Chantage au vote : un​.​e candidat.e unique pour la gauche et l'écologie

Moi citoyen normal, je ne voterais que si un.e candidat.e unique de la gauche et de l'écologie émerge. Sinon... je ne voterai pas.

La mascarade habituelle se profile déjà. Mélenchon annonce sa candidature pour prendre de court le PS et Jadot et demande une investiture populaire.  150 000 signatures et il sera légitime. Et il deviendra le candidat le plus à même de. Puis, EELV investira Jadot. Le PC lancera la candidature de Brossat. On connaît la chanson. La gauche sera éclatée entre le PC, les Verts, la France Insoumise, Place Publique et le PS. Le refrain est pathétique : un magma de bonnes idées écologistes et de gauche qui vont toutes perdre.

Je suis écologiste et de gauche. J’ai 26 ans. J’ai étudié à Sciences Po Rennes. J’ai voté à (presque) toutes les élections depuis mes 18 ans. J’ai même fait un tour de France en 2017 pour inciter les jeunes à aller voter aux présidentielles. J’ai voté Mélenchon en 2012 et Hamon en 2017 au 1er tour. J’ai voté utile au second tour à chaque fois.

Utile ? Mais utile pour quoi ? pour qui ?

Le monde vivant meurt à petits et grands feux.
Les inégalités sociales grimpent exponentiellement.
Les jeunes n’ont pas d’horizon.
Les mouvements sociaux ne sont pas écoutés.

L’élection présidentielle est un rendez-vous. Un rendez-vous pour prendre les commandes du pouvoir.  La Vème République fonctionne ainsi. Or, mathématiquement, si toutes les têtes de partis de gauche et écologistes se présentent, aucun candidat ne pourra l’emporter. A gauche, on aime débattre et c'est très bien. Mais, ce n’est pas le moment d'échanger des idées. C’est le moment de gagner.

Gagner pour renverser les inégalités sociales.
Gagner pour lancer un programme écologiste radical.
Gagner pour revitaliser notre démocratie.

On peut critiquer notre système présidentialiste, notre constitution qui fabrique des présidents jupitériens. On peut tout autant critiquer la concordance des calendriers des élections présidentielles et des élections législatives. Mais que voulons nous ? Perdre pour que rien ne change ? Ou gagner et avancer ?

La démocratie en France et en Europe est malade. Mais la démocratie n’est pas un acquis à préserver. C’est une bataille constante et perpétuelle. Elle est sans répit. Elle demande de l’énergie et de l’engagement, et pas simplement de se déplacer un dimanche matin pour déposer un nom dans une urne.

Je lis la presse tous les jours. Je débats de politique. Je vais assister à des conférences. Je lis. Mais je suis un très mauvais citoyen. Un citoyen propose, délibère, agit, soumet. Cela, je ne le fais jamais. Et, je ne vais aucunement aller me racheter une conscience en 2022 en votant et en faisant la leçon à ceux qui ne votent pas.

Non. En 2022, je ne voterais que si un.e candidat.e unique de la gauche et de l'écologie émerge.

Je refuse qu'on me dépossède de mes idées et qu’on utilise mon vote en le faisant parler. Et le vote utile, c’est bien cela : faire parler un vote qui ne dit rien ! Faire parler un nom, un bout de papier. J’ai voté pour Macron parce que je ne voulais pas de Le Pen. Pourtant je ne souhaitais ni la surpression de l’ISF, ni la réforme de la SNCF, ni la réintégration des néonicotinoïdes. Je refuse donc d’entendre une fois les élections terminées ces phrases qui montrent les mensonges que ces hommes et femmes, une fois élu.e.s, s’adressent à eux même : « Le peuple a parlé », « Les suffrages l’indiquent », « J’ai été élu pour faire ce que j’ai dit ». Non. Vous avez été élu.e.s parce que les gens votent utile.

Le changement climatique est un enjeu trop capital pour ne pas être pris à bras le corps.
Les inégalités sociales sont trop fortes pour ne pas être endiguées.
La démocratie est trop vitale pour nous la faire confisquer.

Ainsi, moi, citoyen normal, je ne voterais que si un.e candidat.e unique de la gauche et de l'écologie émerge.

Sinon... je ne voterais pas.

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