Delahousse et Macron: les soubassements d'un entretien

Nouvelle anecdote sur la macronie et les rapports incestueux qu'elle entretient avec les médias. Vous vous souvenez de l'entretien ahurissant de Delahousse avec Macron ? Découvrez comme il est intervenu.

L'entretien que donna Emmanuel Macron à Delahousse, le fut littéralement, donné.

Quelques semaines auparavant, fin novembre 2017, une polémique la suppression de postes dans les équipes d'Envoyé spécial et de Complément d'enquête enflammait France Télévisions. Contrairement à ce qui avait été pensé, elles n'avaient pas été demandées par l’Élysée. Ce qu'il s'est passé est en fait encore plus laid. Reprenons.

Au départ de l'affaire, l'Elysée impose à Delphine Ernotte 50 millions d'euros de coupes budgétaires. Rappelons que le climat n'est pas au beau fixe. Michel Field, directeur de l'information, est contesté. Pujadas s'est fait virer le jour de l'intronisation de Macron.

50 millions d'euros, sur un budget de, 2,7 milliards d'euros, ce n'est pas grand chose, mais c'est justement mesquin. Alors Delphine Ernotte, présidente de France Télévision, décide elle aussi de s'amuser. Et laisse entendre qu'elle va arrêter l'émission de Delahousse. 


Or il se trouve que Delahousse est amiénois, a été au même lycée que Macron, et qu'ils sont devenus copains. Delahousse, après s'être vu confirmer les intentions de la direction intervient auprès de l'Elysée, qui exige à Ernotte de maintenir et de trouver ailleurs ses économies.

Là, les versions divergent, mais c'est assez drôle. A la direction de l'information, on prétends que les équipes d'Ernotte (Sitbon Gomez), manquant d'expérience, auraient dans la précipitation monté un plan de réductions sans réaliser ce qu'ils faisaient.


D'autres affirment que c'était volontaire de la part d'Ernotte pour envoyer un signal à l'Elysée. En tous cas, la direction annonce des coupes dans l'investigation. Alors que Delahousse, respire, branle bas de combat à France Télévisions: AGs, communiqués, tout le monde panique.

Il faut dire que Michel Field est détesté et que l'on a réussi à faire passer Pujadas pour un martyr de l'information. L'Elysée est furieux. On tenterait de les faire passer pour des censeurs, alors qu'ils disent n'y être pour rien. Ernotte sent le vent du boulet passer.


Motion de défiance, négociations en haut lieu. Tout le monde comprend qu'ils n'y a rien à gagner. Cash et Complément d'enquête sont finalement sauvés et les coupes budgétaires décalées d'un an. Delahousse, lui, voit sa case confirmée.

Or Macron ne compte pas pardonner. Vous vous souvenez de sa déclaration, "l'audiovisuel public français est une honte" ? Devinez quoi, c'est le 5 décembre, dans la foulée. Mais personne alors ne relève, car personne ne sait ce qu'il s'est joué avec Delahousse.

 

C'est ce qui va permettre d'ailleurs à ce dernier d'organiser un ultime pied de nez - une véritable provocation - à l'égard de Field et d'Ernotte, qui va contribuer au départ du premier quelques mois plus tard. Afin de montrer qui est le boss, devinez ce que l'on fait ? 

Un entretien-fleuve de 45 minutes à la veille de noël, lors duquel Emmanuel Macron est littéralement enguirlandé par Delahousse, tout sourire, à l'Elysée. Ernotte est contrainte, humiliée, d'y assister à distance, et sans mot dire, de le programmer.

Là où on avaient été accordés 10 minutes sur le climat, Ernotte voit arriver un long panégyrique à la gloire de la banalité du chef de l'Etat, et comprend qu'elle est coincée. Macron et Delahousse sont très contents, jusqu'à ce que le lendemain, la presse les étrille littéralement.

Voilà comment se fait l'information en France. Voilà en quel respect l'on tient les contribuables et le service public. Et voilà pourquoi l'on a le droit à de telles médiocrités. Parfois, non pas seulement pour manipuler, mais aussi pour régler des comptes, provoquer et s'amuser.

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