De l'éthique dans l'humour, rempart contre la discrimination?

Les discussions allant bon train et c'est souhaitable, et merci à tout ceux qui s'expriment pertinemment et calmement sur Médiapart, j'enrichis ma réflexion.

Avant d'aller plus loin: que ceux qui échangent avec moi s'en abstiennent dès lors que l'émotion surpasse le discours. C'est à mon sens un indispensable principe pour faire avancer sagement toute réflexion. Deuxièmement, un débat sérieux implique des parties différentes dont le seul objectif à atteindre est de progresser dans réflexion à propos du sujet traité.

Depuis l'interdiction éclaire des instances administratives sous l'impulsion autoritaire du ministre Valls, nous sommes confrontés, en tant qu'humain, animal doué d'une propriété supérieure qu'est la pensée, à une questoin sérieuse. Est-il juste, à l'échelle humaine, d'interdire au nom d'un risque qualifié de trouble à l'ordre public, un spectacle humoristique quel qu'il soit? L'humour n'est-il  pas justement une façon d'exprimer quelque chose pour provoquer le rire des uns ou des autres, à propos justement de faits ou de conditions plus ou moins dramatiques? L'humour, n'est- il pas justement une façon d'approcher la vie, si difficile parfois, d'exprimer la vie pour ne pas en pleurer et en souffrir en permanence. Car la Souffrance est inhérente à la vie...

Le cas Dieudonné nous illustre que de ce point de vue, dès lors que vous intégrez quelques mots clé tels juif, sionisme ou Shoah, dans un spectacle humoristique voué à la présentation au peuple( par définition), cela ne passe pas. Cela provoque beaucoup plus de bruit dans l'opinion publique que des dizaines d'années d'apartheid par exemple ou encore la vente libre des armes aux États Unis, ou encore l'inégalité salariale homme/femme dans notre dite Démocratie.

Partant du principe que le spectateur est libre de choisir, ce qu'il regarde, que l'auditeur est libre d'écouter ce qu'il choisit et donc de ne pas regarder ou écouter ce qu'on lui propose, pourquoi la Loi y viendrait mettre des limites. Dieudonné, quel qu'il soit est un humoriste reconnu depuis plus de vingt ans et fait son travail d'humoriste. Contrairement à ce que certains ont pu crier dans le média commun, un spectacle n'est pas un meeting politique racoleur. Certe, la thématique de 2008, englobe une forte critique du sionisme dans les spectacles de Dieudonné donc associée forcément à ce que l'ont pourrait dénommer des blagues sur les juifs, mais le but n'est pas et à absolument pas de stigmatiser un peuple dans son ensemble comme violeur des Droits fondamentaux que sont les Droits de l'Homme de 1948. Dieudonné a le droit de militer contre des sionistes et d'intégrer cette thématique dans son spectacle. Dieudonné comme chacun de nous, a le droit de défendre les sujets opprimés par des idéologies.

Ces mêmes Droits qui sont universels et qui protègent par conséquent la Dignité de ceux qui sont l'objet ou pas du sujet d'un spectacle. Dans ce cadre du Droit humain et universel, et je dirais même sous la protection bienveillante des Droits de l'homme (paix, justice et liberté), aucun et dans la sphère de l'humour, aucun ne doit se sentir blessé par des propos. D'ailleurs, ceux qui ont poussé la machine politico-médiatique à casser du Dieudonné, ne sont pas du tout le public de Dieudonné alors permettez moi de penser que leur point de vue, au lieu d'être critique, ne peut qu'être partisan d´un système ou d´un communautarisme, d'un intérêt qui leur est propre. La gravité actuelle du sujet, est qu'une haute Juridiction vient en plus de légaliser une opinion, celle d'un courant qui n'est pas l'auditoire de l'artiste. Autrement dit, il pourrait être une règle de droit que de censurer ce que je ne partage pas en humour.

Alors, si l'on va plus loin, il faut s'attendre au droit d'éradiquer les blagues belges, l'humour noir, les blagues sur les handicapés, les blagues sur les homosexuels, les blagues sur les arabes, les blagues sur les petits et puis les gros, puis les blagues sur le Front de Gauche, puis encore les blagues sur les cancéreux ou le Sida, etc..., etc..., etc...Bref, plus jamais de blague en ligne de mire? Cela m'interroge...

Alors de l'éthique dans l'humour est-t- elle possible. Autrement dit, y aurait-il une possibilité de définir ce que pourrait être le moins mauvais des spectacles face à notre condition humaine? Je ne le crois pas, car par essence, un auteur crée en fonction de ce qu'il perçoit du monde et forcément, la subjectivité qui caractérise une partie de sa création est issue de sa propre histoire et lui est inaliénable. C'est là,  un fondement clé de ce qu'est la libre expression. Ce que tout censeur d'humour qu'il s'agisse par exemple des menaces proférées à l'égard de Charlie Hebdo pour les caricatures ou le cas présent du spectacle de Dieudonné, se refuse de voir, c'est sa propre intolérance de l'expression de l'autre.

Dieudonné n'agresse sciemment personne quant il intègre des blagues sur l'histoire juive aussi dramatique fût-elle, c'est une comédie, c'est son choix du moment, pour faire son métier et c'est tant mieux de pouvoir rire des drames humains. Cela permet de prendre de la distance pour une société toute entière qui souffre. C'est cela qu'un public recherche. Et ce n'est pas parce que l'on rit que l'on méprise ou que l'on refuse de croire.

Si Dieudonné s'autorise à discuter drôlement de la Shoah, c'est justement parce qu'il en maitrise la connaissance. Après, pour la forme, exposer Faurisson comme une potiche ou faire shoahnanas, on aime ou on n'aime pas, c'est l'histoire des goûts et des couleurs.

Alors, condamner des propos et pire les faire interdire, alors qu'ils sont prononcés et mis en scène dans l'espace de la comédie, je trouve, que c'est une affaire très dangereuse. Quel auteur sera le prochain Dieudonné?

Pour notre Ministre Valls, qui qualifie de vulgaires "Blackos" les habitants à la peau "noire" lorsqu´il se promène dans les rues d'Evry, c'est à dire lorsqu'il fait de la politique,  ne serait- il pas lui l'homme xénophobe?

Bien à vous

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