Sur la "violence" des gilets jaunes et leur défense

Couardise absolue: tout le monde a fait mine de défendre les gilets jaunes, mais personne ne les défendu dans leur modalité insurrectionnelle (c'est-à-dire dans leur usage politique de la violence), celle là même pourtant qui seule commence à faire reculer le gouvernement. Tout le monde veut sa part du gâteau symbolique mais personne n'est prêt à s'exposer pour l'arracher.

La bascule n'interviendra que lorsque les êtres de pouvoir - convaincus jusqu'ici d'être protégés par les institutions - commenceront à sentir l'inquiétude de leur chair. A l'idée qu'un jour, la violence pourrait les toucher.

S'assurer qu'ils ressentent bien la possibilité que la violence - institutionnalisée ou non, économique, sociale ou politique - n'est plus l'affaire que de la plèbe - qu'elle soit policière ou manifestante - est la clef.

Provoquer ce retour sur terre est d'autant plus essentiel que l'on a affaire à une bande de technocrates convaincus que le réel se résume à des marres de papier. Qui ont été couronnés pour leur capacité à virtualiser le monde lors de concours avariés. Qui ne se sont jamais engagés.

En cela, les condamnations des violences organisées qui ont actuellement cours, et qui ne touchent qu'à la marge des personnes, sont absurdité. Ces actes sont signaux envoyés au pouvoir. Ils sont non seulement la seule façon de les faire plier, mais aussi de les forcer à penser.

A les sortir de leur virtualité et les faire revenir au niveau des corps. Entendez-bien: les êtres au pouvoir ont cessé de penser parce que, sans efforts, leurs corps et leurs instincts étaient protégés et satisfaits par le système.

L'effet est naturel: à quoi bon s'efforcer, questionner, penser ? Pas à pas, il est devenu naturel de laisser le pouvoir dans les mains des intérêts de ceux qui étaient proches d'eux - les oligarques, les puissants qui ont leurs entrées dans leurs palais - pour mieux en profiter.

Spoliant sans conséquences, ils ont perdu leur âme et ont commencé à ânonner. Cela, nous l'avons tous ressenti. Ces mots devenus charabias. Cette incapacité à communiquer. Ce besoin, dès lors, de s'entourer de conseillers.

Parce qu'ils ne comprenaient plus eux mêmes ce qu'ils faisaient, parce qu'ils ne faisaient plus que servir, et qu'ils ne comprenaient plus ce qu'ils arrivaient. Tels les enfants du cirque de Pinocchio, ils se sont laissés absorber.

Devenus bêtes, ils ne redeviendront humains que s'ils craignent à nouveau de voir leurs corps exposés à la souveraineté. Alors verrez-vous comme toutes les rationalités instrumentales et discursivités d'hier s'effondreront. Comment ils recommenceront à penser dans l'altérité.

Comment tout d'un coup, ces corps virtuels et éloignés qui les indifféraient retrouveront réalité et primauté sur leurs camarades de cordée qui s'amusaient à piller.

Que ces bourgeois du politique cherchent absolument à l'éviter, c'est naturel. Imaginez la perte de confort. Qu'il est agréable d'ânonner ! Et comprenez maintenant pourquoi tous les petits soldats du système sont mobilisés.

Il s'agit avant tout de ne pas s'exposer. Quelle meilleure illustration que Macron s'humiliant par la grossière distribution de prébendes et pitances auprès des forces de l'ordre, tout en se montrant injurieusement silencieux face aux gilets jaunes ?

Cela s'explique par un parcours qui n'a consisté qu'à piller - et que l'on verrait mal de but en blanc changer. Il ne peut que nous écraser, car il n'a jamais pensé. Ses instincts manquant d'être satisfaits, il cherche à persister pour se protéger.

Sa nature veule et bourgeoise, craintive à la perte de l'installé, le pousse à promettre à des tiers des récompenses si pour lui ils acceptaient de s'exposer, plutôt que de changer quoi que ce soit. A proposer une suspension pour ne rien céder. Quelle misère !

Demander à des tiers de se sacrifier pour vous, plutôt que de vous amender, sans ne rien, de vous-même exposer, ou sacrifier. Voilà où l'on en est. Voilà pourquoi la violence doit toujours plus se concentrer sur ce qui pourrait l'exposer: ses alliés, afin de les désolidariser.

Voilà aussi pourquoi la violence doit continuer. Puisqu'il se montre incapable de penser et de s'amender, parce qu'elle est la seule à pouvoir le faire céder. A laisser le roi nu et seul. Et enfin, s'en débarrasser.

Je suis convaincu qu'ils fuiront avant que qui que ce soit ne soit touché. C'est le propre des théories insurrectionnelles: mettre en branle un effondrement qui, résistant à la violence d'Etat, protégera la mobilisation et évitera d'avoir à toucher qui que ce soit. Voilà. 

5 décembre 2018

 

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