Zep et Plantu, deux visions sur les migrants

Au cours de l’actuelle crise migratoire en Europe on a assisté à de nombreux gestes de solidarité. Le monde artistique n’a pas échappé à cette tendance. Particulièrement, les dessinateurs jouent un rôle très important dans la presse et les réseaux sociaux pour dénoncer, se solidariser ou attirer l’attention publique sur certains événements. Après que les images du corps du petit Aylan aient été diffusées massivement, plusieurs dessinateurs ont exprimé leur solidarité à travers leurs dessins.

Philippe Alcoy

Aujourd’hui nous aimerions revenir sur les dessins sur la crise migratoire de deux caricaturistes très connus du public en France : Zep et Plantu. En effet, à travers leurs dessins, ces deux artistes ont abordé la question migratoire selon deux points de vue bien distincts.

Dans le dessin de Zep, l’auteur reprend son très célèbre personnage Titeuf et ses amis. Mais cette fois, l’histoire ne sera pas comme les autres. En effet, l’auteur met en scène l’enfant dont le quotidien va être bousculé soudainement par la guerre, les combats, les bombes et les tirs. Un à un, les personnages meurent, même les amis de Titeuf, même ses parents, même sa maîtresse. Comme dans la vie réelle, la guerre fait s’effondrer « l’univers Titeuf ». À la fin de l’histoire on voit Titeuf arriver à la frontière pour échapper à la guerre. Mais là encore comme dans la vraie vie, les barbelés l’empêchent de traverser. Exténué et avec une expression dégradée, l’histoire finit par un cadre noir précédé d’un autre où il y a écrit tout simplement « Au secours ».

Il s’agit sans doute d’une façon ingénieuse de sensibiliser à la réalité des réfugiés de guerre en mettant en scène un personnage très connu, dont le quotidien a été bouleversé par ces événements traumatisants. Et cela est très significatif au milieu de l’émotion que la mort d’Aylan a suscité dans le monde entier car son personnage est aussi un enfant.

À l’opposé des intentions de Zep nous trouvons Plantu. Celui-ci a décidé de « rendre hommage » tout autrement aux migrants et réfugiés. Dans un de ses dessins l’artiste présente des salariés vraisemblablement français en train de manifester et de s’en prendre à un patron ou à un politicien voulant réformer le Code du travail. À côté, on voit un bureau de douanes où une famille de réfugiés arrive, et le père qui affirme : « Nous travailler dimanche, pas de problème ! ».

Le racisme de ce dessin ne peut que nous provoquer un profond rejet. En effet, il ne fait que véhiculer les pires préjugés xénophobes et la démagogie répandus par des partis comme le Front National : il présente les réfugiés comme étant les responsables des dégradations des conditions de travail des travailleurs français. C’est exactement ce que l’extrême droite dit pour justifier auprès des salariés qu’il ne faut pas soutenir les migrants !

Avec ce dessin, Plantu sous-entend qu’il y aurait une sorte « d’alliance objective » entre patronat et travailleurs immigrés. C’est une façon dissimuler les vrais responsables des attaques contre les travailleurs en France (au-delà de leur nationalité) : le patronat français et les politiciens à sa botte. Mais ce dessin contribue également à diviser les exploités, en les montant les uns contre les autres.

Dans un contexte de crise économique, sociale et politique qui traverse l’Europe, on voit que la polarisation de la société ne fera que s’accentuer dans tous les aspects de la vie, y compris l’art. Les exemples de Zep et de Plantu sont peut-être ceux qui l’ont le mieux exprimé ces derniers jours. Enfin, le fait que ces deux dessins soient successivement parus dans Le Monde, qui est le principal quotidien de la presse écrite en France, suffit pour montrer à quel point les grands médias nationaux participent au premier chef au brouillage idéologique qui permet à n’importe quelle position, même la plus réactionnaire, de proliférer et de cohabiter avec les autres comme si de rien n’était.

Source : http://www.revolutionpermanente.fr/Zep-et-Plantu-deux-visions-sur-les-migrants

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