Éviter l’amalgame : lutter pour les libertés ET pour la science

On peut (et on doit) à la fois dénoncer les atteintes aux libertés de la présidence Macron, et défendre une pratique médicale et vaccinale fondée sur les données de la science. Le risque est d’amalgamer défense des droits et des libertés, et défense de pratiques anti-scientifiques tout autant délétères pour les libertés. Aucun totalitarisme ne passera par moi : ni politique, ni anti-scientifique.

Ce n’est pas le moindre des mérites de la propagande gouvernementale que de tenter d’amalgamer ceux qui sont révoltés par les atteintes aux libertés qui culminent dans les menaces vaccinales faites aux soignants les moins favorisés (ce sont en effet les soignants les moins favorisés qui sont le moins vaccinés, le taux de vaccination augmente dans les milieux de santé avec le niveau social) avec ceux qui défendent des pratiques anti-scientifiques, anti-vaccinales globales, charlatanesques et ésotériques.

Ce n’est pas la moindre limite de nombre de ceux qui défilent de tendre ainsi le dos aux verges gouvernementales, en amalgamant (amalgame complaisamment relayé par des medias “mainstream“) la dénonciation des atteintes aux libertés de la présidence Macron et des attitudes anti-vaccinales globales, sans aucun fondement scientifique sérieux, complotistes, soutenues par l’extrême droite.

Redisons-le : les vaccins anticovid sont efficaces voire très efficaces, fiables voire très fiables, peu dangereux voire très peu dangereux pourvu qu’on en respecte les indications. Ce n’est pas le propos de cet article d’en confirmer les preuves. Ceux qui les recherchent encore peuvent (et doivent) se référer aux publications de la revue Prescrire sur le sujet, dont les articles sur la question sont, une fois n’est pas coutume, en accès libre.

D’un point de vue politique et socio-économique cette efficacité ne me réjouit d’ailleurs pas : elle permet aux firmes pharmaceutiques, à travers ce succès évident, de se redonner une crédibilité, et à ses dirigeants et actionnaires une bonne conscience pour continuer à s’engraisser et à nuire. Elle permettra à l’économie capitaliste, responsable de la fin du monde en cours, de redémarrer et continuer à nuire.

Toutefois refuser ces vaccins reste une erreur, pour sa santé, celles de nos proches, pour la solidarité citoyenne. Les refuser est une insulte de nantis faite aux milliards de terriens des pays pauvres qui en sont privés par la logique capitaliste.

Les atteintes aux libertés du macronisme sont, à mes yeux, autant indiscutables même si les preuves ne reposent pas sur la même rigueur scientifique que l’efficacité des vaccins AntiCovid. Outre mon expérience personnelle et professionnelle, les analyses, entre autres, de Christophe Guilluy, Jean-Claude Michéa, David Graeber, m’ont toutefois aidé à y voir clair.

Ces atteintes procèdent de ce mépris de classe fondamental qui anime Macron et ses sbires, considérant la France comme une entreprise, structure antidémocratique par définition, les Français comme des employés qui « ne sont rien », dont le gouvernement est une DRH, hautaine, froide, hypocrite, manipulatrice, adepte du nudge, celle que nous connaissons pour beaucoup dans nos entreprises, nos administrations.

De la répression des Gilets Jaunes à celle des teufs, de la lutte contre le terrorisme justifiant une surveillance et un contrôle préorwelliens, à la réforme du bac, l’accueil des migrants, l’atteinte aux acquis sociaux (chômage, retraite, etc.), la gestion entrepreunariale de la santé et de l’éducation, la police laissée en roue libre dans ses composantes fascistes, et à ce jour l’injonction vaccinale faite prioritairement aux classes sociales défavorisées, tout est en œuvre pour une politique brutale capitaliste, autoritaire, lancée dans une dérive totalitaire.

Ce sont ces deux dérives que je refuse, celle d’un régime ultra-libéral, et celle d’un complotisme délirant relayé par l’extrême droite. Si je veux manifester pour dénoncer les deux, sans ambiguïté ni récupération, je dois aller où ?

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