Aux grandes femmes la patrie reconnaissante?

La France réclamait la justice sociale, son chef d’Etat lui a proposé un symbole de régression sociétale. Alors que l’Hexagone entrevoit peu à peu la sortie de la crise sanitaire, les pensionnaires de l’Elysée ont enterré, à travers le remaniement, les revendications portées par celles qui ont pourtant permis à notre pays de se maintenir durant ces temps si difficiles.

Entre affront à la libération de la parole de la femme et injure aux victimes de violences, ce remaniement ministériel marquera sans doute une nouvelle page noire dans la lutte pour l’égalité en France. C’est donc ainsi que débute le “nouveau monde” qui nous a été promis par de nombreux décideurs et commentateurs politiques ces derniers mois ? 

Placées en premières ligne et ultra-majoritaires pendant la crise, les femmes représentaient 90% des infirmiers et aides-soignants, 90% des préparateurs en pharmacie, 70% des agents d’entretien ou encore 90% des caissiers. Si leur rôle face à la pandémie avait été largement salué dans le débat public et la sphère politico-médiatique, les réponses aux doléances qu’elles portent depuis de nombreuses années n’auront pourtant pas été au rendez-vous du déconfinement. 

 

Grande Cause Toujours ? 

Au regard de ce remaniement qui a également consacré la politique spectacle, la montée des revendications dans la lutte pour l’égalité entre les femmes et les hommes - annoncée comme l’une des pierres angulaires du quinquennat - semble avoir été balayée d’un revers de main par les instances dirigeantes. La nomination d'Eric Dupont-Moretti et de Gérald Darmanin à des postes clés du nouveau gouvernement constitue un véritable coup d’arrêt institutionnel et politique pour toutes celles et ceux qui se sont mobilisés ces dernières années contre les violences sexuelles. Car si le premier est connu - et reconnu - pour ses sorties médiatiques houleuses et proches du sexisme, le second, au cœur d’une enquête judiciaire, rejoint la place Beauvau dans un ministère déjà largement décrié pour son impunité. 

Si la présomption d’innocence se doit évidemment de primer sur toute considération idéologique, quel est le message envoyé aujourd’hui par la nomination d’un Ministre de l’intérieur accusé de viol, harcèlement sexuel et abus de confiance ? Quelle réponse est apportée aux femmes qui se battent depuis de nombreuses années pour leur émancipation et l’égalité des sexes ? Quel signal est renvoyé aux victimes silencieuses alors que plus de 75% des plaintes pour viol sont classées sans suite

 

Une Nation reconnaissante, un État moins complaisant 

Si la priorité aujourd’hui semble être à la recherche de solutions collectives pour endiguer l'épidémie et ses conséquences, il s’agira néanmoins de tirer les enseignements nécessaires de cette dernière. Nécessaires car d’intérêt public mais également nécessaires par devoir de mémoire envers ces héros de la Nation qui se sont sacrifiés, jour après jour, malgré le manque de moyens financiers et humains.
Ce sont ces médecins, infirmiers, caissiers, aides-soignants, commerçants, professeurs, agriculteurs, pompiers ou policiers qui ont permis à notre pays de continuer à vivre, voir de survivre. Sans surprise, ce sont les mêmes qui se font - à travers de nombreuses manifestations depuis plusieurs décennies - les lanceurs d’alerte d’un système à bout de souffle. 

Entre la reprise d’une réforme des retraites dont les femmes seront, une fois encore, les principales victimes et la nomination ministérielle d’anciens artisans de l’effondrement de notre système hospitalier, le “monde-d’après” ressemble bien étrangement à l’ancien. Cette crise sans précédent ouvrait pourtant la possibilité d’une réflexion collective et citoyenne sur les maux de notre société qui vont, vraisemblablement, perdurer. 

 

Un petit tour d’applaudissements et puis s’en va 

L’Etat compte les sous, on va compter les morts. Cet adage que l’on a pu retrouver dans différentes manifestations du personnel hospitalier l’année passée résume peut-être de la meilleure des manières les limites de la rationalisation de nos services de soin mise en place depuis plusieurs décennies. Lors de son allocution du 12 mars dernier, Emmanuel Macron déclarait après une année de manifestations et alertes du personnel hospitalier : « Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché ».

Et si cette épidémie était finalement l’occasion de répondre à la « Casse du siècle » dont les conséquences ont touché une grande majorité de femmes ? C’était l’hypothèse arborée par les partisans de la collapsologie heureuse et tous ces porteurs d’une vision d’un « monde d’après ».

Quatre mois et un remaniement plus tard, les applaudissements aux fenêtres ne sont plus entendus et ces promesses, à travers le remaniement, ont disparu. 

 

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