« Annecy vaut bien une messe » ou les Tartuffes de "gauche".

Ça y est, le paysage de la campagne se profile, les dernières listes se déposent en préfecture et la campagne officielle va bientôt commencer. C'est un moment un peu particulier pour moi qui participe à ma première élection municipale et qui découvre les rythmes propres, parfois éprouvants, de ce type de période.

Ça y est, le paysage de la campagne se profile, les dernières listes se déposent en préfecture et la campagne officielle va bientôt commencer. C'est un moment un peu particulier pour moi qui participe à ma première élection municipale et qui découvre les rythmes propres, parfois éprouvants, de ce type de période. Quelques crispations apparaissent aussi lorsque dans son propre camp – à « gauche » – on est témoin de procédés malhonnêtes, de manipulations et d'entourloupes. Mais d'aucuns diront que c'est le jeu … Acceptons-le. Mais qu'on ne me fasse pas croire que c'est consubstantiel à la politique ! A l'échelle bureaucratique peut-être, mais pas lorsqu'on est au service d'une plus grande idée que soi, pas lorsqu'on cherche à déterminer l'intérêt général et à agir en son nom, car alors, tout cela s'évanouit d'un claquement de doigts.

 Mais c'est bien. J'observe. C'est d'autant plus facile que les manipulateurs changent de masque à des moments faciles à prévoir. Une élection en est bien sûr le lieu privilégié … quand elle est devenue une fin en soi pour de nombreux personnages, à qui la promesse du pouvoir ou au moins de la notoriété aura fait tourner la tête.

Ainsi, les mêmes qui pouvaient s'amuser en 2008, un an après l'accession de Sarkozy au pouvoir des membres de l'UMP faisant campagne sous l'étiquette « Divers droite » pour éviter l'anathème qui leur était promis, cèdent au mêmes méthodes. Denis Duperthuy, dont j'ai longtemps cru qu'il pouvait être un interlocuteur privilégié, tant il s'affirmait à la gauche du PS et le confirmait par ses actes au sein de son parti – soutien de la motion de Gérard Filoche au dernier congrès, adhésion au groupe transcourant Utopia – a radicalement changé son fusil d'épaule en vue de cette élection, ce qui me laisse bien sûr sur une petite déception amicale. Il réclame dans son programme qu'on « libère l'esprit d'entreprise », et souhaite prendre la défense des « petits commerçants » ... mais c'est du centre-droit que tu nous fais là, camarade ! Lorsque perplexe je t'interrogeai au hasard d'une rencontre au rassemblement des Glières au printemps dernier sur l'Accord National Interprofessionnel rédigé par le MEDEF et promulgué par le gouvernement PS, tu m'expliquas que certains amendements avaient rendu le texte « moins pire » et que c'était à ce titre que tu l'admettais. Et aujourd'hui, penses-tu que l'ANI ne libère pas assez l'esprit d'entreprise ? C'est peut-être pour cela que le logo du PS disparaît mystérieusement d'une grande partie de ton matériel électoral … Sa politique n'est peut-être pas assez à droite. En 2012 sur un marché, j'ironisai sur la différence des couleurs de nos tracts respectifs – c'était pour deux candidats à la présidentielle … - et fanfaronnai : « le rouge est la couleur de la révolution, le blanc … de la capitulation ». Visiblement, tu as tenu compte du conseil : on trouve désormais du turquoise à la place du rose !

Les couleurs, les symboles sont importants. La carte d'identité politique encore plus. Je ne cache pas que nous avons eu un débat interne pour savoir si notre étiquette « Résolument à Gauche » n'allait pas semer le doute chez ceux qui pensent encore que François Hollande et le PS sont à gauche, et qui à juste titre se sentent trahis. Et puis nous avons décidé qu'au contraire, plus que jamais l'étendard de la gauche authentique devait être porté dans cette élection. Sous notre vrai visage, de militants écosocialistes, républicains, laïcs.

Ah oui : je reprécise « laïc » car c'est aussi quelque chose qui curieusement semble passer de mode parmi ceux qui n'assument plus l'histoire de leur mouvement. Si Denis Duperthuy avait surpris son entourage en mettant subitement en valeur sur son site , son passé de militant « dans les mouvements d'action catholique », j'ai constaté que l'argument devait être porteur, puisque les candidats de la liste PCF ont eux aussi voulu le mettre en avant sur leur site, avec cette interview de Sophie Tison, numéro 2 sur la liste : « C’est aussi au nom de ma foi, en tant que chrétienne, que je m’engage dans cette équipe »  ! Il me semblait qu'à gauche était acquise l'idée que la religion était une affaire intime, et qu'elle ne pouvait présider aux décisions politiques. À gauche, nous prônons la laïcité car nous considérons que c'est le choix positif et collectif qui fait la loi, et aucune vérité révélée. Qu'on se le dise, cela a tendance à être oublié ! Et visiblement, un entorse est possible aux plus ambitieux, quand ils cherchent à séduire l'électorat annécien : Annecy vaut bien une messe.

Mais parlons de mesures concrètes : depuis six ans de présence au conseil municipal, Annecy Résolument à Gauche a systématiquement pris position contre la subvention par la mairie des écoles privées par le biais notamment des coopératives scolaires de ces écoles.

 L'habit religieux ainsi revêtu n'est que celui du Tartuffe. Ce personnage de Molière pour qui la bure n'est qu'un moyen de parler à l'oreille des puissants. Je respecte la foi religieuse de ceux qui en ont une au nom de la liberté de conscience, et c'est au nom de ceux-là que je dénonce l'instrumentalisation de la religion en politique.

 De même, parmi mes camarades de gauche, j'ai beaucoup de respect pour Jean-Claude Macé de Lutte Ouvrière et sa démarche qui, conformément à l'analyse marxiste, ne voit dans les élections « qu'un terrain déformé de la lutte des classes », et dont la candidature est essentiellement une fenêtre d'expression politique. Je respecte François Astorg et les militants d'EELV qui ont saisi l'impératif écologique, même s'il ne semblent pas tous convaincus que cet impératif n'est rien si on ne l'articule pas à un projet émancipateur et à un scénario de sortie du capitalisme – encore notre bonne vieille lutte des classes ! Mais j'ai beaucoup plus de mal à garder mon sérieux devant ceux qui au gré du vent et des perspectives de carrière, laissent leurs convictions au placard et s'accommodent par des formules sophistiques de tous les compromis et autres trahisons. Qu'on arrête donc de m'interpeller sur « l'alliance nécessaire de toute la gauche. » C'est d'une alliance sur les principes, l'histoire et la culture de gauche, dont nous avons besoin, et pas de vagues compromissions dont les électeurs se méfieraient – et se méfieront – avec raison.

caths.jpg

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.