L’interdiction de travailler faite aux soignants non vaccinés…

Suite à l’instauration de l’obligation vaccinale pour les soignants annoncée lundi 12 juillet par le président de la République, le ministre de la santé indique que les soignants non vaccinés ne pourront plus travailler et ne seront plus payés au 15 septembre… Comment ?

Dans la foulée des déclarations du président de la République lundi soir sur la gestion de la pandémie du Covid en France et l’instauration de l’obligation vaccinale pour les personnels de santé, le ministre de la santé annonce qu’à partir du 15 septembre les soignants non vaccinés ne seront plus payés et ne pourront plus travailler.

Le ministre menace les soignants. Ceux qui étaient applaudis tous les soirs il y a un an, chargés de sauver la nation pour un salaire de misère. Au delà de l’indécence, il s’agit d’évaluer la faisabilité de la mesure. Actuellement, en gros, 20 % des médecins, 40 % des infirmiers, 60 % des aide-soignants ne sont pas vaccinés. Pas de statistiques sur les ASH (agents hospitaliers) les personnels techniques et administratifs des structures de soin. Eux aussi comptent.

Comment le ministre va-t-il procéder ?

D’abord identifier les coupables. Des contrôles seront effectués, dit il. Soit il s’agit de contrôles individuels, aléatoires ou organisés, qui seront pratiqués par qui ?, les services de santé au travail des hôpitaux, des cliniques ? Qui informeront comment les directions des établissements, dans le respect de quelles procédures ?

Soit il s’agit de contrôler aux sources, c’est à dire à partir des fichiers de l’assurance maladie, en violation du secret médical et des libertés individuelles. Et par qui ? Les directions des établissements ? Les brigades de répression sanitaires, à créer ? Dans cette solution, l’atteinte aux droits et aux libertés serait manifeste. D’accord ce n’est pas la première fois. Mais une étape supplémentaire serait franchie.

Ces procédures s’appliqueraient aux salariés.

Qu’en est il des libéraux ? En imaginant qu’on puisse identifier, autrement que par l’accès aux fichiers de l’assurance maladie, les non vaccinés parmi les 100000 médecins libéraux en France environ, plusieurs dizaines de milliers d’infirmiers, de kinésithérapeutes, les laboratoires d’analyse, les pharmaciens d’officine, etc. Comment ces gens seront ils empêchés de travailler et d’être payés ? Il y aura la police devant les cabinets médicaux, les pharmacies ? La sécu demandera le remboursement des actes, des prestations aux professionnels ?

Revenons aux salariés. Une fois que les délinquants auront été identifiés, si la mesure s’applique au 15 septembre, les contrôles devront avoir lieu beaucoup plus tôt. Sinon si les vérifications ont lieu à partir du 15 septembre, il faudra du temps avant que les professionnels soient éliminés. Ils devront rembourser le travail effectué illégalement depuis le 15 septembre ? 

Quel sera le statut de ces soignants illégaux ? Mise à pied ? Licenciement pour faute ? Imagine t’on l’avalanche de procédures qui va avoir lieu ? Comment aura lieu la réintégration de ceux qui se seront faits vacciner ?

Considérons maintenant que la mesure entre en vigueur, que tel pourcentage des soignants soit interdit de travailler. Combien d’hôpitaux, de cliniques, d’EHPAD devront fermer quand 10, 20 ou 30 % des aide soignants, des infirmiers seront interdits. Que fera t’on des malades, des personnes âgées, des handicapés qui seront mis à la porte ? Du pâté comme dans Soleil Vert ?

J’arrête là les énumérations qui, j’espère, auront mis suffisamment en évidence l’absurdité de cette déclaration. Déclaration qui provient, rappelons-le, d’un ministre de la République, pas d’un tragique clown trumpien dans un spectacle comique qui ne ferait rire personne.

A la lumière de ce délire officiel, il faut s’interroger sur la dérive d’un pouvoir qui s’exprime par une propagande maniant la menace, le mensonge, la peur, les affirmations les plus irréalistes, vis-à-vis de professionnels exploités, maltraités, méprisés, qui portent, eux, la santé de la population. Les détenteurs des bullshit jobs sont les garde-chiourmes zélés du capitalisme vis-à-vis de ceux qui ont un vrai travail utile à la population, démontrait David Graeber. Encore une parfaite et particulièrement ridicule illustration.

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