Saint-Ouen (93). Les familles rroms traquées par la police

Depuis qu’elles ont été expulsées, le 24 juillet dernier, du « village d’insertion » où elles habitaient depuis sept ans, quatorze familles rroms résistent courageusement au harcèlement de la police, aux menaces et aux tentatives d’intimidations orchestrés par les pouvoirs publics. Après plus de cinq semaines à la rue, elles restent déterminées à se faire entendre, et campent tous les soirs devant la mairie de Saint-Ouen (93), exigeant une solution d’hébergement durable.

Flora Carpentier

 

Une (sur)vie de résistance aux expulsions

 

Il faut dire que depuis l’abandon, en juillet 2013, du projet d’« insertion » qui leur avait été proposé après la violente destruction de leur bidonville en 2008, elles ont accumulé une certaine expérience de résistance. Depuis deux ans, soutenues par des associations de quartier, elles ont continué à occuper leur parcelle rachetée par la société d’aménagement Séquano, et ont tant bien que mal poursuivi leur lutte quotidienne pour travailler et scolariser leurs enfants malgré des conditions de vie des plus précaires. Et si ces années ont été marquées par un changement de mairie, passée du Front de gauche de Jacqueline Rouillon à la droite de William Delannoy en mars 2014, les familles rroms de Saint-Ouen sont toujours confrontées aux mêmes méthodes répressives : après les coupures d’eau et d’électricité en plein été, les déploiements policiers et les expulsions dans l’heure. Pendant que les habitants rroms du bidonville des Docks étaient mis à la rue en plein hiver, en novembre 2013, ceux du village d’insertion servaient de couverture à la mairie de l’époque, pour dire « vous voyez, on a essayé », avec le sempiternel refrain visant à se dégager de toute responsabilité : « les budgets nous sont refusés, la mairie ne peut pas soutenir seule ce projet ». Pendant ce temps, sur d’autres fronts, l’équipe municipale Front de Gauche en perte de vitesse cherchait à rassurer les nouveaux habitants fraîchement arrivés de Paris ou d’ailleurs, sur les fameuses questions « sécuritaires » qui riment peu avec « le problème rrom ». Une chose est sûre, les familles rroms ne sont pas les bienvenues sur ce territoire en prise à la gentrification. Et malgré tout, elles n’ont pas l’intention de disparaître du paysage urbain, ni politique d’ailleurs.

 

A Saint-Ouen, la solidarité s’organise

 

A longueur de journée, les familles subissent le harcèlement policier. Parce qu’elles comptent bien rester visibles, elles campent tous les jours devant la mairie ou au pied de l’Eglise du Rosaire au carrefour de Garibaldi, soutenues par un réseau de solidarité. Mais tous les jours, c’est la même rengaine : dès sept heures du matin, les forces de répression en uniforme viennent les déloger. En journée, alors que leur noyau est plus restreint, les uns travaillant, les enfants allant à l’école, elles subissent les menaces et les intimidations, et même d’agents en civil qui viennent leur interdire de rester sur la voie publique. Le soir encore, jusqu’à minuit, la police rôde pour éviter toute installation. Ces familles que l’on a mises à la rue, vont jusqu’à se voir refuser la rue ! Comme les réfugiés que l’on traque dans tout Paris ou aux frontières de l’Europe, comme les rroms expulsés du bidonville Le Samaritain à la Courneuve et tous ceux que l’on expulse ou assassine ici et là, elles sont condamnées à une course-poursuite permanente, et ce alors même qu’elles fuient des situations encore plus misérables dans leurs pays d’origine, générées par les politiques impérialistes.

A Saint-Ouen, ces familles à qui l’on a promis « l’intégration » ne comptent pas en rester là. Samedi dernier, à l’initiative de l’association Droit au Logement et du réseau « Solidarité Rom Saint-Ouen », un rassemblement a réuni environ soixante-dix personnes devant l’hôtel de Ville. Une pétition circule sur les réseaux sociaux et dans les milieux militants, exigeant du maire un relogement immédiat. Des initiatives sont en train de se mettre en place pour étendre la solidarité, notamment auprès des parents d’élèves et des enseignants dans les écoles et collèges de la ville où sont scolarisés les enfants. A Saint-Ouen et ailleurs, ce type de mobilisation est plus que jamais nécessaire, pour contrer la montée des nationalismes et de la xénophobie en France et en Europe.

Source : http://www.revolutionpermanente.fr/Saint-Ouen-93-Les-familles-rroms-traquees-par-la-police

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