CCNE et PMA: réponse à Jean Philippe Cazier

Cher Monsieur JP Cazier,

suite à votre billet http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-philippe-cazier/290313/reticences-socialistes-sur-la-pma, je me dois d'éclaircir la situation en vous apportant quelques notions pour tempérer votre propos.

En préambule, je tiens à dire que je peux comprendre certaines revendications de certains couples homosexuels à vouloir prendre en charge certains enfants sous le régime de l'adoption dans la mesure où un enfant laissé seul, isolé par l'abandon en institution ou dans la rue, se portera toujours mieux sous l'aile d'adultes bien portants investis d'une responsabilité éducative à l'égard d'un petit humain encore dépendant. Cet aspect est indépendant de toute orientation libidinale, de toute conception de l'amour ou de la sexualité.

La société reconnaît à l'enfant qu'il est et demeure un être vulnérable tant qu'il ne peut suffir lui même à son existence en droit et en responsabilité. En France, on parle de la majorité civique.

En revanche, je ne peux pas accepter votre instrumentalisation et votre assimilation du CCNE au Parti Socialiste dans le billet sus cité.

Par voie de conséquence, je ne peux vous laisser écrire bonnement et simplement que le CCNE serait une sorte de conseil à la va vite, opportuniste, influençable, manipulable et asservi à un pouvoir politique dont le travail serait sous couvert de réflexion éthique de légitimer des positions politiques. Sur ce point, vous posez les choses à l'envers. Même s'il existe une éthique de la politique, la réflexion éthique n'est pas un instrument polititicien, c'est par définition antagoniste.

Même si le président du CCNE est nommé par les instances de l'Etat, ce comité demeure une commission indépendante et comme son nom l'indique consultatif. Il n'a vocation qu'à tenter de répondre à des questions sur saisine ou en se saisissant lui-même de certaines questions. Cette commision est par définition et nécessairement issue de la réunion de personnalités légitimes et reconnues dans différents champs tels la philosophie, le droit, la médecine, la sociologie, etc...Il s'agit de la réunion pluridisciplinaire de membres reconnus par leurs pairs dans leur discipline qui vont pouvoir tranquillement réfléchir, échanger et débattre d'un sujet qu´on leur aura soumis. Et les membres de cette commission sont régulièrement renouvelés. Et les avis de ce comité sont souvent revus, sous différents régimes politiques.

Les critères de selection de ces membres ne sont aucunement liés à une tendance politique mais à leur légitimité au sein de la communauté intellectuelle à laquelle ils appartiennent. Le fruit de leur réflexion et de leurs conclusions n'est pas un programme politique mais une sorte de consensus réflexif issu d'échanges, de débats, de travaux et de votes venant clôturer plusieurs sessions de réunions dédiées à une question donnée comme la PMA, le clonage, la fin de vie, la recherche sur l'embryon, le don d'organe, etc..Et parfois, les votes ne sont pas unanime, et parfois, il n'y a pas de réponse acceptable à des questions posées.

C'est la démarche éthique, qui s'applique aujourd'hui et de plus en plus dans différents champs, qui fait que l'on peut tenter de tempérer le Monde. Car la démarche éthique, c'est avant tout poser une question qui va en amener d'autres. Il s'agit à un moment donné, sur un sujet donné de tenter de proposer la moins mauvaise solution, la plus juste pour l'humanité. Et dans le champs des sciences de la vie et de la terre, de sciences humaines, on parle de bio ethique.

Alors considérer comme vous avez pu le faire dans votre billet que le CCNE pouvait avoir à l'avance determiné une réponse qui aurait pu servir au PS de justifier son retrait ou non du Droit à la PMA et/ou à la GPA pour les couples homosexuels, c'est un peu court et cela ne tient pas la route. Il y a des différences entre la conception, la filiation, l'éducation et la protection d'un enfant.

La conception qui a pour conséquence certains devoirs envers l'enfant à naître n'est pas un droit. La conception d'enfant est avant tout une capacité naturelle entre les êtres et qui implique des droits et devoirs. La fertilité a pour contraire la stérilité et pas l'homosexualité.

Vous pouvez alors comprendre que la réflexion sur le droit hypothétique des couples homosexuels à bénéficier d'une assistance à la procréation pose problème à la société dans la mesure ou l'homosexualité n'est pas une pathologie mais un mode de vie affectif et/ ou sexuel qui n'est pas associé à la fécondité par définition.

Bien à vous.

 

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