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Billet de blog 7 septembre 2024

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Quand l’Éducation Nationale empêche une enseignante de travailler

Enseignante d'allemand avec plus de 13 ans d’expérience, je fais face depuis plus d’un an à une situation kafkaïenne qui m’empêche d’exercer mon métier, malgré ma volonté de travailler et la pénurie criante de professeurs dans les établissements scolaires.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Après avoir enseigné avec passion dans plusieurs académies et principalement en éducation prioritaire, j'avais enfin obtenu une mutation de l'Académie de Créteil dans l'Académie de Montpellier, mon premier choix, en juillet 2023. Cependant, un bouleversement personnel majeur et douloureux m’a poussée à demander l’annulation de cette mutation. Cette demande, ainsi qu’une requête pour un poste temporaire dans l'Académie de Créteil, ont été refusées. Malgré la crise de professeurs, l’Éducation Nationale continue de bloquer ma reprise de poste à proximité de mon domicile.

Mutation imposée et impasse administrative

Malgré de nombreux courriers et appels adressés au Ministère de l’Éducation Nationale, au Ministre Gabriel Attal, à la Ministre Amélie Oudéa-Castéra, à la Médiation de l'Éducation Nationale, à la députée de Villejuif, au Président de la République et à Brigitte Macron, ainsi que les alertes de la médecine du travail, ma demande d'annulation de mutation ou de poste temporaire dans l'Académie de Créteil a été rejetée. Face à l'absence de soutien, j'ai été contrainte de rester en congé maladie pendant toute l'année scolaire 2023-2024 malgré mes appels à l’aide de juillet 2023 à janvier 2024, une situation qui a gravement impacté ma vie personnelle et professionnelle. J’ai été forcée de choisir entre suivre une mutation inadaptée ou me retirer temporairement du système éducatif, une décision dévastatrice.

Un poste trouvé, mais toujours bloqué

Dans l’espoir de retrouver une certaine stabilité professionnelle, j'ai obtenu un poste à temps plein dans l’enseignement privé sous contrat, près de mon domicile dans le Val-de-Marne, pour l'année scolaire 2024-2025. Ce poste aurait permis de travailler sans déménager, ce qui est impossible pour moi actuellement. Sans réponse deux mois après ma demande, malgré plusieurs courriers dont une lettre recommandée, j'ai reçu une première réponse la veille de la pré-rentrée, avec le soutien de mon syndicat. On m’a alors informée qu’il s’agissait en réalité d’une désignation soumise à une commission académique.

Cependant, deux mois après ma demande de détachement, déposée le 2 juillet 2024 auprès du Ministère de l'Éducation Nationale, l’administration bloque toujours ma prise de fonction, aucune commission académique n'ayant statué sur mon dossier, malgré des classes laissées sans professeur. L’établissement qui souhaite me recruter garde le poste vacant jusqu'à mi-septembre.

Pour rendre la situation encore plus kafkaïenne, et afin de ne pas être considérée comme démissionnaire de mon poste dans l'Académie de Montpellier, un nouvel arrêt maladie, débutant le 3 septembre, ajoute une complication supplémentaire. Je ne pourrai pas reprendre mes fonctions sans une décision du conseil médical, bien que ma demande de détachement ait été soumise deux mois auparavant.

Un paradoxe dans un contexte de pénurie

Cette situation met en lumière l'absurdité d’un système administratif qui, en pleine pénurie de professeurs, empêche une enseignante qualifiée et motivée de reprendre son poste. Le manque de réactivité de l'Éducation Nationale a des conséquences graves : des élèves se retrouvent sans professeur d’allemand ou voient leurs cours assurés par des remplaçants temporaires. Le manque de continuité pédagogique affecte leur réussite scolaire. Il est incompréhensible qu’en période de forte demande, des obstacles bureaucratiques m’empêchent de travailler et que les élèves en subissent les conséquences, tandis qu’une solution claire et viable reste bloquée.

Une solution existe, mais elle reste bloquée

Le personnel du ministère a exercé des pressions considérables pour me contraindre à renouveler ma demande de mutation dans l'Académie de Créteil, bien que nous sachions qu'une telle mutation m'y maintiendrait jusqu'à ma retraite. Cette situation est une double peine infligée par l’Éducation Nationale, dévastant ma carrière pour laquelle j'ai fait de nombreux sacrifices personnels. Même si je ne peux pas déménager pour l'instant, cela ne signifie pas que je souhaite rester dans l'Académie de Créteil à vie. L’offre dans le secteur privé était la seule possibilité pour réorienter ma carrière dans de meilleures conditions.

Malgré un système de mutation rigide, j’ai pris l’initiative de sortir de l’impasse en trouvant un poste dans l'enseignement privé. Ce choix, loin d’être une rupture avec l’enseignement public, est une manière de continuer à faire ce que j’aime, tout en respectant mes contraintes personnelles actuelles.

Un appel à la réactivité des autorités

Je souhaite continuer à enseigner, un métier qui est aussi ma passion, et contribuer à l’éducation des jeunes dans les meilleures conditions. L’Éducation Nationale doit assouplir ses procédures et permettre à des enseignants motivés et qualifiés comme moi de travailler sans être entravés par des blocages administratifs. J'appelle aujourd'hui les autorités compétentes à débloquer ma situation, afin que je puisse enfin reprendre mon poste en respectant mon bien-être et répondre aux besoins urgents de notre système éducatif.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.