SI LA MUSIQUE DOIT MOURIR




Si la musique doit mourir

Si l’amour est l’œuvre de Satan

Si ton corps est ta prison

Si le fouet est ce que tu sais donner

Si ton cœur est ta barbe

Si ta vérité est un voile

Si ton refrain est une balle

 

Comment peux-tu aimer le soleil dans ta tanière ?

 

 

II

 

Si ta terre est un champ de mine

Si ton mûrier est une potence

Si ta porte est un barrage

Si ton lit est une tranchée

Si ta maison est un cercueil

Si ton fleuve coule de sang

Si ta neige est un cimetière

 

Comment peux-tu aimer l’eau dans la rivière ?

 

 

III

 

Si tes montagnes courbent l’échine

Humiliées Sans hauteur

Leur dos pour les injustes citadelles

Leurs boyaux éventrés pour endurcir la pierre

Si ta vallée n’est pas pour nourrir ton rêve

Comme une rose dans le zéphyr

Si ton argile est pétrie de deuils

 

Comment peux-tu habiter la lumière ?

 

 


IV

 

Si ton cheval est esclave de tes oeillères

Méprise la course des flûtes dans les airs

Si ta vallée vomit ses saphirs

Aux seigneurs de la guerre

Si les tresses des femmes sont des cordes

Si ton stade est un abattoir

Si ta nuit est une tombe pour les étoiles

 

Comment peux-tu promettre la lune ?

 

 

 

V

 

Si ton visage est sans visage

Si ton sabre est ton bourreau

Si toute la pluie ne peut laver ton index

Si ton désir est un bois mort

Si ton feu est cendre

Si ta flamme est fumée

Si ta passion est grenades et canons

 

Comment peux-tu séduire la colombe à ta fenêtre ?

 

 

VI

 

Si ta source est un mirage

Si ton habit est ton linceul

Si la mort est ton mausolée

Si ton coran est un turban

Si ta prière est une guerre

Si ton paradis est enfer

Si ton âme est ta sombre geôlière

 

Comment peux-tu aimer le printemps ?


Tahar Bekri, poète tunisien né à Gabès (extraits)


 

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