Plutôt Hitler que le Front populaire

Foin du point Godwin. Depuis que Mélenchon menace la 3ème place de Fillon, c’est l’alliance sacrée pour mettre en garde contre le moment Mélenchon.

Pendant quatre ans, il était entendu que Marine Le Pen présente au second tour et qu’elle y serait opposée à un candidat « raisonnable » qui n’en ferait qu’une bouchée. C’était même la stratégie à peine voilée de Sarkozy comme de Hollande : s’offrir une match retour en avril pour écraser la blonde au mois de mai.

Bon, les deux rivaux ont dû renoncer à cette revanche, l’un battu par son ancien collaborateur, l’autre gentiment trahi par son poulain.

Depuis la fin novembre, il était donc entendu qu’elle serait corrigée par le candidat issu des primaires de la droite.

Mais depuis le début de l’année, les déboires et les maladresses d’Harpagon-Tarfuffe Fillon l’ont fragilisé, tandis que Brutus Macron voyait sa cote monter chez les sondeurs.

Tant que les deux « candidats de la raison » faisaient la course en tête, même s’ils étaient dépassé par l’héritière du Front National, les autorités bancaires, économiques, médiatiques et politiques pouvaient feindre une inquiétude, mais elle n’était pas réelle. Les deux candidats de gauche stagnaient aux alentours de 12% .

Le Président sortant, dont personne ne peut douter qu’il votera pour son mignon volage, pouvait alors déclarer que sa fonction lui interdisait de prendre parti avant le premier tour et qu’il ne le ferait qu’avant le second tour si nécessaire. Si la candidate du Front National était qualifiée, sa fonction l’obligerait alors à initier le fameux « Front Républicain ».

Or depuis que Mélenchon a rejoint le trio de tête, François Hollande est intervenu au moins à deux reprises pour dire tout le mal qu’il pensait du candidat de la France Insoumise, précédé par le sinistre Gattaz et suivi par le chœur des bonnes consciences (Barbier, Cohen, Fourest, Giesberg, Oppenheimer, etc...). Dans le même temps, les fillonistes se sont déchaînés contre le malotru qui menaçait la qualification encore un peu possible de leur champion.[1]

 

La droite versaillaise et décomplexée, sans parler de la droite nationaliste, a toujours été prête à choisir « Plutôt Hitler que le Front populaire ». Si le slogan n’est pas avérée sous la plume ou dans la bouche d’un grand patron ou d’un dirigeant d’une des droites françaises de l’entre-deux-guerres, un intellectuel centriste écrivait en 1938 : « On ne comprendra rien au comportement de cette fraction de la bourgeoisie française si on ne l’entend murmurer à mi-voix : « Plutôt Hitler que Blum ».

C’était dans le numéro d’octobre 1938 de la revue Esprit,[2] sous la signature d’Emmanuel Mounier, qui n’avait pas fait preuve d’un antinazisme primaire.

Mais aujourd’hui, dans les circonstances présentes, confrontés aux exigences du monde de la phynance, Emmanuel Macron et son mentor François Hollande hésiteraient peut-être à choisir trop légèrement entre Allende et Pinochet. Après tout, ce dernier, grâce l’intervention des Etats-Unis, a rétabli l’ordre et l’économie de marché au Chili.

 

François Fillon mérite bien le titre d’« homme à abattre » qu’il revendique. Mais son exécution en règle, en direct-live, par Nicolas Dupont-Aignan, est restée symbolique. La fusillade des Champs-Elysées lui a donc permis de consacrer les deux tiers de son temps de parole à la question du terrorisme. Et Marine Le Pen y a consacré le totalité de sa conclusion. Et ils espèrent bien en tirer profit.

Ces assassins qui se réclament de Mahomet sont les complices objectifs des droites autoritaires et sécuritaires. Pour reprendre une formule des années trente, ils se font des incendiaires du Reichstag.

 


[1] Bon plusieurs sondeurs ont replacé Fillon un demi point devant Mélenchon. L’affaire de l’attentat déjoué, dont l’ancien Premier « aurait été la cible », devrait lui permettre de grappiller quelques centièmes de points d’ici dimanche. Ces affaires de sécurité, de police et d’attentats qui avaient déjà animé la campagne du 16 au 18 mars, rappellent furieusement les manœuvres de Pasqua pour faire gagner Chirac en 1988.

[2] Lendemains d'une trahison

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