes indirectes des Cahuzac et consorts. J'ose cette outrance. Qui ne constitue pas un raisonnement si absurde.

Je relève que vous trouverez, sur Infodujour, en conclusion de l'article de Thierry Gadault sur le G8, un lien vers un exposé, type MSPowerPoint, d'un jeune garçon de neuf ans. Il n'est pas loin d'arriver à ce type de rapprochement. Il semble le pressentir. Antoine, neuf ans, expose à sa manière – limpide – les implications des affaires Clearstream et assimilables. Tardive leçon de journalisme : je pensais certes en recevoir, mais non de la sorte.

Infodujour me semble devoir être davantage viable que L'Opinion, sous divers aspects qui ne sont pas que financiers, même si les fondateurs sollicitent des « dons », même d'un montant dérisoire (voir leur site). En retour, déjà ce « bonus », le listing Clearstream.

Comme Denis Robert le fait, autrement, vous pouvez vous en inspirer pour une création graphique. Surchargez-le après impression partielle. Faites-en un dazibao, propagez. Collez sur les murs des passages abrités. Faites-en des protections de cahiers d'écoliers, de manuels scolaires. Des fonds d'affichettes pour salles de profs (ou « murs des cons »), de réunions, imprimez en ton léger sur des tableaux blancs. Faites-en des décors de mugs, de magnets, de ce que vous voudrez. Surimprimez les graphiques d'OffshoreLeaks dessus et brandissez en pancartes lors de manifestations. Vous estimez la suggestion dérisoire ? Admettons. Je ne sais si les canuts de Lyon défilaient poitral nu comme les Femen. Mais, tiens, j'en ferai bien au moins un t-shirt. Provocateur, avec une inscription telle « Toi aussi, ouvre un compte chez Clearstream ». Ou je ne sais quoi… « Euroclear lave plus blanc » ? « Swift mousse peu pour laver mieux ! » ? « Le fond du Clearstream est boueux » ?
Avis aux Femen : ce listing Clearstream se prête bien à orner des coupe-vent semi-transparents.

Clearstream listing

Ah, une dernière remarque, sur OffshoreLeaks et sur le listing Clearstream, traquez les noms insolites ou forts évocateurs. J'en ai trouvé de cocasses sur OffshoreLeaks, là ClearNet Guaranties, Banca Etica, Bony-First, Marigold (non, pas marigot, mais souci, renoncule), sont beaucoup plus décevants. Nous sommes loin des Nibar et Nichon d'une toute autre affaire. Enricaro, de Panama, me semble assez explicite (de enricarse, en autres langues romanes). Mais nul pétite, comme sur OffshoreLeaks. Dommage. 

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